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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2216599

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2216599

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2216599
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantPRONOST

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 décembre 2022 et le 14 avril 2023, M. E A et Mme D G, agissant en leurs noms et en tant que représentants légaux des enfants F A et C A, représentés par Me Pronost, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 31 octobre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 2 août 2022 de l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte d'Ivoire) refusant à l'enfant mineur C A la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en qualité de membre de famille d'une réfugiée ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa sollicité dans un délai d'un mois à compter du prononcé du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer la demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 440 euros TTC en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, ou, en cas de non admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à verser à M. A ;

Ils soutiennent que :

- la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que cette commission s'est réunie dans une composition régulière ;

- la décision n'est pas motivée, dès lors que la commission de recours n'a pas répondu à leur demande de communication des motifs dans le délai d'un mois, ou à tout le moins l'est insuffisamment ;

- elle est fondée sur les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui, en créant une inégalité de traitement entre les enfants d'une même fratrie selon que leurs parents sont déjà en France ou restés dans leur pays d'origine, sont inconstitutionnelles ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que la commission de recours s'est crue en situation de compétence liée pour refuser la délivrance du visa ;

- cette même décision est entachée d'une erreur de fait dès lors que la demande de visa ne s'inscrit pas dans le cadre d'une réunification familiale partielle, et d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que l'administration ne démontre pas la fraude alléguée ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 novembre 2023 :

- le rapport de M. Besse, président-rapporteur,

- et les observations de Me Pronost, représentant M. A et Mme G.

Considérant ce qui suit :

1. L'enfant F A, ressortissante ivoirienne née le 24 août 2014 et entrée en France en 2017, accompagnée de ses parents, M. E A et Mme D G, de même nationalité, s'est vu reconnaître la qualité de réfugiée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides. M. A et Mme G, souhaitant faire venir leur fils aîné C A, né le 30 octobre 2006 en Côte d'Ivoire, ont déposé pour le compte de ce dernier une demande de visa d'entrée et de long séjour en France auprès de l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte d'Ivoire), en qualité de membre de famille d'une réfugiée. Par une décision du 2 août 2022, cette autorité a refusé de délivrer le visa sollicité. Par une décision implicite née le 31 octobre 2022, puis par une décision expresse du 20 décembre 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre cette décision consulaire. M. A et Mme G demandent l'annulation de la décision implicite née le 31 octobre 2022.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 10 juillet 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions tendant à ce qu'elle soit provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur l'étendue du litige :

3. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision expresse de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou pas à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A et Mme G tendant à l'annulation de la décision implicite née le 31 octobre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté leur recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte d'Ivoire), refusant à l'enfant C A la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France, doit être regardée comme dirigée contre la décision du 20 décembre 2022 par laquelle la commission a expressément rejeté ce recours.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, lors de la séance du 20 décembre 2022 au cours de laquelle elle a examiné le recours administratif préalable obligatoire formé par les requérants, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est réunie en présence de son premier président suppléant et de trois de ses membres. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière, en raison de la composition irrégulière de la commission de recours doit être écarté comme manquant en fait.

6. En deuxième lieu, la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 20 décembre 2022, qui mentionne notamment les dispositions des articles L. 561-2 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur laquelle elle est fondée, et indique que l'enfant C A, dont les deux parents résident en France, n'entre pas dans le cadre des dispositions de l'article L. 561-2 du droit à réunification familiale auprès de sa sœur alléguée, réfugiée en France, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et satisfait ainsi aux exigences légales de motivation prévues par les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, les moyens tirés du défaut ou de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doivent être écartés.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que : " I. - Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 3° Par les enfants non mariés du couple, âgés au plus de dix-neuf ans. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. ". Aux termes de l'article L 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables. La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. ".

8. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les ascendants directs d'un enfant mineur non marié réfugié en France ou bénéficiaire de la protection subsidiaire peuvent demander à le rejoindre au titre de la réunification familiale. Ces mêmes dispositions prévoient que ces derniers peuvent être accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective. La circonstance que l'un des deux parents réside déjà en France ne fait pas obstacle à la délivrance d'un visa de long séjour au profit de ces enfants s'il sont accompagnés par l'autre parent.

9. D'une part, si les requérants soutiennent que la différence de traitement, opérée par les dispositions précitées de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, entre les mineurs bénéficiant de la qualité de réfugié, selon que leurs parents résident ou non sur le territoire français et selon que leurs frères et sœurs mineurs demeurés à l'étranger accompagnent ou non leurs parents, porte atteinte au principe d'égalité, une telle différence de traitement est justifiée par la différence de situation entre les mineurs réfugiés en France selon qu'ils sont ou non accompagnés de leurs parents, au regard de l'objet des dispositions contestées, qui est de leur permettre d'être rejoints par leurs parents demeurés à l'étranger tout en évitant que la mise en œuvre de ce droit n'implique que des enfants qui seraient dans l'impossibilité d'accompagner leurs parents sur le territoire national soient séparés de leur famille. Par suite, le moyen tiré de ce que les dispositions précitées de l'article L. 561-2 méconnaîtraient le principe d'égalité devant la loi, doit être écarté.

10. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en estimant que l'enfant C Kanté, dont les deux parents résident en France, n'entre pas dans le cadre des dispositions de l'article L. 561-2 du droit à réunification familiale auprès de sa sœur alléguée, réfugiée en France, et que la décision lui refusant la délivrance du visa sollicité ne méconnaissait pas les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, la commission se serait crue en situation de compétence liée pour refuser de délivrer le visa. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

11. En quatrième lieu, les moyens tirés de l'erreur de fait, en ce que la demande de visa ne s'inscrit pas dans le cadre d'une réunification familiale partielle, et de l'erreur manifeste d'appréciation, en ce que l'administration ne démontre pas l'existence d'une fraude, doivent être écartés comme inopérants, dès lors que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 20 décembre 2022, qui s'est substituée à la décision implicite de cette même commission, s'étant elle-même substituée à la décision consulaire initiale, n'est fondée ni sur le caractère partiel de la réunification familiale, ni sur le caractère frauduleux de la demande de visa.

12. En dernier lieu, dès lors qu'il appartient à M. A et Mme G, s'ils s'y croient fondés, d'initier une procédure de regroupement familial en faveur de l'enfant C A, âgé de 16 ans à la date de la décision attaquée et qui a toujours vécu en Côte d'Ivoire, afin que celui-ci puisse s'installer de manière durable en France, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peuvent, dans les circonstances de l'espèce, qu'être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A et Mme G doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A et Mme G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D G, à Me Pronost et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

Le président-rapporteur,

P. BESSE

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

M-A Roncière

La greffière,

J. HUMANN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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