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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2217042

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2217042

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2217042
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 semaines - 7ème chambre
Avocat requérantSARHANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 décembre 2022 et le 11 janvier 2023, M. A D E, représenté par Me Sarhane, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions notifiées le 14 décembre 2022 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination ;

2°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que la signataire de l'arrêté était compétente ;

- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le préfet ne rapporte pas la preuve de la notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile conformément à l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable à la date de sa demande d'asile ;

- la décision est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est illégale en raison de l'illégale de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision est insuffisamment motivée en fait et en droit ;

- la décision n'a pas fait l'objet d'une procédure contradictoire ;

- il encourt des risques en cas de retour au Tchad en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête de M. D E.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D E ne sont pas fondés.

M. D E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 25 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D E, ressortissant tchadien né en septembre 1991, est entré en France en mars 2020 selon ses déclarations. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée, en procédure accélérée, par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 29 octobre 2021. Son recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 31 mars 2022. Par des décisions notifiées le 14 décembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a obligé M. D E à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office. M. D E demande l'annulation des décisions notifiées le 14 décembre 2022.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". L'article L. 612-1 du même code dispose que : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ".

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé au nom du préfet et par délégation par Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration. Par un arrêté du 5 septembre 2022, publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de la Loire-Atlantique a accordé à la directrice des migrations et de l'intégration délégation à l'effet de signer dans le cadre des attributions relevant de sa direction " - tous arrêtés et décisions individuelles relevant des attributions de la direction des migrations et de l'intégration, à l'exception des arrêtés réglementaires et des circulaires au maires ", et plus particulièrement au titre du bureau du contentieux et de l'éloignement, " - les décisions portant obligation de quitter le territoire assorties ou non d'une décision portant sur le délai de retour volontaire avec ou sans mesure de surveillance ; () / - les décisions fixant le pays de renvoi () ". Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

5. L'obligation de quitter le territoire français notifiée le 14 décembre 2022 à M. D E comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent et est ainsi suffisamment motivée au regard des exigences des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision./ Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". L'article R. 532-57 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose quant à lui que : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire ".

7. En application de l'article R. 532-57 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les mentions de la base Telemofpra font foi jusqu'à preuve du contraire. Il ressort du relevé de l'application TelemOfpra versée au dossier par le préfet de la Loire-Atlantique que la décision prise par la Cour nationale du droit d'asile sur le recours formé par M. D E contre la décision de rejet du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été prise le 31 mars 2022. Ce relevé de situation n'indique toutefois ni que cette décision aurait été lue en audience publique, ni qu'elle aurait prise la forme d'une ordonnance, mais il relève que la décision a été notifiée le 21 avril 2022. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet ne pouvait obliger M. D E à quitter le territoire français en l'absence de preuve de la notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile doit être écarté.

8. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D E est entré en France en mars 2020, deux ans et neuf mois avant la décision contestée, après avoir vécu, jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans, la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine. Il n'a résidé régulièrement en France qu'en qualité de demandeur d'asile alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée à la suite de la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 31 mars 2022. Il ne fait état d'aucune attache privée ou familiale particulière en France. Dans ces conditions, en obligeant M. D E à quitter le territoire français, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de l'intéressé.

Sur la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 8 que M. D E n'est pas fondé, à invoquer à l'encontre de la décision fixant le pays d'éloignement et par voie d'exception, le moyen tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français notifié le 14 décembre 2022.

10. En deuxième lieu, la décision fixant le pays d'éloignement de M. D E comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Elle est ainsi suffisamment motivée au regard des exigences des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

11. En troisième lieu, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

12. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile déterminent de façon complète les règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. En outre, le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou fixant le pays d'éloignement, dès lors qu'il a été entendu dans le cadre du dépôt de sa demande d'asile à l'occasion de laquelle l'étranger est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit reconnue la qualité de réfugié ou accordé le bénéfice de la protection subsidiaire et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, laquelle doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. M. D E n'établit ni même n'allègue qu'il aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ni qu'il ait été empêché de présenter des observations avant que ne soit prise la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision a été prise en méconnaissance sans procédure contradictoire.

13. En dernier lieu, l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". L'article 3 de cette convention stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. Si M. D E invoque les risques encourus en cas de retour au Tchad dès lors qu'il serait perçu comme un opposant de la part des autorités de son pays, il n'apporte aucune justification à l'appui de ses allégations, alors en outre que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile en mars 2022. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D E doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D E, à Me Sarhane et au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.

La magistrate désignée,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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