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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2300312

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2300312

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2300312
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 4ème chambre
Avocat requérantKOSO OMAMBODI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrées le 5 janvier 2023 et le 6 avril 2023, Mme C I A, représentée par Me Koso Omambodi, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2022, notifié le 23 décembre 2022, par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder au réexamen de sa situation de ce même jugement, dans l'un et l'autre cas sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros qui devra être versée à son avocat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de la renonciation de son avocat à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;

- elle sont insuffisamment motivées ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant son délai de départ volontaire sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant éloignement ;

- la décision fixant le pays de destination sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant éloignement ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par Mme A n'est fondé.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 avril 2023.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. G pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile concernant le cas où l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des 1, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 du même code.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Livenais, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 614-5 de ce même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. L'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-7, notifiée postérieurement à la décision portant obligation de quitter le territoire français, peut être contestée dans les mêmes conditions. Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction ou parmi les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative statue dans un délai de six semaines à compter de sa saisine () L'audience est publique. Elle se déroule sans conclusions du rapporteur public, en présence de l'intéressé, sauf si celui-ci, dûment convoqué, ne se présente pas. L'étranger est assisté de son conseil s'il en a un. Il peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin qu'il lui en soit désigné un d'office. Lorsque l'étranger conteste une décision portant obligation de quitter le territoire fondée sur le 4° de l'article L. 611-1 et une décision relative au séjour intervenue concomitamment, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue par une seule décision sur les deux contestations.".

2. Mme A, ressortissante nigériane née en 1996, est entrée en France irrégulièrement au cours du mois de février 2017, selon ses déclarations, en vue d'y déposer une demande d'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a toutefois rejeté cette demande par décision du 29 mai 2019, cette décision étant confirmée par jugement de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 20 janvier 2020. Mme A a présenté une demande de réexamen de sa situation au regard de l'asile rejetée comme irrecevable par l'OFPRA le 27 octobre 2020, ce rejet étant confirmé par la CNDA le 22 janvier 2021. Cette dernière circonstance a conduit le préfet de la Loire-Atlantique, par arrêté du 8 décembre 2022, à prendre à l'encontre de Mme A une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours assortie d'une décision fixant son pays de destination. Mme A demande au Tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

3. D'une part, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D B, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 5 septembre 2022 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire et les décisions fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet arrêté manque en fait et doit être écarté.

4. D'autre part, l'arrêté attaqué, pris au visa, notamment, des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que du 4° de l'article L. 611-1 et des articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique les stipulations conventionnelles ainsi que les dispositions légales sur lesquelles s'est fondé le préfet pour prononcer l'éloignement de Mme A et les circonstances de fait propres à la situation personnelle de cette dernière qui justifient cette mesure ainsi que celles justifiant que son pays d'origine ou tout autre Etat vers lequel elle serait légalement admissible soit désigné comme son pays de destination. Il est, ainsi, suffisamment motivé, le préfet n'étant pas tenu de faire état de l'ensemble des circonstances relatives à la situation de l'intéressée mais uniquement de celles qui fondent la décision attaquée. Est sans incidence sur ce point la circonstance que l'arrêté contesté ne fait pas état de ce que la requérante est mère d'un enfant mineur, la jeune E H, née à Nantes le 6 septembre 2021 et qu'elle serait enceinte de deux mois à la date de la décision attaquée, ces éléments n'ayant à aucun moment été portés à la connaissance de l'autorité préfectorale avant l'intervention des décisions contestées. Cette motivation suffisante établit, en outre, que le préfet de la Loire-Atlantique s'est livré à l'examen de la situation personnelle de la requérante avant de prendre à son encontre la décision attaquée.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. "

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A ne résidait que depuis cinq années en France à la date de la décision attaquée. Si l'intéressée est mère, ainsi qu'il a été dit, d'un enfant mineur né en France en 2021 et qu'elle attend un second enfant, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. H, père de la jeune E et également ressortissant nigérian, avec lequel Mme A soutient mener une vie commune, séjournerait régulièrement sur le territoire français ou ne pourrait, le cas échéant, regagner le Nigeria avec Mme A et leur enfant commun. Dans ces conditions la décision attaquée, eu égard à son objet, ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'ayant par elle-même ni pour objet, ni pour effet de faire regagner à Mme A son pays d'origine, le moyen tiré de ce que cette décision, en ce qu'elle l'exposerait à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Nigeria, méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme inopérant.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

9. Mme A ne justifiant pas d'une vie commune avec le père de la jeune E, ni d'ailleurs que ce dernier participerait à l'entretien et à l'éducation de sa fille, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale qu'elle constitue avec sa fille et le pèe de cette dernière se reconstitue au Nigeria, l'intérêt supérieur de la jeune E résidant essentiellement dans le maintien de ses liens avec la requérante. Il s'ensuit que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

10. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs de fait que ceux exposés aux points précédents, la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :

11. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de cette illégalité, que Mme A invoque à l'encontre de la décision fixant son délai de départ volontaire, ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. D'une part, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de cette illégalité, que Mme A invoque à l'encontre de la décision fixant son pays de destination, ne peut qu'être écarté.

13. D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays que s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

14. Mme A soutient qu'elle encourt un risque pour son intégrité physique en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, faute notamment d'apporter un quelconque élément de preuve de nature à accréditer l'existence de tels risques qu'elle encourrait en cas de retour au Nigeria, elle n'établit pas qu'elle serait actuellement exposée, en cas de retour dans ce pays, à un risque de subir des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la demande d'asile de l'intéressée présentée sur le fondement de ces déclarations ayant été au demeurant rejetée, ainsi qu'il a été dit plus haut. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que sa demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C I A, à Me Koso Omambodi et au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

Le magistrat désigné,

Y. GLe greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique

en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis

en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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