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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2300308

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2300308

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2300308
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantTCHIAKPE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 6 janvier 2023 et le 24 avril 2023, Mme B A, représentée par Me Tchiakpe, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 21décembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 21 août 2022 de l'autorité consulaire française à Lomé (Togo) refusant de lui délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité d'enfant étranger de ressortissant français ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 70 euros par jour de retard ou à défaut, de procéder au réexamen de la demande de visa dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les actes produits établissent le lien de filiation.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 avril 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Roncière a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante togolaise, née le 25 mai 2001, a sollicité auprès de l'autorité consulaire française à Lomé (Togo) la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité d'enfant étranger de M. C A, ressortissant français. Par une décision du 21 août 2022, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision implicite née le 21 décembre 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. La requérante demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. En premier lieu, il résulte des mentions de l'accusé de réception transmis au conseil de la requérante par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, indiquant expressément qu'en l'absence de réponse expresse au recours dans un délai de deux mois à compter de la date de sa réception, celui-ci serait réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux opposés par la décision consulaire, que la commission, dont la décision se substitue à celle de l'autorité consulaire, doit être regardée comme s'étant appropriée le motif retenu par cette autorité, tiré en l'espèce du caractère frauduleux des actes d'état civil produits. Une telle motivation, qui comporte l'énoncé des considérations de fait qui servent de fondement à la décision attaquée, satisfait aux exigences légales de motivation. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision serait insuffisamment motivée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

4. Mme A, née le 25 mai 2001, a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour en qualité d'enfant étranger de M. C A, de nationalité française. Il ressort des pièces du dossier que M. C A, né le 23 avril 1942, a été naturalisé français par décret du 10 septembre 1997 et autorisé à franciser son nom pour se faire appeler légalement " M. D A " et que la copie intégrale de la déclaration de naissance de la requérante, établie sur transcription du 13 août 2013 d'un jugement supplétif n° 1866/13 du 24 septembre 2013 du tribunal de Kpalimé, dont seul un extrait est produit dans le cadre la présente instance, mentionne M. D A, né en 1942, comme étant le père de la demandeuse de visa. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que par un courrier du 7 février 2017, le service de la nationalité des français nés et établis hors de France a refusé à l'intéressée la délivrance d'un certificat de nationalité française au regard des incohérences constatées dans l'établissement du lien de filiation alléguée et qu'un acte de naissance daté de 2001 a été produit, accompagné d'une attestation de recherches infructueuses signée du préfet de Kpele indiquant que les actes d'état civil avaient été détruits lors de troubles socio-politiques intervenus en 2005. Par ailleurs, la requérante produit un extrait de jugement du 25 juin 2013 portant reconstitution d'acte de naissance, un jugement de délégation de l'autorité parentale du 17 juin 2014 et des extraits de jugement de rectification d'acte de naissance modifiant le nom de son père, dont elle n'explique pas le caractère successif, qui ne peuvent être de ce fait regardés comme étant revêtus de valeur probante, en dépit du caractère concordant de leurs mentions. Enfin, la seule justification de transferts d'argent à compter de 2018 ne suffit pas à dissiper ces incohérences et à établir le lien de filiation allégué entre la demandeuse de visa et M. C A. Dans ces conditions, en rejetant le recours dirigé contre la décision refusant à Mme A la délivrance d'un visa de long séjour en qualité d'enfant étranger d'un ressortissant français, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation du lien de filiation allégué entre M. A et la demandeuse de visa.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

La rapporteure,

M.-A. RONCIERE

Le président,

P. BESSE

La greffière,

J. HUMANN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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