mardi 31 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2216893 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | GEORGES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 décembre 2022, M. E B, agissant en son nom et en tant que représentant légal de l'enfant A C B, et M. H D B, représentés par Me Georges, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 octobre 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté le recours dirigé contre les décisions du 14 avril 2022 de l'autorité consulaire française à Brazzaville (Congo) refusant de délivrer à M. H D B et à l'enfant mineur A C B un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de membres de famille de réfugié ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer un visa de long séjour à messieurs H D et A C B ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision contestée est signée d'une autorité incompétente ;
- cette même décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, au regard de la nature des liens existant entre le réunifiant et les demandeurs de visas, en méconnaissance des dispositions de l'article L 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés, et doit être considéré comme sollicitant implicitement une substitution de motifs.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Revéreau a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E B, ressortissant congolais, né le 29 octobre 1960, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 24 mars 2016. M. H D B, né le 11 mai 2004, et l'enfant mineur A C B, né le 27 janvier 2006, qu'il présente comme ses enfants, ont déposé des demandes de visas d'entrée et de long séjour en France auprès de l'autorité consulaire française à Brazzaville, en qualité de membres de famille d'un réfugié. Par des décisions du 14 avril 2022, cette autorité a refusé de délivrer les visas sollicités. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie par les requérants d'un recours administratif préalable obligatoire enregistré le 15 juin 2022, a recommandé au ministre de l'intérieur et des outre-mer d'accorder les visas sollicités. Par une décision du 26 octobre 2022, dont Messieurs E et H D B demandent l'annulation, le ministre a maintenu la décision de refus de visas.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que : " I. - Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 3° Par les enfants non mariés du couple, âgés au plus de dix-neuf ans. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. Aux termes de l'article L 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables. La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. ". La circonstance qu'une demande de visa de long séjour ait pour objet le rapprochement familial du conjoint ou du concubin d'une personne admise à la qualité de réfugié ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative refuse la délivrance du visa sollicité en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur un motif d'ordre public.
3. Pour refuser de délivrer des visas d'entrée et de long séjour en France à M. H D B et à l'enfant A C B au titre de la réunification familiale, le ministre de l'intérieur et des outre-mer s'est fondé sur le motifs tirés de ce que, d'une part, il n'est pas justifié du maintien d'un lien affectif par M. E B, réfugié en France, avec ses enfants depuis son départ du Congo en 2006, notamment le jeune A C, né après son départ, et d'autre part, la demande de réunification a été déposée tardivement, le réunifiant bénéficiant du statut de réfugié depuis 2016.
4. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 du présent jugement, ainsi que le soutiennent les requérants, que seuls des motifs d'ordre public peuvent faire obstacle à la délivrance de visas au titre de la réunification familiale. Dès lors, ni la circonstance que l'enfant mineur A C B soit né après le départ pour la France de son père, ni celle tenant au caractère tardif de la demande de réunification ne sont de nature à justifier un refus de délivrance d'un visa au titre de la réunification familiale, alors au demeurant que M. E B fait valoir que la production des copies intégrales d'actes de naissance à l'appui des demandes de visas, ainsi que la procédure engagée par la mère alléguée des enfants auprès du tribunal de grande instance de Brazzaville (Congo) afin de justifier de l'exercice exclusif de l'autorité parentale par le réunifiant, impliquent des délais qui expliquent le caractère tardif du dépôt des demandes de visas. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir qu'en refusant à M. H D B et à l'enfant mineur A C B la délivrance des visas demandés, le sous-directeur des visas a commis une erreur d'appréciation, en méconnaissance des dispositions de l'article L 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées.
5. Toutefois l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
6. Dans son mémoire en défense, le ministre de l'intérieur et des outre-mer fait valoir que les actes d'état civil ne présentent pas un caractère d'authenticité permettant d'établir le lien de filiation entre le réunifiant et les demandeurs de visas, et qu'en outre la possession d'état au sens de l'article 311-1 du code civil n'est pas établie.
7. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ", ce dernier disposant que " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".
8. Il ressort des pièces du dossier qu'ont été produits, pour justifier de l'identité des demandeurs de visas et du lien de filiation avec le réunifiant, une copie intégrale d'un acte de naissance n° 551 daté du 12 novembre 2018, dressé par l'officier d'état civil du centre principal de l'arrondissement de Ouenzé, situé sur la commune de Brazzaville, portant transcription de la réquisition de transcription aux fins de déclaration tardive de naissance, référencée n° 6459/CAB/PR, du tribunal de grande instance de Brazzaville, datée du 6 novembre 2018 et également jointe au dossier. Ces documents, qui mentionnent que M. H D B est né le 11 mai 2004 à Brazzaville, font état de son lien de filiation avec M. E B. Les requérants joignent également à l'appui de leurs écritures une copie intégrale d'un acte de naissance n° 550 daté du 12 novembre 2018, dressé par l'officier d'état civil du centre principal de l'arrondissement de Ouenzé portant transcription de la réquisition de transcription aux fins de déclaration tardive de naissance, référencée n° 6458/CAB/PR, du tribunal de grande instance de Brazzaville en date du 8 novembre 2018, également jointe au dossier. Ces documents, qui mentionnent que M. A C B est né le 27 novembre 2006 à Brazzaville, font également état de son lien de filiation avec M. E B. Si le ministre oppose que les réquisitions aux fins de déclarations tardives de naissance comportent une numérotation rapprochée et ont été établis deux ans avant leur transcription effective sur les actes d'état civil, en méconnaissance de l'article 35 du code de la famille congolais prévoyant la tenue des registres d'état civil à l'année civile, il n'établit pas en quoi ces seuls éléments sont de nature à démontrer l'inauthenticité des actes en cause. Enfin, les requérants produisent un jugement n° 145 du tribunal pour enfant du tribunal de grande instance de Brazzaville, daté du 25 mai 2021 et dont le ministre ne conteste pas l'authenticité, faisant état d'une requête de Mme G F, mère alléguée des enfants, et confiant la garde des enfants ainsi que l'intégralité de l'exercice de l'autorité parentale au réunifiant. Dans ces conditions, l'identité de M. H D B et de l'enfant A C B, ainsi que leur lien de filiation avec M. E B, réunifiant, doivent être tenus pour établis, sans qu'il soit besoin d'établir la filiation par possession d'état. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de substitution de motif demandée par le ministre de l'intérieur.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 26 octobre 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de délivrer à M. H D B et à l'enfant A C B des visas de long séjour au titre de la réunification familiale doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. H D B et à l'enfant A C B les visas de long séjour sollicités, dans un délai de deux mois à compter de sa notification.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, la somme de 1 200 euros à verser solidairement à M. E B et M. H D B.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 26 octobre 2022 du ministre de l'intérieur et des outre-mer est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. H D B et à l'enfant A C B les visas de long séjour sollicités, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : l'État versera solidairement à M. E B et M. H D B une somme de 1200 euros (mille deux cent euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et M. H D B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Besse, président,
Mme Dubus, première conseillère,
M. Revéreau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre2023.
Le rapporteur,
P. REVEREAU
Le président,
P.BESSE
La greffière,
S. BRIAND
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026