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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2216770

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2216770

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2216770
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 21 décembre 2022 sous le n° 2216770 et un mémoire enregistré le 15 novembre 2023, M. A C, représenté par Me Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant des moyens communs :

- il n'est pas établi que l'arrêté contesté ait été signé par une autorité habilitée ;

- les décisions qu'il comporte sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été rendu dans des conditions irrégulières ; il n'est pas établi qu'un rapport ait été préalablement rédigé par un médecin rapporteur puis transmis au collège de médecins ayant rendu l'avis, ni que le médecin auteur du rapport n'ait pas siégé au sein de ce collège, ni que cet avis ait été rendu à l'issue d'une délibération collégiale ;

- la décision méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 novembre 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au prononcé d'un non-lieu sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte de la requête et au rejet du surplus. Il fait valoir qu'il a été décidé le 21 mars 2023 de délivrer à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 septembre 2023.

II. Par une requête enregistrée le 21 décembre 2022 sous le n° 2216768 et un mémoire enregistré le 15 novembre 2023, Mme D B, épouse C, représentée par Me Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant des moyens communs :

- il n'est pas établi que l'arrêté contesté ait été signé par une autorité habilitée ;

- les décisions qu'il comporte sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été rendu dans des conditions irrégulières ; il n'est pas établi qu'un rapport ait été préalablement rédigé par un médecin rapporteur puis transmis au collège de médecins ayant rendu l'avis, ni que le médecin auteur du rapport n'ait pas siégé au sein de ce collège, ni que cet avis ait été rendu à l'issue d'une délibération collégiale ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 novembre 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au prononcé d'un non-lieu sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte de la requête et au rejet du surplus. Il fait valoir qu'il a été décidé le 21 mars 2023 de délivrer à l'intéressée une autorisation provisoire de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 janvier 2023.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Cantié a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C, ressortissants géorgiens nés respectivement le 28 mars 1985 et le 10 janvier 1988, déclarant être entrés en France le 23 août 2018 accompagnés de leur enfant mineur, ont été définitivement déboutés du droit d'asile le 30 juillet 2019. Ils ont fait l'objet d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français le 25 mai 2020. Les intéressés ont sollicité leur admission au séjour pour motifs de santé. Par les présentes requêtes, qu'il y a lieu de joindre pour y statuer par un seul jugement, M. et Mme C demandent au tribunal d'annuler les arrêtés du 22 novembre 2022 par lesquels le préfet de Maine-et-Loire a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office lorsque ce délai sera expiré.

Sur le non-lieu partiel :

2. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction des requêtes de M. et Me C, par décision du 21 mars 2023, le préfet de Maine-et-Loire a décidé de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour sur le fondement des articles L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, valable du 23 août 2023 au 25 janvier 2024, en qualité de parents accompagnant un enfant malade. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et des décisions connexes prises à l'encontre de chacun des intéressés se trouvent privées d'objet.

Sur le surplus des conclusions des requérants :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. Si M. et Mme C sont entrés récemment en France et se sont soustraits à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à leur encontre à l'issue du rejet définitif de leur demande d'asile, il ressort des pièces du dossier que l'enfant mineur des requérants, Rostom C, est atteint d'une lourde pathologie, dont la prise en charge de longue durée est assurée par le service d'hématologie, d'oncologie et d'immunologie pédiatrique du centre hospitalier universitaire d'Angers depuis le 11 octobre 2021. Il ressort du certificat du 28 octobre 2021 établi par le médecin assurant le suivi de l'enfant du couple que son état de santé nécessite la présence de sa mère à ses côtés. Postérieurement à l'édiction des arrêtés attaqués, le collège des médecins de l'OFII a rendu un avis, en date du 21 mars 2023, selon lequel l'état de santé de l'enfant Rostom nécessite une prise en charge dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne peut bénéficier d'un traitement approprié en Géorgie. Dans ces conditions, le refus de séjour opposé à M. et Mme C aurait pour effet de priver leur enfant de la présence indispensable de ses parents sur le territoire, alors que la cellule familiale a vocation à se maintenir en France du fait de la pathologie de longue durée qui affecte l'enfant du couple et qui rend impossible la reconstitution de la cellule familiale en Géorgie. Il suit de là que les refus litigieux ont porté au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale une atteinte excessive, en méconnaissance des stipulations citées ci-dessus de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à ce titre, les décisions refusant à M. et Mme C la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " doivent être annulées.

Sur l'injonction :

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard au moyen d'annulation retenu au point 4, qu'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " soit délivré à M. et à Mme C, quand bien même ceux-ci seraient titulaires, à la date du présent jugement, d'une autorisation provisoire de séjour en cours de validité. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement, sans assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. M. et Mme C ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, leur conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Kaddouri renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive, de mettre à la charge de l'Etat la somme totale de 1 800 euros à verser à Me C au titre de ces dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions des requêtes de M. et Mme C dirigées contre les arrêtés du 22 novembre 2022 en tant qu'ils portent obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixent le pays de renvoi.

Article 2 : Les arrêtés du préfet de Maine-et-Loire du 22 novembre 2022 sont annulés en tant qu'ils refusent l'admission au séjour de M. et Mme C.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire de délivrer à M. C et à Mme C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Kaddouri, avocat de M. et Mme C, la somme totale de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes visées ci-dessus est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme D B épouse C, à Me Kaddouri et au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

Mme Martel, première conseillère,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

Le président-rapporteur,

C. CANTIÉL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. MARTEL

La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. DUMONTEIL

2-2216768

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