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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2217123

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2217123

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2217123
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantANGLADE & PAFUNDI AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 30 décembre 2022 et 11 janvier 2023, M. D A et Mme B A, représentés par Me Anglade, demandent au juge des référés :

1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France (CRRV), saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 21 août 2022 par laquelle l'autorité consulaire française à Téhéran (Iran) a refusé de délivrer un visa de long séjour à Mme A, a, à son tour, implicitement refusé de délivrer le visa sollicité ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer un visa à Mme A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil de la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision attaquée a pour effet de les séparer et que Mme A risque d'être renvoyée en Afghanistan puisqu'elle ne dispose plus de droit au séjour en Iran ; le visa iranien dont Mme A était détentrice est arrivé à expiration le 26 novembre 2022 sans qu'elle parvienne à le faire renouveler, en dépit des tentatives effectuées auprès des autorités iraniennes ; les rapports produits rendent vraisemblables leurs déclarations relatives à la situation de Mme A en Iran ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les informations relatives à l'état civil de Mme A apparaissent concordantes et sont corroborées par la production de son passeport, sa taskera, son certificat de naissance, son acte de mariage ; les documents d'état civil qu'elle produit sont établis par les autorités afghanes dans les formes usitées du pays ; M. A a été admis au bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 30 avril 2019 ; les époux A produisent les éléments de possession d'état justifiant de leur situation familiale et de leur lien matrimonial par des photos, des captures d'écran de leurs conversations vidéo ; si M. A a rencontré des difficultés de compréhension majeures lorsqu'il remplissait le formulaire, il a déclaré de manière constante depuis son arrivée en France qu'il était marié à Madame B A depuis le 27 janvier 2018, soit antérieurement à son départ du pays et à son admission au bénéfice de la protection subsidiaire ; les actes d'état civil établis par l'OFPRA produits à l'appui d'une demande de visa ont valeur d'actes authentiques et leur union était également établie par la production de son acte de mariage afghan ; la taskera de Mme A a été établie antérieurement à l'acte de mariage (celui-ci date du 6 février 2021) ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que M. A, qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire, ne peut se rendre en Afghanistan sans s'exposer à des actes de persécution et sans risque qu'il soit mis fin à sa protection.

Par un mémoire en défense et une pièce complémentaire enregistrés le 9 janvier 2023 le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie : Mme A a déposé sa première demande de visa en décembre 2021 alors que son époux allégué M. A a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire en avril 2019, soit deux ans et demi auparavant, et que le couple est censé être marié depuis 2018 ; les requérants ne démontrent pas que Mme A serait exposée dans son pays de résidence actuelle, l'Iran, ni que son visa sera bientôt expiré, ni qu'un refus d'enregistrement d'une demande de protection par le HCR lui aurait été opposé ;

- aucun des moyens soulevés par M. et Mme A, n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* la décision expresse du 4 janvier 2023 est suffisamment motivée ;

* M. A a précisé à deux reprises, dans un courrier du 18 janvier 2022 au bureau des familles des réfugiés, s'être marié en février 2020 et non juste avant son départ en 2018, de sorte que Mme A n'est pas éligible à la procédure de réunification familiale ;

* la politique iranienne d'expulsion de réfugiés afghans doit être largement relativisée ;

* les requérants ne démontrent pas l'impossibilité dans laquelle se trouverait Mme A de renouveler son visa en Iran ou d'obtenir une autorisation de séjour provisoire, ni qu'elle n'aurait pas pu entreprendre des démarches auprès du HCR pour obtenir une protection temporaire compte-tenu de son statut ou que cette dernière lui aurait été refusée ;

* les éléments de possession d'état produits ne sont pas probants ;

* M. A n'est pas empêché de se rendre en Iran pour rendre visite à son épouse alléguée.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 13 décembre 2022 sous le numéro 2216475 par laquelle M. et Mme A demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Le Barbier, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 janvier 2023 à 9 heures 30 :

- le rapport de Mme Le Barbier, juge des référés,

- et les observations du représentant du ministre de l'intérieur et des outre-mer.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A sont des ressortissants afghans nés respectivement le 10 juin 1995 et le 5 février 1998. M. A a été admis au bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 30 avril 2019. Par la présente requête, ils doivent être regardés comme demandant au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 4 janvier 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France (CRRV), saisie d'un recours administratif préalable obligatoire contre une décision du 21 août 2022 par laquelle l'autorité consulaire française à Téhéran (Iran) a refusé de délivrer un visa de long séjour à Mme A, a, à son tour, refusé de délivrer le visa sollicité.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Ni M. A ni Mme A n'établit avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle. Par suite, leurs conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ne peuvent qu'être rejetées.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

3. Aucun des moyens soulevés par M. et Mme A, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 4 janvier 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a refusé de délivrer un visa de long séjour à Mme A.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'apprécier la condition d'urgence, que le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme A doit être rejeté.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A et à Mme B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Anglade.

Fait à Nantes, le 26 janvier 2023.

La juge des référés,

M. C

Le greffier,

J-F. MerceronLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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