lundi 9 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2216580 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | FERNANDEZ-BEGAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 décembre 2022 et 2 janvier 2023, la commune de l'Epine, M. F E, M. G B, Mme C D, et Mme A H, représentés par Me Flynn, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la délibération n° 2022_109_D_FCT du 10 novembre 2022 par laquelle la communauté de communes de l'Ile de Noirmoutier a fixé à cinq le nombre de vice-présidents ;
2°) d'enjoindre au président de la communauté de commune de l'Ile de Noirmoutier de réunir le conseil communautaire afin de procéder à une élection de sept vice-présidents, dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la communauté de communes de l'Ile de Noirmoutier la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent dans le dernier état de leurs écritures que :
- la condition d'urgence est satisfaite : avec un président et 7 vice-présidents, chacune des 4 communes composant l'établissement public de coopération intercommunale (EPCI) bénéficiait d'une représentation équilibrée avec deux postes occupés au sein du bureau. La décision attaquée, en réduisant le nombre de vice-présidents de sept à cinq, a eu pour effet d'exclure les communes de l'Epine et de la Guérinière puisqu'elles ne disposent plus que d'un vice-président chacune, tandis que les autres postes, dont celui de président, sont occupés par des élus des communes de Noirmoutier-en-l'Ile et de Barbâtre ; cette décision a nécessairement un impact sur les débats et la représentation de la population au sein du bureau de la communauté de communes. Elle porte par conséquent atteinte au principe de la représentation proportionnelle de l'EPCI ; la commune de l'Epine est d'autant plus pénalisée que le vice-président censé la représenter ne fait pas partie de la majorité municipale et qu'il ne dispose d'aucune légitimité pour représenter les orientations municipales auprès de l'EPCI. Le bureau, en tant qu'organe exécutif de l'EPCI, a bien un rôle majeur à jouer dans le fonctionnement de la démocratie locale. Conformément à l'article L. 5211-10 du code général des collectivités territoriales, ses membres peuvent recevoir par délégation des attributions de l'organe délibérant. L'argument invoqué par la communauté de communes, consistant à dire que l'intérêt public commande d'exécuter la délibération contestée, ne tient pas. Il est par ailleurs totalement ubuesque de leur reprocher d'avoir manqué de diligence pour présenter leurs conclusions tendant à la suspension de la délibération. Il convient en effet de relever que la requête en suspension a été enregistrée le 16 décembre 2022, soit seulement 5 semaines après le vote de la délibération. Ce délai est totalement légitime au regard du travail que requiert la préparation d'un recours en annulation assorti d'une requête en référé suspension.
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée : elle méconnaît l'article 19 du règlement intérieur adopté par le conseil communautaire de l'Ile de Noirmoutier le 24 septembre 2020, dès lors qu'elle fixe à cinq le nombre de vice-présidents au sein du bureau du conseil communautaire alors que le règlement intérieur fixe ce nombre à sept. L'exécutif et l'organe délibérant d'une collectivité ou d'un EPCI sont tenus de respecter les dispositions du règlement intérieur. Contrairement à ce que prétend la communauté de communes, ces règlements revêtent une force normative supérieure aux autres délibérations adoptées par l'assemblée délibérante. Il n'existe aucune raison de penser, contrairement à ce que prétend la communauté de communes, que seule la procédure d'adoption de la délibération est tenue de respecter les dispositions du règlement intérieur. D'autre part, seule une révision du règlement intérieur peut permettre d'en modifier les dispositions. C'est le cas des délibérations portant sur une modification de règlement ou sur l'approbation d'un nouveau règlement intérieur, puisqu'il n'est pas contesté que ce règlement peut être modifié en cours de mandature. Ces délibérations doivent toutefois préciser qu'elles ont pour objet de modifier le règlement intérieur. Par ailleurs, si la communauté de communes avait entendu modifier le règlement intérieur, elle aurait dû le préciser dans sa délibération.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2022, la communauté de communes de l'ile de Noirmoutier, représentée par Me Fernandez-Begault, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge solidaire de la commune de l'Epine, de M. E, de M. B, de Mme D, et de Mme H le paiement de la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie : en premier lieu, les requérants ne sauraient invoquer un principe de liberté démocratique à propos de l'organe de l'exécutif de la commune alors que cette dernière ne se trouve pas privée de représentant au sein dudit bureau et que ni la loi ni aucun principe n'imposent de respecter des contraintes de répartition des sièges de vice-président entre les communes membres d'une communauté de communes, pas plus qu'il n'existe aucun principe de représentation proportionnelle imposant que les communes membres d'une communautés de communes disposent toutes du même nombre de vice-présidents ; l'invocation d'un tel principe ne fait pas sens, faute de préciser l'étalon de la proportionnalité ; la commune de Lépine n'est en tout état de cause pas privée de représentant au sein dudit bureau dès lors que l'un des vice-présidents est conseiller communautaire, délégué de la commune. En deuxième lieu, l'intérêt public commande d'exécuter la décision dès lors qu'elle intervient dans un contexte d'instabilité politique puisque la communauté de communes a connu la démission de M. E de ses fonctions de président alors que la continuité du service public requiert une stabilisation des institutions et des organes ; en troisième lieu, les requérants ont manqué de diligence puisqu'ils ont attendu le 16 décembre 2022 pour solliciter la suspension de la délibération du 10 novembre2022 et se sont abstenus de contester l'élection ;
