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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2300364

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2300364

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2300364
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSEGUIN & KONRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Seguin, demande au tribunal :

1° d'annuler les décisions du 19 décembre 2022 par lesquelles le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire à titre principal de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de deux mois et à titre subsidiaire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- il justifie du caractère réel et sérieux de ses études ; dès lors qu'un visa de long séjour mention " étudiant " lui a été délivré, le caractère réel et sérieux de l'organisme de formation a dû être contrôlé ; il suit des études auprès du même organisme de formation que lors de l'année 2021-2022 situé cette année à Nantes et non à Paris comme l'année précédente ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus du séjour ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est insuffisamment motivée ; le préfet s'est borné à faire état de sa situation de célibat sans prendre en compte sa situation personnelle dans l'appréciation de son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; il justifie de liens anciens, stables et intenses ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête de M. A.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant népalais né en avril 2000, est entré en France en octobre 2021 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour " étudiant ", valable jusqu'en août 2022. M. A a demandé, en août 2022, la délivrance d'un titre de séjour mention " étudiant ". Par des décisions du 19 décembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel l'intéressé pourrait être reconduit d'office. M. A demande l'annulation des décisions du 19 décembre 2022.

Sur le refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté du 19 décembre 2022 comporte l'exposé détaillé des considérations de droit et fait qui le fondent. Le refus de séjour est ainsi suffisamment motivé. Le moyen tiré de son insuffisante motivation n'est donc pas fondé et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an ".

5. Il ressort de la motivation de l'arrêté du 19 décembre 2022 que le préfet de Maine-et-Loire a considéré que M. A ne suivait pas d'enseignement ou ne faisait pas d'études en France dès lors que l'existence même de l'établissement de formation auprès duquel il soutenait poursuivre des études supérieures " l'établissement transcontinental européen pour les études commerciales et scientifiques " n'était pas établie, le préfet ayant relevé d'une part que l'académie de Nantes ne connaissait pas cet établissement qui n'était pas immatriculé dans la base nationale générale des établissement et d'autre part que la chambre de commerce et d'industrie de Nantes-Saint-Nazaire qui hébergeait l'établissement n'avait signé avec lui qu'un contrat de domiciliation. En se bornant à soutenir que l'existence de l'établissement de formation en cause et le sérieux de sa formation ont nécessairement dus être vérifiés lors de l'examen de sa demande de visa mention " étudiant ", M. A, qui ne produit aucun document relatif à cette formation qu'il allègue suivre depuis plus d'un an, n'apporte aucun élément de nature à justifier ni de l'existence d'un enseignement ou d'études suivies en France ni a fortiori du sérieux de la formation suivie. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qu'aurait commise le préfet n'est pas fondé et doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 5 du jugement que M. A n'est pas fondé à invoquer à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français du 19 décembre 2022 le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision du même jour portant refus de séjour.

7. En deuxième lieu, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

8. Ainsi qu'il a été dit au point 2, le refus opposé à M. A le 19 décembre 2022 est suffisamment motivé. Il suit de là en application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte, est suffisamment motivée. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit donc être écarté. Par ailleurs, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté du 19 décembre 2022 ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas examiné les conséquences de sa décision sur la vie privée et familiale de M. A.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. M. A n'est entré en France qu'en octobre 2021, environ treize mois avant les décisions contestées, et n'a résidé sur le territoire français que sous couvert d'un visa en qualité d'étudiant. Il ne fait état d'aucune attache privée et familiale particulière en France. Dans ces conditions, la seule circonstance que l'intéressé a occupé un emploi d'employé polyvalent dans la restauration rapide ne permet pas d'établir que le préfet aurait porté une atteinte excessive au droit de M. A à une vie privée et familiale normale. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas fondé et doit être écarté.

11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 10 du jugement, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de M. A.

Sur la décision fixant le pays de destination :

12. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 11 du jugement que M. A n'est pas fondé à invoquer à l'encontre de la décision fixant le pays de destination du 19 décembre 2022 le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité des décisions du même jour portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Seguin et au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

R. HANNOYER

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2300364

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