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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2217026

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2217026

vendredi 21 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2217026
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLIETAVOVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 décembre 2022, M. A D, représenté par Me Lietavova, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elles méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Livenais, président-rapporteur,

- et les observations de Me Lietavova, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant bangladais né en 2003, déclare être entré en France au cours du mois de septembre 2019. Il a été pris en charge par le conseil départemental de la Loire-Atlantique en exécution d'un jugement en assistance éducative rendu le 31 mars 2020 et renouvelé le 10 mars 2021. A sa majorité, M. D a sollicité auprès du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 435-3, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté de ce préfet du 8 décembre 2022 portant en outre obligation de quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré. M. D demande au tribunal d'annuler l'ensemble de ces décisions.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. L'arrêté contesté a été signé par Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par arrêté du 5 septembre 2022, régulièrement publiée le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet lui a donné délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour, les décisions portant obligation de quitter le territoire et les décisions fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué et notamment de la mention précise des circonstances propres à la situation personnelle de M. D s'agissant, notamment, de son parcours scolaire et de sa vie privée et familiale, que le préfet de la Loire-Atlantique a procédé à un examen suffisant de la situation du requérant avant de prendre à son encontre la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ". Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

5. Il ressort des pièces du dossier qu'au titre des années scolaires 2020-2021 et 2021-2022, M. D a été scolarisé auprès de l'université régionale des métiers de l'artisanat de la Loire-Atlantique en vue d'obtenir un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " production et service en restauration ". Le préfet de la Loire-Atlantique a toutefois relevé que M. D n'avait pas obtenu ce certificat à l'issue de ces deux années de scolarité, l'intéressé n'ayant obtenu que la note de 9,17 / 20 à l'issue de l'examen sanctionnant cette formation au titre de la session de juin 2022. Il ressort en outre des pièces du dossier qu'au cours des deux années de formation de M. D, la moyenne générale de ce dernier n'a jamais excédé 9,43 / 20, le requérant s'étant au demeurant signalé à compter du second semestre de l'année scolaire 2020-2021 par diverses absences injustifiées. M. D n'établit pas, dans ces conditions, et quand bien même il s'est inscrit en qualité de candidat libre aux épreuves du CAP en cause au titre de la session de juin 2023, que le préfet de la Loire-Atlantique aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'il ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études à la date de cette décision et en refusant, pour ce motif, de lui délivrer le titre de séjour sollicité sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ". L'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ". Pour l'application de ces dispositions et stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D ne résidait en France que depuis trois ans à la date de la décision attaquée. Le requérant, célibataire et sans enfant, ne fait en outre état d'aucune attache familiale ou personnelle sur le territoire et, nonobstant la circonstance d'ailleurs non établie, que son père aurait été assassiné, n'être dépourvu de telles attaches dans son pays d'origine où résident en particulier sa mère et ses frères. En outre, si l'intéressé se prévaut du contrat de travail à durée indéterminée qu'il a conclu avec l'EURL Miraa pour occuper à temps complet un emploi d'aide cuisinier à compter du 2 novembre 2022, cette seule circonstance, d'ailleurs récente à la date de la décision attaquée ne saurait, à elle seule, établir que M. D aurait durablement fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour en litige méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En quatrième et dernier lieu, eu égard à la situation personnelle et familiale de M. D rappelée au point précédent, le préfet de la Loire-Atlantique a pu, sans méconnaître l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, estimer que ce dernier ne justifiait pas de l'existence de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires qui justifieraient la régularisation exceptionnelle de son droit au séjour. Pour les mêmes motifs de fait, cette décision n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de cette illégalité, que M. D à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

10. En second lieu, et pour les mêmes motifs de fait que ceux exposés ci-dessus, la décision contestée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :

11. Pour les mêmes motifs de fait que ceux exposés ci-dessus, la décision contestée, en ce qu'elle fixe un délai de trente jours à M. D afin qu'il exécute spontanément la mesure d'éloignement prononcée à son encontre, n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation, le préfet n'étant pas tenu en l'espèce d'accorder à titre exceptionnel un délai de départ volontaire d'une durée supérieure à 30 jours à l'intéressé.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité, invoqué par M. D à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que sa demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Lietavova.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

M. Huin, premier conseiller,

Mme Thierry, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2023.

Le président-rapporteur,

Y. LIVENAISL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

F. HUIN

La greffière,

C. MICHAULT

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

cm

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