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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2216596

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2216596

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2216596
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantROUXEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 décembre 2022 et le 29 décembre 2022, M. A, agissant en son nom et pour le compte des enfants C B A et E B A, représenté par Me Rouxel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 octobre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre les décisions du 13 juin 2022 de l'autorité consulaire française à Bamako (Mali) refusant aux enfants C B A et E B A la délivrance d'un visa de long séjour au titre du regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer un visa de long séjour au titre du regroupement familial.

Il soutient que :

- la décision de la commission de recours ainsi que les décisions consulaires sont entachées d'erreurs d'appréciation au regard de l'authenticité des actes d'état civil produits, et dès lors qu'il justifie pourvoir à l'éducation des enfants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Revéreau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B A, ressortissant malien, a obtenu par décision du 2 juillet 2021 du préfet des Côtes d'Armor une autorisation de regroupement familial au profit de C B A, née le 8 octobre 2008 à Bamako et E B A, né le 20 mai 2006 à Bamako, ressortissants maliens qu'il présente comme ses enfants. Par des décisions du 13 juin 2022, dont M. A demande l'annulation, l'autorité consulaire française à Bamako a rejeté les demandes de visas d'entrée et de long séjour en France présentées par les intéressés au titre du regroupement familial. Par une décision du 13 octobre 2022, dont le requérant demande également l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ces refus consulaires.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions consulaires du 13 juin 2022 :

2. Il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui instituent un recours administratif préalable obligatoire que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision de cette commission s'est substituée aux décisions du 13 juin 2022 des autorités consulaires françaises au Mali. Il en résulte, d'une part, que les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision de la commission de recours, d'autre part, que les moyens soulevés à l'encontre des décisions consulaires doivent être écartés comme inopérants.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 13 octobre 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / () / 2° () par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ".

4. La circonstance qu'une demande de visa de long séjour ait pour objet le regroupement familial, autorisé par le préfet, ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative refuse la délivrance du visa sollicité en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur un motif d'ordre public. Figure notamment au nombre de ces motifs l'absence de caractère authentique des actes produits pour justifier de l'identité et, le cas échéant, du lien familial du demandeur avec la personne ayant obtenu l'autorisation de regroupement familial.

5. Aux termes de l'article L 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil ". L'article 47 du code civil dispose ainsi que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

En ce qui concerne la demande de visa de l'enfant C B A :

6. Pour justifier de l'identité de la jeune C B A et de son lien de filiation avec lui, le requérant produit une copie littérale d'acte de naissance dressé par l'officier d'état civil du centre secondaire de Darsalam, datée du 28 juillet 2022, faisant suite à la transcription d'un jugement rectificatif n° 335 du tribunal de grande instance de la commune III de Bamako du 11 septembre 2013, ainsi que la copie d'un extrait d'acte de naissance n°391 signé par un officier d'état civil du centre secondaire de Darsalam, datée du 28 juillet 2022, et établi également au vu de ce même jugement rectificatif. Le ministre produit cependant en défense un extrait d'acte de naissance n° 391/Reg VII établi le 8 octobre 2008 par l'officier d'état civil du centre secondaire de Lafianougou, ainsi qu'une copie littérale d'acte de naissance n° 391 du 6 mai 2014 dressé par l'officier d'état civil du centre secondaire de Bamako Coura, et relève, sans être utilement contredit, que ces documents d'état civil présentent des incohérences s'agissant des centres d'état civil mentionnés ainsi que de leur date d'établissement. Le ministre fait également valoir que les actes produits à l'appui de la demande de visa ne sont pas conformes à la loi malienne, en ce qu'ils ne mentionnent pas le numéro d'identification nationale des personnes physiques et morales (" NINA "), mention pourtant obligatoire en vertu de la loi n° 06-040 du 11 août 2006 de la république du Mali. Enfin, il relève utilement que le requérant ne produit pas, à l'appui de la requête, le jugement rectificatif n° 335 du tribunal de grande instance de la commune III de Bamako du 11 septembre 2013, mentionné dans les actes d'état civil fournis dans le cadre de la demande de visa. Or, lorsqu'un acte de l'état civil étranger vise une décision étrangère sur la base de laquelle il a été dressé, cette décision doit impérativement être produite à l'appui de l'acte, puisqu'elle en est indissociable. En l'absence de la production de cette décision, les actes auxquels elle se rattache ne peuvent être considérés comme probant au sens de l'article 47 du code civil. Par voie de conséquence, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a pu rejeter la demande de visa de la jeune C B A.

En ce qui concerne la demande visa de l'enfant E B A :

7. Pour justifier de l'identité du jeune E B A et de son lien de filiation avec lui, M. A produit à l'appui de sa requête une copie littérale d'acte de naissance n° 119.R.III dressé par l'officier d'état civil du centre secondaire de Darsalam, datée du 28 juillet 2022, faisant suite à la transcription d'un jugement rectificatif n° 335 du tribunal de grande instance de la commune III de Bamako du 11 septembre 2013, ainsi que la copie d'un extrait d'acte de naissance n°119.R.III signé par un officier d'état civil du centre secondaire de Darsalam, datée du 28 juillet 2022, et rédigé également au vu de ce même jugement rectificatif. Le ministre produit cependant à l'instance un extrait d'acte de naissance n° 119/Reg III établi le 29 mai 2006 par l'officier d'état civil du centre secondaire de Lafianougou, ainsi qu'une copie littérale d'acte de naissance n° 119/RG III du 5 mai 2014 dressé par l'officier d'état civil du centre secondaire de Bamako Coura, et relève, sans être utilement contredit, que ces documents d'état civil présentent des incohérences s'agissant des centres d'état civil mentionnés ainsi que de leur date d'établissement. Dès lors, c'est également sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission de recours a pu estimer que les actes d'état civil produits à l'appui de la demande de visa du jeune E B A ne présentaient pas de caractère probant.

8. En second lieu, les copies de virements bancaires produits par M. A, dont il n'est pas établi que les sommes en cause aient été dédiées à l'entretien des demandeurs de visas, ne peuvent suffire, à elles seules, pour justifier de la possession d'état au sens des articles L 311-1et L 311-2 du code civil. Par suite, en estimant que le requérant ne justifiait pas participer à l'éducation des enfants C B A et E B A, et que le lien de filiation allégué n'était pas établi, la commission de recours n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation, ainsi que celles à fins d'injonction, présentées par le requérant, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

Le rapporteur,

P. REVEREAU

Le président,

P.BESSE

La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. BRIAND

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