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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2216843

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2216843

vendredi 27 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2216843
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantCANDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 19 décembre 2022 et le 9 août 2023, M. A C, Mme G C, M. B H C et Mme I C, représentés par Me Candon, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 26 octobre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision de l'autorité consulaire française à Dacca (Bangladesh) refusant un visa d'entrée et de séjour à Mme G C, à M. B H C et Mme I C en qualité de bénéficiaires de la procédure de regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au réexamen de leurs situations dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation dès lors que l'identité de Mme G C est établie ainsi que le lien de filiation de M. B H C et Mme I C.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C et autres ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Fessard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant bangladais, né le 9 février 1962, qui séjourne régulièrement en France, soutient avoir épousé le 10 février 1992, Mme G C, également de nationalité bangladaise, née le 5 juillet 1972. M. C a obtenu le 28 mars 2019, une autorisation de regroupement familial délivrée par le préfet des Bouches-du-Rhône, afin de faire venir Mme G C ainsi que M. B H C, né le 13 octobre 2000, et Mme I C, née le 28 octobre 2003, qu'il présente comme leurs enfants. La demande de visas de long séjour au profit des intéressés a été implicitement rejetée par l'autorité consulaire. Par leur requête, M. C et autres demandent au tribunal d'annuler la décision du 26 octobre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité diplomatique française à Dacca refusant de délivrer à Mme G C, M. B H C et Mme I C les visas de long séjour sollicités.

2. La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est fondée sur les motifs tirés d'une part, du défaut de conformité du certificat de mariage avec le droit local et des incohérences des titres d'identité et de voyage produits par Mme C, et, d'autre part, sur l'absence de preuve que M. C contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants.

3. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ".

4. La circonstance qu'une demande de visa de long séjour ait pour objet le regroupement familial, autorisé par le préfet, ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative refuse la délivrance du visa sollicité en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur un motif d'ordre public. Figure notamment au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir l'authenticité des documents d'état civil, la réalité du lien de filiation produits à l'appui des demandes de visa.

5. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Cet article, dans sa rédaction applicable au litige, dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Enfin, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.

En ce qui concerne le refus de visa opposé à Mme C :

6. A l'appui de la demande de visa, ont notamment été produits deux actes de naissance de Mme G C, née le 5 juillet 1972, une copie dactylographiée d'un acte de mariage portant les références " SI n°185 volume°01/2019 page 40 ", et le passeport de Mme C. Toutefois et d'une part, le ministre de l'intérieur fait valoir l'absence de conformité de l'acte de mariage au droit local, en l'espèce aux dispositions des articles 5- 1 et 5-2 du " Muslim marriages and divorce act " dès lors que le mariage a été enregistré le 24 octobre 2019, 27 ans après l'évènement, au lieu du délai légal maximum de 30 jours. D'autre part, il fait valoir que la carte d'identité présentée par la demandeuse lors de la demande de visa de long séjour était au nom de Mme E D, née le 10 février 1979. Il ressort également des pièces du dossier que les deux passeports de M. C, délivrés le 26 décembre 2013 et le 26 octobre 2018 mentionnaient, au titre des informations personnelles déclarées à l'ambassade du Bangladesh à Paris, une épouse dénommée " Dilera Akter ". Pour expliquer ces incohérences, les requérants versent au débat un affidavit du 4 août 2019, dans lequel Mme G C déclare être née le 5 juillet 1972 et que son nom a été écrit à tort, sur sa carte d'identité n°361238829605, E D née le 10 février 1979. Toutefois, une telle déclaration ne permet pas de tenir pour établie l'identité de la personne qui s'est présentée lors de la demande de visa alors que l'intéressée admet dans ses écritures avoir utilisé la carte d'identité litigeuse de 2008 à 2022. Les requérants reconnaissent également que l'acte de mariage enregistré le 24 octobre 2019 est erroné, et se prévalent d'une autre copie d'un acte de mariage portant les références " volume n° 01/2019 SI n°85 page 40 " mentionnant que le mariage a été enregistré le 15 mai 1992. Toutefois il ressort des pièces du dossier que cette copie est totalement dactylographiée à l'exception de cette mention de la date d'enregistrement du mariage, ajoutée de manière manuscrite. Dans ces conditions, compte tenu des anomalies relevées, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait commis une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne le refus de visa opposé à M. B H C et Mme I C :

7. Pour justifier du lien de filiation entre les demandeurs et M. A C, les requérants versent au débat un acte de naissance n° 20003612638116938 pour M. B H C, né le 3 octobre 2000 de M. A C et de Mme G C, et un acte de naissance n°20033612638116939 pour Mme I C, née le 28 octobre 2003 de M. A C et de Mme F. Le ministre fait valoir que les actes transmis ne sont pas authentiques du fait que l'identité de Mme C ne soit pas établie. Toutefois, cette circonstance n'emporte pas de conséquence sur l'authenticité des actes de naissance de M. B H C et Mme I C, non plus que l'absence de preuve que M. C contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. Dans ces conditions, M. C et autres sont fondés à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C et autres sont seulement fondés à demander l'annulation de la décision contestée s'agissant de la demande de visas de M. B H C et de Mme I C.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement implique seulement qu'il soit procédé à la délivrance des visas sollicités par M. B H C et Mme I C dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

10. Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme globale de 1 200 euros à verser à M. C et autres en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France en date du 26 octobre 2022 est annulée en tant qu'elle confirme le refus de visas opposé à M. B H C et Mme I C.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer les visas sollicités à M. B H C et Mme I C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 L'Etat versera à M. C et autres une somme globale de 1 200 euros (mille deux cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme G C, à M. B H C, à Mme I C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Chatal, conseillère

Mme Fessard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2023.

La rapporteure,

A. FESSARD

La présidente,

H. DOUET

Le greffier,

S. VALAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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