- le moyen soulevé par les requérants n'est pas propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. La délibération ne méconnaît pas l'article 19 du règlement intérieur ; en premier lieu, elle n'est pas une décision de l'exécutif mais de celle du conseil communautaire, organe délibérant, qui revient sur le règlement intérieur, lequel procède d'une délibération de ce même organe délibérant et elle ne concerne pas un vice de forme ou de procédure mais une prétendue erreur de droit ; en second lieu, la délibération du 24 septembre 2020 par laquelle le conseil communautaire a adopté le règlement intérieur ne lie pas le contenu des délibérations ultérieures et ne fait que procéder d'un pouvoir reconnu au conseil communautaire de fixer le nombre de vice-présidents.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 16 décembre 2022 sous le numéro 2216536 par laquelle les requérants demandent l'annulation de la délibération attaquée.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 janvier 2023 à 10 heures 30 :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- les observations de Me Flynn, avocat des requérants, qui met en exergue le fait qu'aucune délibération n'a été adoptée en vue de procéder à la révision du règlement intérieur, dont les dispositions, au premier rang desquelles le nombre de vice-présidents fixé à 7 et non 5, doivent s'appliquer en l'état. S'agissant de l'urgence, il pointe le déséquilibre de l'intercommunalité induit par la délibération litigieuse. Si l'assemblée est représentative, le bureau ne l'est pas. La commune subit un préjudice dès lors que le vice-président censé la représenter ne fait pas partie de la majorité municipale et ne dispose donc d'aucune légitimité pour représenter ses orientations auprès de l'EPCI. Elle se voit ainsi exclue du fonctionnement de l'intercommunalité dont elle est membre ;
- et les observations de Me Maudet, substituant Me Fernandez-Begault, avocat de la communauté de communes de l'Ile de Noirmoutier, qui reprend ses écritures en défense s'agissant de la légalité de la décision et fait valoir qu'il est au contraire urgent d'assurer la stabilité de l'intercommunalité et que le bureau n'est en tout état de cause que l'exécutif de l'EPCI ; c'est à l'assemblée délibérante que revient le dernier mot. L'urgence serait plutôt de reprendre le cours normal du fonctionnement de l'EPCI mis à mal par la démission de son président.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le 2 novembre 2022, le maire de la commune de l'Epine (Vendée) a démissionné de ses fonctions de président de la communauté de communes de l'Ile de Noirmoutier. Le 10 novembre suivant, cet établissement public de coopération intercommunale a procédé à l'élection d'un nouveau président et a fixé à cinq le nombre de vice-présidents. La commune de l'Epine et quatre conseillers communautaires, M. E, M. B, Mme D et Mme H, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la délibération du 10 novembre 2022 par laquelle le conseil communautaire de l'Ile de Noirmoutier a fixé à cinq le nombre de vice-présidents.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. Si, au soutien de leur demande de suspension de l'exécution de la délibération fixant le nombre de vice-présidents, les requérants pointent son impact sur les débats et la représentation de la population de l'intercommunalité au sein du bureau de l'établissement public de coopération intercommunale, ils n'apportent pas, en l'état de l'instruction, de justifications suffisantes de nature à établir qu'elle porterait une atteinte grave et immédiate à leurs intérêts, révélant l'existence d'une situation d'urgence qui nécessiterait l'intervention du juge des référés avant le jugement de la requête au fond. L'urgence ne résulte pas davantage de la nature et de la portée de la délibération attaquée. Par suite, la condition d'urgence au sens et pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la délibération attaquée, que les conclusions à fin de suspension et d'injonction sous astreinte, présentées par les requérants doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
6. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes de l'Ile de Noirmoutier, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
7. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de l'Epine, de M. F E, de M. G B, de Mme C D, et de Mme A H, la somme que demande la communauté de communes de l'Ile de Noirmoutier au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la commune de l'Epine, de M. E, de M. B, de Mme D et de Mme H est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté de communes de l'Ile de Noirmoutier au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de l'Epine, à M. F E, M. G B, Mme C D, Mme A H, et à la communauté de communes de l'Ile de Noirmoutier.
Copie en sera adressée pour information au préfet de la Vendée.
Fait à Nantes, le 9 janvier 2023.
Le juge des référés,
L. Bouchardon
La greffière,
M-C. MinardLa République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026