mercredi 28 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2300137 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | GUILBAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 janvier 2023, Mme B A, représentée par Me Guilbaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 juin 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler également sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
Sur la décision portant refus de titre :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte atteinte à l'article
L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour ;
- elle porte une atteinte excessive à sa situation personnelle ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que l'ensemble des moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique du 10 janvier 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante congolaise, née le 23 mars 1986, déclare être entrée irrégulièrement sur le territoire français en 2014 et s'y est maintenue par la suite. Elle a déposé une demande d'admission au séjour au titre de l'asile, qui a été rejetée par une décision du 26 décembre 2016 de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 31 aout 2017. Le 5 décembre 2017, le préfet du Loir-et-Cher a pris à son encontre un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire. La requête a fin d'annulation de cet arrêté, introduite par Mme A, a fait l'objet d'un rejet par un jugement du Tribunal administratif d'Orléans du 1er juillet 2020, confirmé par un arrêt de la Cour administrative d'appel de Nantes du 20 juillet 2021. Le même jour, Mme A a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des articles L.421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 20 juin 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a pris un arrêté portant refus de titre, obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application à Mme A, notamment les articles L.421-1 et L. 435-1, et mentionne les considérations de fait pour lesquelles son auteur a décidé de refuser de lui délivrer un titre de séjour. Dès lors, quelle que soit la pertinence de ces considérations, l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de séjour, est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. ". Selon les trois premiers alinéas de l'article L. 421-3 du même code : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée () se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "travailleur temporaire" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Elle est délivrée pour une durée identique à celle du contrat de travail (), dans la limite d'un an ". L'article L. 412-1 du même code dispose que : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire () est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes de l'article R. 5221-15 du code du travail : " Lorsque l'étranger est déjà présent sur le territoire national, la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est adressée au préfet de son département de résidence. ". Enfin, l'article R. 5221-17 de ce code dispose que : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est prise par le préfet. ().
4. Il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de la Loire-Atlantique a estimé, pour refuser de délivrer à Mme A un titre de séjour en qualité de salariée sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le contrat de travail présenté n'était pas visé par l'autorité administrative et que l'intéressée ne disposait pas d'un visa de long séjour lui permettant de s'installer en France afin d'y travailler. Ainsi, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet a bien tenu compte de la promesse d'embauche qu'elle avait présentée dans son dossier de demande de titre, pour un emploi à temps complet d'électronicienne automobile auprès de la société DJM Invest. Cette promesse d'embauche ne peut, à elle seule, lui donner vocation à être admise au séjour en tant que salariée, la délivrance d'un titre de séjour en cette qualité étant notamment conditionnée à l'obtention, par l'employeur, d'une autorisation de travail. Or, comme le souligne le préfet en défense, Mme A ne produit aucun justificatif permettant d'attester que la société DJM Invest a bien sollicité une autorisation de travail, ni qu'elle disposait d'un visa de long séjour l'autorisant à séjourner et à travailler en France. Dans ces conditions, il ne peut être utilement reproché au préfet de ne pas avoir statué sur une demande d'autorisation de travail dont il n'était pas saisi. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation et fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
6. Mme A, célibataire et sans enfant, a vécu au Congo jusqu'à l'âge de 28 ans et n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine malgré la présence de sa sœur sur le territoire français. Si, pour prouver ses réels efforts d'intégration dans la société française, Mme A verse des attestations faisant état de sa participation bénévole aux activités de différentes associations, cette circonstance ne suffit pas à établir une intégration sociale pérenne sur le territoire français, alors qu'entrée irrégulièrement sur le territoire en 2014, elle n'a pas exécuté deux précédentes obligations de quitter le territoire en date du 5 décembre 2017 et du 28 novembre 2019 et qu'elle n'atteste par ailleurs d'aucune activité professionnelle. Les éléments qu'elle produit ne permettent pas non plus d'établir que son admission au séjour répondrait à des considérations humanitaires ou serait justifiée par des motifs exceptionnels. Dans ces conditions, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas non plus méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant à Mme A le bénéfice de l'admission exceptionnelle au séjour.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
7. En premier lieu, l'illégalité du refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré de cette illégalité, invoqué à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.
8. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision d'éloignement contestée a été prise après un examen approfondi de la situation personnelle de Mme A, notamment des attaches dont elle se prévaut en France, comme exposé au point 6, et des conséquences susceptibles d'être entrainées par son éloignement du territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
9. En premier lieu, l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte fixation du pays de renvoi, constate que Mme A est de nationalité congolaise, vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que l'intéressée n'établit pas que sa vie ou sa liberté sont menacées dans son pays d'origine ou qu'elle y serait exposée à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la mesure où elle a été déboutée de sa demande d'asile et n'a produit aucun élément qui justifierait un risque en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, la décision fixant le pays de destination doit être regardée comme suffisamment motivée.
10. En second lieu, l'illégalité des refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré de cette illégalité, invoqué à l'encontre de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 20 juin 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a refusé un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application combinée des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Louise Guilbaud.
Délibéré après l'audience du 10 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse,premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2024.
La rapporteure,
J-K. C
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026