mardi 4 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2216888 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | PAUGAM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 décembre 2022, M. F D, représenté par Me Paugam, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;
3°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre infiniment subsidiaire, de réexaminer la situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus d'autorisation provisoire de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire " :
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 2 de la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
- elle méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 février 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination ;
- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la directive 2011/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001 ;
- la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Durup de Baleine, président,
- les observations de Me Paugam, avocate de M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant arménien né le 18 février 1993, déclare être entré en France le 7 avril 2022. Il a, le 11 avril 2022, sollicité du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au titre de la protection temporaire prévue à l'article L. 581-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 23 juin 2022, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande d'autorisation provisoire de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire " et lui a seulement délivré une autorisation provisoire de séjour d'une durée d'un mois. Par une ordonnance n° 2211797 du 12 octobre 2022, la juge des référés du tribunal administratif de Nantes, statuant au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de cet arrêté et a enjoint au préfet de procéder à un nouvel examen de la demande de M. D, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. L'intéressé a ainsi été mis en possession d'une autorisation provisoire de séjour valable du 20 octobre au 19 novembre 2022. Le 22 novembre suivant, le préfet de Maine-et-Loire a de nouveau refusé de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire ", et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays de destination en cas d'éloignement d'office à l'issue de ce délai. Par une ordonnance n° 2300056 du 18 janvier 2023, le juge des référés du tribunal administratif de Nantes, statuant au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de la décision du 22 novembre 2022 et a enjoint au préfet de procéder à un nouvel examen de la demande de M. D, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. En exécution de cette injonction, le préfet de Maine-et-Loire a muni l'intéressé d'une telle autorisation, valable du 30 janvier au 28 février 2023. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2022. Il a été admis en cours d'instance au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale et sa demande d'aide juridictionnelle provisoire est sans objet.
Sur l'étendue du litige :
2. Une décision intervenue pour l'exécution de l'ordonnance par laquelle le juge des référés d'un tribunal administratif a suspendu l'exécution d'un acte administratif revêt, par sa nature même, un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours en annulation présenté parallèlement à la demande en référé. Par suite, cette décision n'a pas pour effet de priver d'objet les conclusions tenant à l'annulation de cet acte.
3. Il ressort des pièces du dossier que, si le préfet de Maine-et-Loire a délivré à M. D les autorisations provisoires de séjour susmentionnées valables la première jusqu'au 19 novembre 2022 et la seconde jusqu'au 28 février 2023, ces autorisations n'ont été délivrées à l'intéressé qu'en exécution des injonctions prononcées par le juge des référés le 12 octobre 2022 et le 18 janvier 2023. Il en résulte que, contrairement à ce que fait valoir le préfet, la délivrance de ces autorisations n'a pas pour effet de priver d'objet les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 novembre 2022, en tant qu'il fait obligation à M. D de quitter le territoire français et fixe le pays de destination en cas d'éloignement d'office à l'issue du délai de départ volontaire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
4. Par un arrêté du 31 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Maine-et-Loire du 31 août 2022, le préfet de Maine-et-Loire a donné délégation à Mme Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer un arrêté d'une telle nature, en toutes les décisions qu'il comporte. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire doit être écarté.
5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière plus générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
6. L'arrêté attaquée comporte l'indication des raisons de droit et de fait pour lesquelles son auteur a refusé de délivrer une autorisation provisoire de séjour au requérant au titre de la protection temporaire. Il en résulte que cette décision de refus est régulièrement motivée. Cet arrêté, qui vise notamment les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constate que M. D est de nationalité arménienne et qu'il lui est fait obligation de quitter le territoire français, ce dont résulte que la décision fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office à l'issue du délai de départ volontaire est, de ce seul fait, régulièrement motivée.
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D.
8. Aux termes de l'article 5 de la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001 relative à des normes minimales pour l'octroi d'une protection temporaire en cas d'afflux massif de personnes déplacées et à des mesures tendant à assurer un équilibre entre les efforts consentis par les États membres pour accueillir ces personnes et supporter les conséquences de cet accueil : " 1. L'existence d'un afflux massif de personnes déplacées est constatée par une décision du Conseil () / () / 3. La décision du Conseil a pour effet d'entraîner, à l'égard des personnes déplacées qu'elle vise, la mise en œuvre dans tous les États membres de la protection temporaire conformément aux dispositions de la présente directive. La décision contient au moins : / a) une description des groupes spécifiques de personnes auxquels s'applique la protection temporaire / b) la date à laquelle la protection temporaire entrera en vigueur/ () ".
