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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2300391

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2300391

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2300391
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantDUBERSTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 janvier 2023, C B, représenté par Me Dubersten, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 décembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 5 août 2022 de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie) lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de conjoint étranger d'une ressortissante française ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer le visa sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée en droit et est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle se fonde sur des dispositions abrogées ;

- la décision procède d'une erreur de fait et d'une erreur dans l'appréciation par la commission de l'existence d'une communauté de vie avec son épouse avant son départ pour la Tunisie, ainsi que de la sincérité et de l'effectivité de leurs liens matrimoniaux ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juillet 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il y a lieu de procéder à une substitution de base légale de la décision de la commission en substituant aux dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-2-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile les dispositions des articles L. 311-1, L. 312-2 et L. 312-3 du même code ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Roncière a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant tunisien, né le 26 octobre 1989, a épousé, le 4 juillet 2020 à Gueugnon (Saône-et-Loire), Mme A D, de nationalité française, née le 10 juillet 1969. Le 5 août 2022, l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie) a refusé de lui délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France sollicité en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par une décision du 8 décembre 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision de la commission de recours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, pour rejeter la demande de visa de long séjour présentée par M. B, la commission de recours s'est fondée, outre sur les articles L. 211-1 et L. 211-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'elle vise expressément, sur le motif tiré de ce qu'il existe un faisceau d'indices suffisamment précis et concordants établissant le caractère complaisant du mariage conclu par le demandeur de visa à des fins étrangères à l'institution matrimoniale, dans le seul but de faciliter son établissement en France. Une telle motivation, qui comporte de façon suffisamment claire l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement, satisfait aux exigences légales de motivation. Par suite, le moyen tenant à l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable au litige et qui s'est substitué à l'article L. 211-1 du même code : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ; 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ; 3° Des documents nécessaires à l'exercice d'une activité professionnelle s'il se propose d'en exercer une. ". Aux termes de l'article L. 312-2 et L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable au litige et qui s'est substitué à l'article L. 211-2-1 du même code : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public. ".

4. En application de ces dispositions, il appartient en principe aux autorités consulaires ou diplomatiques de délivrer au conjoint étranger d'un ressortissant français dont le mariage n'a pas été contesté par l'autorité judiciaire le visa nécessaire pour que les époux puissent mener une vie familiale normale. Pour y faire obstacle, il appartient à l'administration, si elle allègue une fraude, d'établir, sur la base d'éléments précis et concordants, que le mariage a été entaché d'une telle fraude, de nature à justifier légalement le refus de visa. La seule circonstance que l'intention matrimoniale d'un seul des deux époux ne soit pas contestée ne fait pas obstacle à ce qu'une telle fraude soit établie.

5. Pour établir le caractère complaisant du mariage contracté par le requérant, le ministre de l'intérieur fait valoir d'une part, que M. B est entré irrégulièrement sur le territoire français en septembre 2017, qu'il s'est maintenu en situation irrégulière en France jusqu'à ce que lui soit notifiée une obligation de quitter le territoire français, quelques mois avant sa rencontre avec Mme D, le 8 novembre 2018 assortie d'une interdiction de retour pendant deux ans prolongée d'un an, le 14 janvier 2020, qu'il a été condamné, deux mois après son mariage, par le tribunal correctionnel de Mâcon à 4 mois d'emprisonnement avec sursis pour détention et usage de faux documents administratifs et qu'il n'est rentré en Tunisie qu'après avoir fait l'objet, le 11 mars 2021, d'une nouvelle obligation de quitter le territoire assortie d'une interdiction de retour d'un an, et, d'autre part que rien ne permet de démontrer le maintien d'un lien affectif entre les époux après leur mariage. L'ensemble de ces éléments, et alors que M. B, en se bornant à produire une attestation manuscrite d'hébergement établie par Mme D et deux factures établies à leurs deux noms datant d'août 2020, des photographies non datées, une copie de billet pour un voyage en Tunisie en 2021, les copies d'échanges " visio " dont l'émetteur ne peut être identifié et de messagerie instantanée non datées ainsi que des attestations de proches toutes postérieures à la décision attaquée, ne justifie pas de la réalité ni de l'intensité de son union avec Mme D, tant antérieurement que postérieurement au mariage, constitue un faisceau d'indices suffisamment précis et concordants de nature à établir le caractère complaisant du mariage conclu par le demandeur à des fins étrangères à l'institution matrimoniale, dans le seul but de faciliter son maintien et établissement en France. Dans ces conditions, en opposant, pour refuser à M. B la délivrance du visa, le motif tiré du caractère complaisant ou frauduleux du mariage, la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France n'a commis, contrairement à ce que soutient le requérant, ni une erreur de fait ni une erreur d'appréciation.

6. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revereau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

La rapporteure,

M.-A. RONCIERELe président,

P. BESSE

La greffière,

J. HUMANNLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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