vendredi 10 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2300038 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | AH-FAH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 janvier 2023 et le 4 octobre 2023, Mme B A, représentée par Me Ah-Fah, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler, à titre principal, la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, réceptionné le 31 août 2022, contre la décision de l'autorité diplomatique française au Pakistan refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de visiteuse, et, à titre subsidiaire, la décision expresse de cette commission du 8 décembre 2022 ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer à titre principal de délivrer le visa sollicité, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les motifs de la décision implicite ont été communiqués au-delà du délai d'un mois imparti, entachant ainsi la décision de la commission d'un vice de forme non régularisable ;
- le ministre ne peut opposer les motifs de refus notifiés tardivement après expiration du délai de communication des motifs de la décision implicite de la commission ;
- la décision n'est pas suffisamment motivée en fait, ce qui porte atteinte au principe du contradictoire ;
- la décision s'appuie sur l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui est abrogé depuis le 1er mai 2021 ;
- le motif tiré de l'insuffisance de ses ressources est entaché d'erreur d'appréciation dès lors qu'elle sera accueillie et prise en charge par ses neveux qui disposent de ressources suffisantes ;
- le motif tiré du risque de détournement de l'objet du visa est entaché d'erreur de droit dès lors qu'elle serait en droit, à l'issue de la période de validité d'un visa de long séjour, de solliciter une carte de séjour " visiteur " et qu'elle remplirait les conditions pour se voir octroyer cette carte ;
- ce motif est également entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle n'a pas à justifier de la nécessité de séjourner en France plus de trois mois dès lors qu'elle n'envisage pas de s'installer de manière pérenne et que cette condition méconnaît l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 5 du code civil dès lors qu'elle ne ressort d'aucun texte légal ou réglementaire ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 août 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés ;
- la décision de refus de visa est justifiée en outre par l'absence de preuve de la nécessité d'un séjour en France supérieur à trois mois.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 octobre 2023 :
- le rapport de Mme Chatal, rapporteure,
- et les observations de Me Ah-Fah, représentant la requérante.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante pakistanaise née en 1986, demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, réceptionné le 31 août 2022, contre la décision de l'autorité diplomatique française au Pakistan refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de visiteuse. Elle demande également à titre subsidiaire l'annulation de la décision explicite de cette commission, prise le 8 décembre 2022.
Sur les conclusions principales :
2. Lorsque le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Dans ce cas, des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.
3. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a accusé réception du recours de la demandeuse de visa le 31 août 2022 de sorte qu'une décision implicite de rejet du recours est née à l'expiration d'un délai de deux mois suivant cette date. Si la requérante justifie avoir sollicité la communication des motifs de cette décision implicite, la lettre de la commission datée du 9 décembre 2022 ne procède pas à la communication des motifs de la décision implicite mais informe le conseil de la requérante que cette commission s'est réunie le 8 décembre 2022 et a décidé de rejeter le recours. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu'il y a lieu de rediriger les conclusions de la requête contre cette décision.
4. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le moyen de la requête tiré de l'absence de communication, dans le délai d'un mois imparti par l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, des motifs de la décision implicite, à laquelle s'est automatiquement substituée la décision explicite du 8 décembre 2022, doit être écarté comme inopérant.
5. La commission a rejeté le recours de Mme A aux motifs qu'elle ne justifiait pas de ressources suffisantes pour couvrir ses frais de séjour en France et que sa situation personnelle révélait l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires. La décision s'appuie sur les articles L. 311-1, R. 312-2 et L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a donc lieu d'écarter le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée.
6. Aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur à compter du 1er mai 2021 : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ; () ".
7. Il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se serait fondée sur des dispositions inapplicables à la date de sa décision.
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a sollicité un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de visiteuse afin d'effectuer un voyage touristique et de rendre visite à sa sœur et à ses neveux et nièce. Par suite, dès lors que le motif de la demande de visa n'impliquait pas une installation durable en France, pour laquelle Mme A aurait par la suite sollicité un titre de séjour, la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France pouvait, sans commettre d'erreur de droit, fonder sa décision sur le motif tiré de l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires.
9. La requérante indique avoir été fortement marquée par le décès de sa mère en 2018 et avoir souhaité voyager en dehors du Pakistan afin de se dépayser. Elle explique que sa sœur, l'époux de celle-ci et leurs enfants vivent en France et que ses deux neveux ont leur propre logement et peuvent l'accueillir chez eux. Mme A ne fait cependant état d'aucune activité professionnelle dans son pays, indique être célibataire et ne se prévaut ainsi d'aucune attache personnelle ou matérielle sérieuse au Pakistan. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la commission a opposé à l'intéressée l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires.
10. Il résulte de l'instruction que la commission aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif tiré de l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires.
11. Si la requérante soutient qu'en l'empêchant de rendre visite à sa famille en France la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, elle n'établit pas entretenir des liens intenses et réguliers avec sa sœur, son beau-frère et ses neveux vivant en France. Elle n'établit pas non plus que ces derniers seraient, compte tenu de leurs moyens, dans l'impossibilité de lui rendre visite au Pakistan.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le nouveau motif soulevé en défense, qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 8 décembre 2022 de la commission.
Sur les conclusions accessoires :
13. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte, ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Chatal, conseillère,
M. Ravaut, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2023.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026