9. Pour assurer la transposition de cette directive, l'article L. 581-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que le bénéfice du régime de la protection temporaire " est ouvert aux étrangers selon les modalités déterminées par la décision du Conseil de l'Union européenne mentionnée à l'article 5 de la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001, définissant les groupes spécifiques de personnes auxquelles s'applique la protection temporaire () ". Selon l'article L. 581-3 du même code : " L'étranger appartenant à un groupe spécifique de personnes visé par la décision du Conseil mentionnée à l'article L. 581-2 bénéficie de la protection temporaire à compter de la date mentionnée par cette décision. Il est mis en possession d'un document provisoire de séjour assorti, le cas échéant, d'une autorisation provisoire de travail. Ce document provisoire de séjour est renouvelé tant qu'il n'est pas mis fin à la protection temporaire () ". Aux termes de l'article L. 581-8 de ce même code : " L'étranger exclu du bénéfice de la protection temporaire ou qui, ayant bénéficié de cette protection, cesse d'y avoir droit, et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre, doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ".
10. Aux termes de l'article 1er de la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 constatant l'existence d'un afflux massif de personnes déplacées en provenance d'Ukraine, au sens de l'article 5 de la directive 2001/55/CE, et ayant pour effet d'introduire une protection temporaire : " L'existence d'un afflux massif dans l'Union de personnes déplacées qui ont dû quitter l'Ukraine en raison d'un conflit armé est constatée. ". Aux termes de l'article 2 de cette même décision : " 1. La présente décision s'applique aux catégories suivantes de personnes déplacées d'Ukraine le 24 février 2022 ou après cette date, à la suite de l'invasion militaire par les forces armées russes qui a commencé à cette date : / a) les ressortissants ukrainiens résidant en Ukraine avant le 24 février 2022 ; / () / c) les membres de la famille des personnes visées aux points a) et b). / 2. Les États membres appliquent la présente décision ou une protection adéquate en vertu de leur droit national à l'égard des apatrides, et des ressortissants de pays tiers autres que l'Ukraine, qui peuvent établir qu'ils étaient en séjour régulier en Ukraine avant le 24 février 2022 sur la base d'un titre de séjour permanent en cours de validité délivré conformément au droit ukrainien, et qui ne sont pas en mesure de rentrer dans leur pays ou leur région d'origine dans des conditions sûres et durables. / () / 4. Aux fins du paragraphe 1, point c), les personnes suivantes sont considérées comme membres de la famille, dans la mesure où la famille était déjà présente et résidait en Ukraine avant le 24 février 2022 : / a) le conjoint d'une personne visée au paragraphe 1, point a) ou b), ou le partenaire non marié engagé dans une relation stable, lorsque la législation ou la pratique en vigueur dans l'État membre concerné traite les couples non mariés de manière comparable aux couples mariés dans le cadre de son droit national sur les étrangers ; / () ".
11. Pour refuser à M. D le bénéfice de la protection temporaire, le préfet de Maine-et-Loire, a, tout d'abord et au regard des dispositions du paragraphe 1 de l'article 2 de la décision du 4 mars 2022, estimé que l'intéressé ne peut être regardé comme membre de la famille d'un ressortissant ukrainien résidant en Ukraine avant le 24 février 2022. Il a, ensuite et au regard des dispositions du paragraphe 2 du même article 2, estimé que, faute pour M. D d'établir qu'il était en séjour régulier en Ukraine avant le 24 février 2022, ce paragraphe ne peut lui ouvrir droit au bénéfice de cette protection.
12. M. D soutient être arrivé en France en même temps que Mme A, ressortissante ukrainienne née en 1986 à laquelle le préfet de Maine-et-Loire a le 11 juillet 2022 accordé le bénéfice de la protection temporaire jusqu'au 10 janvier 2023, et que le fils, né en 2013, de Mme B E fait valoir que cette dernière est sa concubine et qu'il est un membre de la famille de cette dernière, au sens c) du paragraphe 1 de l'article 2 de la décision du 4 mars 2022 et, par suite, du a) du paragraphe 4 de cet article.
13. Le requérant présente la copie en russe et la traduction seulement partielle en français d'un contrat de bail en date du 18 avril 2020 portant sur la location d'une chambre, dont les trois locataires sont M. B, le requérant et Mme B E présente également deux attestations, succinctes et non circonstanciées, en date du 25 juillet 2022, émanant de deux ressortissants ukrainiens se disant voisins du requérant à Kiev et selon lesquelles il habitait à l'adresse, à Kiev, indiquée sur ce contrat de location depuis le 18 avril 2020, avec Mme A, présentée comme étant son " épouse ". Toutefois, en l'absence, dans la présente instance, de quelconques autres éléments de preuve, comme de déclarations précises et circonstanciées, notamment à l'occasion de l'audience, ces seuls éléments sont insuffisants à caractériser la réalité du concubinage, se définissant comme une union de fait caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, allégué entre le requérant et Mme B E n'est, ainsi, pas établi que le requérant aurait en Ukraine et avant le 24 février 2022, été engagé dans une relation stable avec Mme B E en résulte que c'est par une exacte application du a) du paragraphe 4 de l'article 2 de la décision du 4 mars 2022 et sans erreur d'appréciation que le préfet de Maine-et-Loire a estimé que M. D n'est pas, au sens du c) du paragraphe 1 de cet article, membre de la famille d'un ressortissant ukrainien résidant en Ukraine avant le 24 février 2022. Il ressort, en outre, des pièces du dossier que, faute pour le requérant d'établir qu'il était en séjour régulier en Ukraine avant le 24 février 2022 sur la base d'un titre de séjour permanent en cours de validité délivré conformément au droit ukrainien, les dispositions du paragraphe 2 du même article 2 ne lui ouvrent pas droit au bénéfice de la protection temporaire.
