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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2300096

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2300096

vendredi 26 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2300096
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL DESMARS BELONCLE BARZ CABIOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 4 janvier, le 19 juillet, le 23 aout et le 6 novembre 2023, M. C B, représenté par Me Cabioch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour, mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois suivant la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer, dans un délai de 7 jours suivant la décision à intervenir, une autorisation provisoire de séjour, et ce sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 800 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en violation des articles L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des circonstances exceptionnelles ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour ;

- elle porterait atteinte à son droit à la vie privée au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'ensemble des moyens de la requête ne sont pas fondés.

Des pièces complémentaires présentées pour M. B, enregistrées le 11 décembre 2023, n'ont pas été communiquées.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er aout 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- et les observations de Me Power, substituant Me Cabioch, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant marocain, né le 1er septembre 1990, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en 2019, territoire sur lequel il s'est maintenu par la suite. Le 23 mars 2022, M. B a fait une demande de titre de séjour auprès du préfet de la Loire-Atlantique qui a pris à son encontre un arrêté du 2 décembre 2022 portant rejet de sa demande de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixation du pays de destination. Par la présente requête, l'intéressé demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de séjour, vise l'ensemble des textes qui lui ont servi de fondement, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 423-23 et L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Par ailleurs, il retrace le parcours de M. B depuis son entrée sur le territoire français et recense les différentes considérations de faits retenues par le préfet pour justifier son refus, notamment son absence d'attaches familiales stables et durables en France. En vertu des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsque l'obligation de quitter le territoire français est fondée, comme c'est le cas en l'espèce, sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 de ce même code, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de séjour. Compte tenu de ce qui vient d'être dit, le refus de séjour opposé à M. B est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre doit être écarté. S'agissant enfin de la décision fixant le pays de destination, l'arrêté attaqué vise les articles L. 612-12 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatifs à la décision fixant le pays de renvoi en cas d'exécution d'office d'une obligation de quitter le territoire français. Il indique par ailleurs que l'intéressé, qui n'a pas sollicité le statut de réfugié, n'établit pas que sa vie ou sa liberté sont menacées dans ce pays ou qu'il y est exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, l'arrêté énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de renvoi de M. B de sorte que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 29 ans et qui y a donc passé la plus grande partie de sa vie, était, à la date de la décision attaquée, célibataire sans enfant. S'il s'est marié le 8 juillet 2023 à Chatelet-en-Brie (77) avec une ressortissante marocaine, titulaire d'un titre de séjour pluriannuel, avec laquelle il réside à Châteaubriant en Loire-Atlantique, qui déclare exercer la profession d'aide à domicile et qui aurait débuté une grossesse le 16 août 2023, ces circonstances, postérieures à l'arrêté attaqué, sont sans incidence sur sa légalité. S'il se prévaut d'une relation de trois ans d'ancienneté avec celle qui est devenue son épouse, cette durée n'est toutefois attestée que par une attestation de l'intéressée. Par ailleurs, si M. B se prévaut de son insertion professionnelle, en justifiant avoir travaillé dès 2019 sous couvert d'un contrat à durée indéterminée avec la société TIM Bâtiment signé le 30 décembre 2019, il ressort des stipulations de ce contrat qu'il a prétendu à son employeur être de nationalité espagnole. En outre, M. B ne fait état d'aucun lien familial autre que celui tissé avec son épouse sur le territoire français, alors même qu'il ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine d'où est aussi originaire son épouse. Enfin, s'il justifie, par la production de plusieurs attestations, s'être bien intégré dans la société française et y avoir tissé de nombreux liens amicaux, il n'établit pas l'intensité ou la stabilité de ces relations. Ainsi, l'ensemble de ces éléments ne permettent pas de considérer qu'en rejetant sa demande de titre de séjour, le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'article 3 du même accord stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' ". Enfin, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

8. Il ressort des termes de la décision attaquée, que le préfet de la Loire-Atlantique doit être regardé comme ayant refusé cette régularisation. Or, compte-tenu de l'ensemble des éléments énoncés au point 5, il ressort des pièces du dossier que M. B, récemment marié avec une ressortissante marocaine et dont l'insertion professionnelle repose pour une part sur une déclaration mensongère, ne fait état d'aucune considération humanitaire ou de motifs exceptionnels que le préfet de la Loire-Atlantique aurait dû prendre en compte dans l'examen de sa demande de titre. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ou une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, en l'absence d'annulation de la décision portant refus de séjour,

M. B n'est pas fondé à se prévaloir de cette annulation pour demander, par voie de conséquence, celle de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En second lieu, et compte tenu des motifs énoncés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, en l'absence d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de cette annulation pour demander, par voie de conséquence, celle de la décision fixant le pays de destination.

12. En second lieu, et compte tenu des motifs énoncés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du

2 décembre 2022 présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à C B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Cabioch.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse,premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.

La rapporteure,

J-K. A

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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