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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2216605

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2216605

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2216605
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 semaines - 7ème chambre
Avocat requérantBOURGEOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 décembre 2022, Mme A B, représentée par Me Bourgeois, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 1er décembre 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que la signataire de l'arrêté était compétente ;

- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il n'y a pas eu d'examen de sa situation notamment au regard du risque de méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en République démocratique du Congo ou au regard de son état de santé alors qu'elle avait déposé une demande de titre de séjour en raison de sa santé ;

- le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu, consacré par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu, ainsi que les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait quant sa situation familiale, puisqu'elle est en couple depuis janvier 2020 avec une compatriote titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2027 ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi que la signataire de l'arrêté était compétente ;

- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu, consacré par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu, ainsi que les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet n'a pas examiné le risque d'atteinte aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en cas d'éloignement vers son pays d'origine ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 avril 2023 et le 7 avril 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête de Mme B.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B ressortissante congolaise (République démocratique du Congo) née en juin 1993, est entrée en France en septembre 2019. Elle a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 24 juin 2020. Son recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 10 décembre 2020. Mme B a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile, qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 juillet 2021. Son recours contre cette nouvelle décision a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 1er mars 2022. Mme B a déposé en avril 2022 une demande de titre de séjour en raison de son état de santé. En mai 2022, elle a également déposé une nouvelle demande de réexamen de sa demande d'asile, placée en procédure accélérée d'examen. Le 19 mai 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a obligé Mme B à quitter le territoire français. Cette décision a été retirée par un arrêté du 8 novembre 2022. Par des décisions du 1er décembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a, de nouveau, obligé Mme B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office. Mme B demande l'annulation des décisions du 1er décembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".

3. Par ailleurs, l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

4. La décision du 1er décembre 2022 faisant obligation à Mme B de quitter le territoire français, adoptée sur le fondement des dispositions du 4° du I de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est intervenue à l'issue du rejet définitif de sa demande d'asile puis de sa demande de réexamen de sa demande d'asile. Il ressort toutefois des pièces du dossier et des termes mêmes de la décision attaquée que la requérante avait formulé, en avril 2022, soit avant l'intervention de cette dernière, une demande de délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de son état de santé. En dépit de l'introduction de cette demande de titre de séjour, et alors que Mme B fait état de la nature de sa pathologie et de la composition de son traitement, le préfet de la Loire-Atlantique s'est borné à indiquer qu'en raison de l'irrecevabilité de sa demande de titre de séjour, déposée plus de trois mois après sa demande d'asile, cette dernière ne pouvait se prévaloir de la délivrance d'un titre de séjour, sans procéder à l'examen de sa situation au regard des dispositions particulières du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en résulte que la mesure d'éloignement contestée doit être regardée comme n'ayant pas été précédée d'un examen particulier et préalable de la situation personnelle de Mme B et comme entachée, par suite, d'une erreur de droit.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français du 1er décembre 2022. L'annulation de cette décision entraine par voie de conséquence l'annulation de la décision du même jour portant fixation du pays d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

7. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français attaquée implique que le préfet de la Loire-Atlantique réexamine la situation de Mme B et qu'il lui délivre une autorisation provisoire de séjour jusqu'à qu'il ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de prescrire à cette autorité, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'y procéder dans un délai de trois mois. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

8. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bourgeois, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à ce dernier de la somme de 800 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 1er décembre 2022 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a obligé Mme B à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de Mme B dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Bourgeois, avocat de Mme B, la somme de 800 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Bourgeois et au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.

La magistrate désignée,

M. C

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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