14. Dès lors que c'est légalement que le préfet de Maine-et-Loire a refusé le bénéfice de la protection temporaire à M. D, ce dernier se trouve dans le cas, prévu au 3° de l'article L. 611-1 et à l'article L. 581-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lequel le préfet peut obliger l'étranger à quitter le territoire français.
15. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui.
16. Il ressort des pièces du dossier que le séjour du requérant en France, remontant au 7 avril 2022, est très récent. Non marié, il est célibataire et il ne ressort pas du dossier qu'aucune tierce personne serait à sa charge. S'il fait état d'un concubinage avec Mme A, en compagnie de laquelle il séjourne en France, la réalité d'un concubinage antérieur à son entrée en France n'est pas établie. Si le requérant fait également état de la présence en France de son frère, ressortissant arménien né en 1997, la demande d'asile que ce dernier avait présentée a été rejetée le 30 septembre 2022 par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le requérant, âgé de près de trente ans, ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où, d'après ses déclarations, il a vécu jusqu'en 2019, ni d'une impossibilité d'y poursuivre sa vie privée et familiale. Dès lors, eu égard à la durée et aux conditions du séjour du requérant en France, comme aux effets d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet, en refusant au requérant le bénéfice de la protection et en assortissant ce refus d'une obligation de quitter le territoire français, comme en fixant la destination en cas d'éloignement d'office, n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ont été prises ces décisions. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
17. Si le requérant soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français procède d'une " erreur manifeste dans l'appréciation " de ses conséquences sur sa situation, il ne ressort toutefois pas de la requête que ce moyen se distinguerait de celui tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni en quoi il s'en distinguerait, une telle erreur manifeste ne ressortant pas du dossier. Il résulte de ce qui a été dit au point 16 ci-dessus qu'il doit être écarté.
18. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, de autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
19. Comme il a été dit, il n'est pas justifié du concubinage allégué entre le requérant et Mme A avant le 24 février 2022. Si Mme A est la mère d'un enfant mineur né en 2013 et l'accompagnant en France, le requérant n'est pas le père de cet enfant et il ne ressort pas du dossier qu'il serait débiteur d'obligations ou titulaires de droits à l'égard de cet enfant. Le requérant indique s'occuper de cet enfant, qui est affecté d'un handicap, mais ne fournit toutefois, dans la présente instance, aucune précision et il ne ressort ainsi pas du dossier qu'il contribuerait effectivement et habituellement à la garde, à l'entretien et à l'éducation du fils de Mme B Dès lors, le refus d'accorder au requérant le bénéfice de la protection temporaire et l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français ne sont pas de nature à priver cet enfant de la présence de la ou des personnes en assurant à titre habituel et effectif la garde, l'entretien et l'éducation. Il ne ressort pas du dossier que ces décisions seraient susceptibles d'exposer le fils de Mme A à un risque particulier pour sa santé, sa sécurité, son éducation ou sa moralité. Dès lors et même à admettre que l'arrêté attaqué aurait pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, la situation de cet enfant mineur, il n'en méconnaît pas l'intérêt supérieur et, par suite, ne méconnaît pas le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.
20. Il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité du refus d'accorder à M. D le bénéfice de la protection temporaire qu'il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de ce refus.
21. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon ce dernier : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
22. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la vie ou la liberté du requérant seraient menacées en Arménie ou qu'il serait exposé dans ce pays à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il en résulte que la décision fixant le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue du délai de départ volontaire ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de cette méconnaissance n'étant, au demeurant, assorti d'aucune précision ni appuyé par aucun élément de démonstration.
23. Compte tenu de ce qui a été dit sur la légalité du refus de protection temporaire et de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait illégale en raison de l'illégalité de ce refus et de cette obligation.
24. Les dispositions de l'article L. 721-4 ne confèrent pas à l'administration un pouvoir discrétionnaire pour désigner le pays de renvoi d'une personne faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Il en résulte que le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée en l'espèce la décision désignant ce pays, moyen qui n'est assorti d'aucune précision, doit être écarté.
25. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Dès lors, il ne saurait être fait droit aux conclusions à fin d'injonction qu'il présente.
Sur les frais liés au litige :
26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ces titres.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F D, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Paugam.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Durup de Baleine, président,
Mme Milin, première conseillère,
Mme Thomas, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.
Le président-rapporteur,
A. DURUP DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
S. THOMASLa greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026