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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2300091

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2300091

vendredi 10 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2300091
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantPOLLONO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 janvier 2023 et le 20 janvier 2023, M. J K G, agissant en son nom et au nom des enfants H A B, C B et E B, M. J D B et Mme I B, représentés par Me Pollono, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision du 11 janvier 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les cinq décisions de l'autorité diplomatique française à Islamabad (Pakistan) refusant de délivrer à Mme I B, à M. J D B et aux enfants H A B, C B et E B des visas de long séjour au titre de la procédure de réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal de délivrer les visas sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer leur situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à leur conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à leur verser directement en cas de refus d'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

- les motifs de la décision implicite de rejet de la commission n'ont pas été communiqués ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation quant au lien familial des demandeurs de visas avec le réunifiant dès lors que les documents d'état civil produits permettent d'établir leur identité, de même que les éléments de possession d'état versés au dossier ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par décision du 11 juillet 2023 le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de M. G.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 octobre 2023 :

- le rapport de Mme Chatal, rapporteure,

- et les observations de Me Pollono, représentant les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant afghan né en 1966, bénéficiaire de la protection subsidiaire en France, soutient être l'époux de Mme I B et le père de leurs enfants H D B, H A B, C B et E B, nés de 2003 à 2006. Par la présente procédure, M. G, Mme B et leur fils aîné allégué, majeur, M. H D, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, d'annuler la décision du 11 janvier 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les quatre décisions de l'autorité diplomatique française au Pakistan refusant de délivrer à Mme B et aux trois enfants allégués du couple des visas de long séjour au titre de la procédure de réunification familiale.

Sur les conclusions principales :

2. La commission a rejeté le recours au motif que l'identité des demandeurs de visas et leur lien familial avec le réunifiant ne sont pas suffisamment établis. La commission relève à l'appui de ce motif, d'une part que les taskeras de Mme I B et des enfants H D, H A, C et E ont été établies postérieurement à l'obtention de la protection subsidiaire par M. G et avant l'édiction des certificats de naissance, et d'autre part que les déclarations de M. G quant au nombre de ses enfants révèlent le caractère frauduleux des demandes de visas.

3. La décision explicite de la commission du 11 janvier 2023 s'étant substituée à la décision implicite née du silence gardé initialement par la commission, le moyen de la requête tiré de l'absence de réponse à la demande de communication des motifs de cette décision doit être écarté comme inopérant.

4. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ". L'article L. 561-5 du même code prévoit que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. "

5. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Cet article, dans sa rédaction applicable au litige, dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

6. Afin d'établir l'identité des demandeurs de visas, les requérants versent à l'instance leurs taskeras, délivrées au mois d'octobre 2017 pour celle de Mme B et au mois de janvier 2019 pour celles des quatre enfants. Le nom du père apparaissant sur les taskeras des enfants est " H F " ou " H Hussian ". Sont également produits les certificats de naissance des quatre enfants, délivrés au mois de mai 2022 sur lesquels apparaissent le nom du père " H F " et le nom de la mère " I " ainsi que des noms et dates de naissances correspondant à celles figurant sur les taskeras et les passeports, à l'exception de la date de naissance de l'enfant H A, né le 3 février 2005 d'après sa taskera, et le 8 février 2005 d'après son passeport et son certificat de naissance. Si la commission fait valoir que les taskeras des demandeurs ont été délivrées après l'obtention par M. G de la protection subsidiaire et avant la délivrance des certificats de naissance, l'administration n'en tire pas de conclusion précise. Les requérants sont donc bien fondés à soutenir qu'en refusant de tenir compte de ces documents pour vérifier l'identité et la filiation des demandeurs de visas, la commission a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

7. S'agissant du motif tiré de ce que les déclarations de M. G quant au nombre de ses enfants révéleraient le caractère frauduleux des demandes de visas, il ressort du formulaire de demande d'asile complété par M. G en 2017 ainsi que de la fiche familiale de référence complétée en 2018 que l'intéressé n'a déclaré comme enfants que les quatre demandeurs de visas actuels, tandis que la note de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la direction de l'immigration du 16 juin 2022 indique que M. G a déclaré lors d'un entretien au mois de février 2018 être le père de dix enfants dont il a donné les prénoms, parmi lesquels apparaissent ceux des quatre enfants demandeurs de visas. Dans leurs écritures, les requérants précisent que la fratrie issue de l'union de M. G et Mme B inclut également six enfants nés entre 1984 et 1996. Faute pour les requérants d'expliquer les raisons pour lesquelles M. G a déclaré alternativement quatre ou dix enfants, et en l'absence de justification, par la production des taskeras ou des passeports de ces enfants, de leur âge et de leur inéligibilité à la procédure de réunification familiale, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission a retenu le caractère frauduleux des demandes de visas.

8. Il résulte de l'instruction que ce motif justifiait, à lui seul, la décision de rejet prise par la commission.

9. Enfin, eu égard à l'absence de certitude quant à la situation réelle de la famille du réunifiant, il y a lieu d'écarter les moyens de la requête tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 11 janvier 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.

Sur les conclusions accessoires :

11. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte, ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. J K G, M. J D B et Mme I B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. J K G, à M. J D B, à Mme I B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Chatal, conseillère,

M. Ravaut, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2023.

La rapporteure,

A. CHATALLa présidente,

H. DOUETLa greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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