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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2216637

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2216637

mercredi 22 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2216637
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPOLLONO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 décembre 2022 et 7 août 2023, Mme D D, représentée par Me Pollono, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2022 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salariée " ou " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de la munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et refusant d'octroyer un délai de départ volontaire :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour les prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2023, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rimeu,

- et les observations de Me Pavy, substituant Me Pollono, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D D, ressortissante sénégalaise née en 1995, est entrée en France le 9 octobre 2018, sous couvert d'un visa de long séjour valable du 5 octobre 2018 au

5 octobre 2019. Elle a sollicité du préfet la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiante ". Sa demande a été rejetée par un arrêté du 3 juillet 2020 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Par la suite, elle a sollicité du préfet la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salariée ". Sa demande a été rejetée par un arrêté du 9 décembre 2022 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

3. Mme D est arrivée en France au mois d'octobre 2018. Elle réside donc en France depuis quatre ans à la date de la décision attaquée. Elle s'est mariée le 29 octobre 2021 à Montaigu (Vendée) avec M. A, ressortissant sénégalais, titulaire d'un titre de séjour délivré par les autorités grecques. Il ressort des pièces du dossier que de leur union est née C, le

27 novembre 2021 à La Roche-sur-Yon (Vendée). Toutefois, M. A fait également l'objet d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français, édictée à son encontre le 9 décembre 2022. En outre, si la requérante produit un compte-rendu d'échographie daté du 22 septembre 2023 attestant qu'elle est enceinte de son deuxième enfant, cette circonstance est postérieure à la décision attaquée. Enfin, si la requérante justifie d'une activité bénévole en France depuis février 2021, ainsi que d'un certain nombre de missions d'intérim au sein de l'agence " Régional Intérim La Roche-sur-Yon " de décembre 2018 à septembre 2019, puis au sein de l'agence Synergie de mai à août 2020, et produit une promesse d'embauche datée du

1er mars 2023 en qualité d'assistante administrative pour un contrat de travail à durée indéterminée à temps complet au sein de la société Bidiese, ces éléments sont insuffisants, eu égard à la durée et aux conditions de séjour en France de Mme D, pour établir qu'elle y aurait le centre de sa vie privée et familiale. Ainsi, en refusant d'admettre Mme D au séjour, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. Les éléments évoqués au point 3 ne constituent ni des motifs exceptionnels, ni des circonstances humanitaires au sens de l'article L. 435-1 précité. Dès lors, il ne ressort pas du dossier que, dans l'exercice du large pouvoir qu'il tient de cet article, le préfet de la Vendée aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant l'admission exceptionnelle au séjour de la requérante.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Le refus de séjour contesté n'a pas pour effet de séparer l'enfant de la requérante de ses parents, dès lors que cet enfant a vocation à suivre ces derniers dans le pays d'origine de la requérante ou dans le pays d'accueil de son époux. Dans ces conditions, Mme D n'est pas fondée à soutenir que cette décision méconnaîtrait les stipulations du paragraphe 1 de

l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.

Sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination et un délai de départ volontaire :

8. Eu égard à ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour ne saurait être accueilli.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D D, au préfet de la Vendée et à Me Fleur Pollono.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2023.

La présidente-rapporteuse,

S. RIMEUL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

X. JEGARDLa greffière,

A GOUDOU

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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