mardi 31 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2300297 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | SAS ITRA CONSULTING |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 6 janvier 2023, sous le n° 2300297, Mme B A, agissant au nom et pour le compte de l'enfant mineure F, représentée par la SAS Itra Consulting, avocat, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 8 novembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 14 juin 2022 de l'autorité diplomatique et consulaire française à Bangui (République centrafricaine) refusant à l'enfant F la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France demandé au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa demandé dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée, prise sur le fondement de textes alors abrogés, n'est pas motivée et est dépourvue de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le lien de filiation de l'enfant demandeur de visa avec elle est établi par les actes produits à l'appui de la demande de visa ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 4 avril 2023, sous le n° 2304743, Mme B A, agissant au nom et pour le compte de l'enfant mineure F, représentée par la SAS Itra Consulting, avocat, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 février 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 14 juin 2022 de l'autorité diplomatique et consulaire française à Bangui (République centrafricaine) refusant à l'enfant Bergild Edna Jossie Bockanguy Vobimade la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France demandé au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa demandé dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée, prise sur le fondement de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors abrogé, n'est pas motivée et est dépourvue de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que l'identité et le lien de filiation de l'enfant demandeur de visa avec elle sont établis par les actes produits à l'appui de la demande de visa, et qu'elle est titulaire de l'autorité parentale à l'égard de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et contrevient à l'intérêt supérieur de l'enfant, protégé par les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 et celles de l'article 10 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et par les dispositions de l'article 5 de la directive 2003/86/CE du 22 septembre 2003 relative au regroupement familial ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Besse a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante centrafricaine, s'est vu accorder la protection subsidiaire par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 20 mai 2022. L'enfant mineure F, ressortissante centrafricaine née le 29 août 2008 à Bangui, qu'elle présente comme sa fille, a déposé auprès de l'autorité diplomatique et consulaire française à Bangui (République centrafricaine) une demande de visa d'entrée et de long séjour en France au titre de la réunification familiale. Par une décision du 14 juin 2022, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision implicite née le 8 novembre 2022, dont Mme B A demande, au nom et pour le compte de sa fille alléguée, l'annulation par la requête n° 2300297, puis par une décision expresse du 9 février 2023, dont Mme B A demande, au nom et pour le compte de sa fille alléguée, l'annulation par la requête n° 2304743, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision consulaire.
2. Les requêtes n° 2300297 et n° 2304743 doivent être regardées comme dirigées contre la même décision et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, lorsque le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Dans ce cas, des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de la requête n° 2300297, dirigées contre la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision consulaire du 14 juin 2022, doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 9 février 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a expressément rejeté ce recours, et les moyens soulevés à l'encontre de cette décision implicite du 8 novembre 2022 doivent être écartés comme inopérants.
2. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision du 9 février 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France qu'elle est fondée, notamment, sur les articles L. 561-2 à L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et sur les motifs tirés de ce que l'acte de naissance produit pour l'enfant F a été reconstitué, suivant jugement rendu sur requête de celle-ci, alors âgée de huit ans, de ce que Mme A n'établit pas être titulaire de l'autorité parentale sur cette enfant, de ce que ces irrégularités et les incohérences des justificatifs produits (jugement de tutelle, courrier du père allégué) ôtent à ces documents tout caractère authentique, de ce que, en l'absence de tout élément probant de possession d'état, alors que Mme A réside en France depuis octobre 2019, l'identité de la demanderesse et son lien familial allégué avec cette dernière ne sont pas établis, et de ce que la production de tels documents révèle une intention frauduleuse. Ainsi, cette décision, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, satisfait ainsi aux exigences légales de motivation. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.
3. En troisième lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire () ". Aux termes de l'article L. 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables. La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. ". Enfin, aux termes de l'article L. 561-5 de ce même code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis () peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. () ".
4. La circonstance qu'une demande de visa de long séjour ait pour objet le rapprochement familial des enfants d'une personne admise à la qualité de réfugié ou bénéficiaire de la protection subsidiaire ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative refuse la délivrance du visa sollicité en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir la réalité du lien de filiation produits à l'appui des demandes de visa.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
6. Enfin, aux termes des articles L. 434-3 et L. 434-4 de ce code, auxquels renvoient les dispositions de l'article L. 561-4 précité : " Le regroupement familial peut également être sollicité pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint dont, au jour de la demande, la filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ou dont l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux. " et " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France. ".
7. Il ressort des pièces du dossier, ainsi que le ministre de l'intérieur le fait valoir en défense, d'une part, que si, par un jugement de tutelle légale n° 20740, produit au dossier, rendu le 18 décembre 2021 par le tribunal de grande instance de Bangui, à la requête de M. C D, père allégué de l'enfant F, la tutelle légale à l'égard de cet enfant aurait été confiée à Mme E A, sa belle-sœur, l'article 615 du code de la famille applicable en République centrafricaine, visé par ce jugement et également produit par le ministre, n'ouvre la possibilité de confier à un tiers la tutelle légale d'un enfant que si ses deux parents sont décédés, ou si cet enfant a été déclaré abandonné. Alors que ni le père ni la mère allégués de l'enfant F ne sont déclarés décédés, et que l'enfant n'a pas été déclaré abandonné, ce jugement ne peut être regardé comme étant revêtu de force probante. D'autre part, et en tout état de cause, Mme A, qui ne produit aucun document en ce sens, ne saurait être regardée comme disposant, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère, de l'autorité parentale exclusive à l'égard de sa fille alléguée, ni de l'autorisation de l'autre parent de laisser l'enfant venir en France. Dans ces conditions, et au vu de de l'ensemble des éléments produits à l'instance, en rejetant le recours dont elle était saisie, au motif notamment que Mme A, qui ne justifie par ailleurs d'aucun élément de possession d'état au sens de l'article 311-1 du code civil, n'établit pas être titulaire de l'autorité parentale sur l'enfant demanderesse de visa, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, dont la décision n'est pas dépourvue de base légale dès lors qu'elle est fondée sur les dispositions précitées des articles L. 561-2 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas commis d'erreur d'appréciation. Il résulte enfin de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur ce seul motif, qui justifiait le refus de délivrance du visa demandé.
8. En dernier lieu, en l'absence de décision juridictionnelle confiant à Mme A l'exercice de l'autorité parentale sur sa fille alléguée et alors que la requérante n'établit pas que l'intérêt supérieur de cette enfant serait de la rejoindre sur le territoire français, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de celles du paragraphe 1 de l'article 3 et de celles de l'article 10 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ainsi que de celles de l'article 5 de la directive 2003/86/CE du 22 septembre 2003 relative au regroupement familial, doivent être écartés.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Par suite, sa requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Besse, président,
Mme Dubus, première conseillère,
M. Revéreau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.
Le Président-rapporteur,
P. BESSE
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
P. DUBUS
La greffière,
S. BRIAND
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
2 et 2304743
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026