vendredi 29 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2216750 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | LARGY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 décembre 2022 et le 20 juin 2023, Mme A B, représentée par Me Largy, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 2 décembre 2022 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler son titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique à titre principal de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de huit jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire d'annuler l'obligation de quitter le territoire français du 2 décembre 2022 ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à son profit en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
En ce qui concerne le refus de séjour :
- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision est entachée d'erreur d'appréciation en ce qui concerne le sérieux de ses études :
o elle a suivi une première année en psychologie en 2018-2019, a connu des problèmes de santé et n'a pas été intéressée par ce cursus ;
o elle a suivi en 2019-2020 une première année de LEA anglais-allemand commerce international et a progressé au cours de l'année ; le niveau attendu par la formation était trop élevé par rapport à ses connaissances de base ; elle a subi les conséquences de la Covid-19 en étant demeurée au Maroc entre mars et juin 2020 ;
o elle a suivi en 2020-2021 une première année LLCER anglais et a progressé depuis l'année précédente et en cours d'année ;
o elle a de nouveau suivi en 2021-2022 une première année LLCER anglais et a rencontré des difficultés du fait de l'état de santé de sa mère et de ses emplois étudiants ;
o elle s'est réorientée une seconde fois pour l'année 2022-2023 et suit une formation en BTS management hôtellerie restauration dans un CFA et obtient de très bons résultats ;
- la décision porte une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale ; elle a développé un réseau amical et entretient depuis quatre ans une relation avec un compagnon titulaire d'un titre de séjour et étudiant en LEA ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête de Mme B.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 1er août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Largy, représentant Mme B et de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante marocaine née en novembre 2000, est entrée en France en août 2018 munie d'un visa de long séjour en qualité d'étudiant. A l'expiration de ce visa, elle s'est vu délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiant, titre de séjour renouvelé jusqu'au 30 octobre 2022. Mme B a demandé le renouvellement de son titre de séjour étudiant. Par des décisions du 2 décembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler son titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office. Mme B demande l'annulation des décisions du 2 décembre 2022.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. Le refus de renouvellement du titre de séjour de Mme B du 2 décembre 2022 comporte les considérations de droit et de fait qui le fondent. Par suite, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé. Le moyen tiré de son insuffisante motivation manque en fait et doit être écarté. La seule circonstance que cette décision relève que Mme B est célibataire et sans enfant et ne mentionne pas l'existence de son compagnon, alors au demeurant qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée aurait porté à la connaissance de l'administration l'existence de cette relation, n'établit ni insuffisance de motivation, ni défaut d'examen, à supposer ce second moyen soulevé.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies.
5. Il ressort des pièces du dossier qu'au cours de l'année universitaire 2018-2019, Mme B a été inscrite en première année de licence de psychologie, année qu'elle n'a pas validée ayant été déclarée défaillante. Au cours de l'année universitaire 2019-2020, Mme B a été inscrite en première année de licence de langues étrangères appliquées (LEA), année qu'elle n'a également pas validée. Au cours de l'année universitaire suivante 2020-2021, l'intéressée a été inscrite en première année de licence langues, littératures, civilisations étrangères et régionales (LLCER), année qu'elle n'a pas validée. Elle a redoublé cette première année de LLCER au cours de l'année universitaire 2021-2022, et a de nouveau échoué. Si Mme B invoque son état de santé au cours de la première année universitaire, de la Covid-19 en 2019-2020 et d'une hospitalisation de sa mère, elle n'établit pas l'incidence de ces événements ponctuels sur quatre années d'études. Dans ces conditions, alors qu'entre 2018 et 2022, l'intéressée a connu trois formations différentes sans valider une seule année d'études, la circonstance qu'elle était, à la date de la décision attaquée, désormais inscrite, depuis quelques mois, au titre de l'année 2022-2023 en brevet de technicien supérieur (BTS) Management Hôtellerie Restauration avec des résultats satisfaisants, ne permet pas, à elle seule, d'établir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait commis une erreur d'appréciation en estimant que le sérieux des études suivies par Mme B n'était pas établi. Il suit de là que ce moyen n'est pas fondé et doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. Si Mme B invoque l'atteinte excessive portée par le refus de séjour à son droit à une vie privée et familiale normale, et s'il est établi qu'elle entretient, depuis au moins la fin de l'année 2018, une relation amoureuse et qu'elle réside avec son compagnon depuis septembre 2020, il ressort également des pièces du dossier que son compagnon est un compatriote qui ne réside en France que sous couvert d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, de nature temporaire, et ne lui donnant normalement pas vocation à s'établir durablement sur le territoire français. Dans ces conditions, et alors, au demeurant que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre du refus de renouvellement du titre de séjour en qualité d'étudiant, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté au droit de Mme B à une vie privée et familiale normale une atteinte excessive.
8. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 7 du jugement, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de Mme B.
9. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 8 que le moyen, soulevé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français du 2 décembre 2022, tiré de l'illégalité du refus de séjour du même jour doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Largy et au préfet de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Hannoyer, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.
La présidente-rapporteure,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
R. HANNOYER
La greffière,
Y. BOUBEKEUR
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2216750
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026