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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2300370

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2300370

mardi 21 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2300370
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantREGENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 janvier 2023 et le 8 septembre 2023, Mme C B, agissant en son nom et au nom de ses enfants mineurs E B et C G B, représentée par Me Regent, avocat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 17 mai 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 4 mars 2022 de l'autorité diplomatique et consulaire française à Conakry (Guinée) refusant à l'enfant E B la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa de long séjour demandé dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer la demande dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision implicite attaquée n'est pas motivée, faute pour l'administration d'avoir répondu à sa demande de communication des motifs de cette décision dans le délai d'un mois ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 561-2 à L. 561-5 et L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que, d'une part, cette décision est fondée sur des motifs relevant d'un refus de délivrance d'un visa " visiteur " alors que la jeune E est éligible à la procédure de réunification familiale, et d'autre part, l'identité et le lien familial de l'enfant E avec la réunifiante est établi par les actes produits à l'appui de la demande de visa ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés, et que la décision pouvait être légalement fondée sur le motif tiré de ce que l'enfant E B n'est pas éligible à la procédure de réunification familiale.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 octobre 2023 :

- le rapport de M. Besse, président-rapporteur,

- les conclusions de M. Rosier, rapporteur public,

- et les observations de Me Sachot, substituant Me Régent, représentant Mme A D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante guinéenne résidant régulièrement en France en qualité de parent d'une enfant mineure, C G B, à laquelle a été reconnue la qualité de réfugiée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 8 octobre 2015, a sollicité en faveur de l'enfant E B, née le 14 juillet 2008 et de nationalité guinéenne, qu'elle présente comme sa fille, auprès de l'autorité diplomatique et consulaire française à Conakry (Guinnée), la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France au titre de la réunification familiale. Par une décision du 4 mars 2022, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision implicite née le 17 mai 2022, dont Mme B demande l'annulation, puis par une décision expresse du 20 juillet 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision consulaire du 4 mars 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, lorsque le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision expresse de rejet intervenue postérieurement se substitue à cette décision implicite. Dans ce cas, des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision implicite née le 17 mai 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision consulaire du 4 mars 2022 doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision du 20 juillet 2022 par laquelle cette même commission a expressément rejeté ce recours, et le moyen tiré du défaut de motivation de la décision implicite du 17 mai 2022 doit être écarté comme inopérant.

3. En deuxième lieu, pour rejeter le recours dont elle était saisie, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur les circonstances tirées de ce que, d'une part, Mme B ne justifie pas de ressources suffisantes pour couvrir les frais de toute nature liés au long séjour en France de l'enfant E B, d'autre part, cette dernière ne dispose pas d'une assurance maladie adéquate, au surplus, son acte de naissance n'est pas conforme à l'article 175 du code civil guinéen et le jugement supplétif a été rendu à la requête d'un tiers non investi de l'autorité parentale sur l'enfant et dès lors non habilité à engager une telle procédure, et enfin, il n'a pas été produit de jugement supplétif d'acte de décès de M. F B, père de l'enfant qui serait décédé le 5 septembre 2011. Une telle motivation, qui énonce les considérations de droit et de fait qui constituent les fondements de la décision, satisfait aux exigences légales. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En troisième lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. () Si le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire est un mineur non marié, il peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint par ses ascendants directs au premier degré, accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective ". Il résulte de ces dispositions que les ascendants directs d'un enfant mineur non marié réfugié en France ou bénéficiaire de la protection subsidiaire peuvent demander à le rejoindre au titre de la réunification familiale. Ces mêmes dispositions prévoient que ces derniers peuvent être accompagnés, le cas échéant, par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective.

5. D'autre part, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

6. Le ministre de l'intérieur, qui admet dans son mémoire en défense, communiqué à la requérante, que le motif opposé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France tenant à l'absence de conformité de l'acte de naissance de l'enfant E B au code civil guinéen est erroné, et qu'un jugement supplétif d'acte de décès de M. B a été produit en cours d'instance, fait valoir que la décision pouvait être légalement fondée sur le motif tiré de ce que l'enfant n'est pas éligible à la procédure de réunification familiale, et demande la substitution de ce motif aux précédents.

7. Il ressort des pièces du dossier que la demande de visa présentée pour le compte de l'enfant mineure E B, sœur de l'enfant mineure C G B à laquelle a été reconnue la qualité de réfugiée, en vue de rejoindre sa mère et sa sœur en France, n'a pas été introduite afin de permettre, ainsi que le prévoient les dispositions précitées du 3° de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à l'un des parents de la réfugiée mineure de rejoindre cette dernière en France. Dès lors, l'enfant E B n'entre pas dans le champ d'application de ces dispositions relatives aux conditions d'attribution des visas au titre de la réunification familiale. Par suite, il y a lieu de faire droit à la demande de substitution de motif du ministre de l'intérieur. Il résulte par ailleurs de l'instruction que la commission aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif, qui suffisait à fonder la décision attaquée.

8. En troisième lieu, et dès lors qu'il appartient à Mme B, si elle s'y croit fondée, d'initier une procédure de regroupement familial en faveur de la jeune E afin que celle-ci puisse s'installer de manière durable en France, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peuvent, dans les circonstances de l'espèce, qu'être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Regent et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 31 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Dubus, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.

Le Président-rapporteur,

P. BESSE

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

P. DUBUS

La greffière,

J. HUMANN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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