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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2300396

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2300396

mercredi 1 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2300396
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMAUDET-CAMUS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 et 25 janvier 2023, M. et Mme F G, A B et H G, M. E G, membres de l'indivision G, M. et Mme D I, et la société civile immobilière Vertigo, représentés par Me Lefèvre, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 21 janvier 2022 par laquelle le maire de la commune de Pornic ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux de M. F C portant sur la surélévation d'une maison individuelle avec modification de façades, sur un terrain situé 28C, rue des Sablons correspondant à la parcelle cadastrée section BL n° 356 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Pornic la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que dans le dernier état de leurs écritures :

- leur requête est recevable :

* ils ont un intérêt pour agir dès lors qu'ils établissent être les propriétaires de parcelles situées à proximité immédiate du terrain d'assiette du projet ; le projet de surélévation de M. C va induire une modification de l'état des lieux particulièrement importante, perturbant la jouissance paisible des biens dont ils disposaient jusqu'à présent ; le surplomb occasionné va induire des nuisances visuelles en ce que le projet porte atteinte à la cohérence visuelle de ce quartier et à son esthétique ; cette surélévation va permettre au projet de M. C de dépasser très largement en hauteur la toiture de la maison de M. et Mme G et risque de le faire ressembler à un sémaphore ou une tour de contrôle visible depuis la mer ; une seconde fenêtre va être créée, à l'étage, en façade sud directement en direction de la maison des consorts G. La terrasse et la piscine de M. et Mme I subiront une perte d'ensoleillement conséquente d'environ 1h/jour durant les mois de juillet et d'août en fin d'après-midi, ce qui est attesté par un expert dans son rapport versé aux débats. Cette surélévation va nuire à l'esthétique et à l'équilibre de l'ensemble des maisons qui bordent la voie privée du 28 rue des Sablons et dont les toits en escaliers suivent la pente naturelle et donc, nuire à l'harmonie des maisons bordant le littoral qui participent pourtant à la beauté naturelle de la côte ; cette surélévation prive partiellement M. et Mme I de la vue de la mer dont ils bénéficient depuis leur 1er étage ; en ce qui concerne les consorts G, la circonstance qu'ils soient séparés du terrain d'assiette du projet de M. C par une voie, la parcelle cadastrée section BL n° 343, est sans incidence dès lors que la vue est directe, ce qui est démontré par un cliché photographique, et qu'aucun obstacle de type végétation ne vient obstruer le visuel ;

* les délais d'introduction du recours mentionnés à l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme ont été respectés dès lors que la décision de non opposition a été délivrée au pétitionnaire par la ville de Pornic le 21 janvier 2022 ; ils ont adressé des recours gracieux les 17 et 28 mars 2022, ces courriers étant de nature à proroger le délai de recours contentieux ; la ville de Pornic, ne répondant pas aux recours gracieux, a fait naitre une décision implicite de rejet à la date du 17 mai 2022 ; par suite, le délai de recours contentieux expirait a minima le 17 juillet 2022 ; enfin la requête en annulation a été adressée au greffe du tribunal de céans avant cette échéance alors qu'il en est de même pour la requête en référé suspension ;

* les notifications et l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ont été respectés dès lors que M. et Mme G et M. et Mme I ont notifié leur recours gracieux à M. C ; la requête en annulation a été notifiée à la commune et au pétitionnaire, ce qui en a été justifié ultérieurement au tribunal ; M. C a reçu le pli de la notification du recours gracieux et en a signé l'accusé de réception à la date du 30 mai 2022 ; au demeurant, les exposants justifient d'un certificat de dépôt a minima ;

* l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme est respecté dès que M. I est le gérant de la SCI Vertigo comme en atteste l'extrait K-bis joint aux présents débats et que la SCI Vertigo l'a autorisé à occuper le bien dont elle est propriétaire ;

- s'agissant de la condition d'urgence : en l'espèce, l'urgence est présumée. De plus, par un mémoire en défense enregistré au greffe du tribunal le 8 novembre 2022, et notifié aux parties le 14 novembre suivant, M. C a produit ses écritures en défense. Le délai imparti pour introduire un référé suspension expire donc le 14 janvier 2023.

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme dès lors que le permis de construire litigieux n'a pas été délivré par le maire de Pornic mais par un adjoint ; elle est, dès lors, et faute de justifier d'une délégation de compétence et de signature, illégale au motif de l'incompétence du signataire ; si la commune en défense fait valoir que cet adjoint disposerait d'une délégation de compétence, elle n'en justifie pas.

* elle méconnaît les dispositions de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme dès lors que la notice qui a été jointe au dossier est très lacunaire puisqu'elle ne décrit pas suffisamment le terrain d'assiette du projet et les éléments paysagers qui y figurent ; de plus, le plan de masse DP2 n'est pas côté dans les 3 dimensions ; aucune mesure des dimensions de la construction n'y est répertoriée ; le plan de masse DP2 ne visualise pas les angles et les points des prises de vues ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article A. 424-2 du code de l'urbanisme en ce que la justification et le sens des avis ne sont pas indiqués. L'arrêté ne mentionne ainsi aucunement les avis sollicités en cours d'instruction. Une telle omission a eu pour effet, à la fois, d'influencer sur l'appréciation portée par le service instructeur sur la demande de permis de construire, et de priver les tiers d'une garantie ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme. Le caractère limité de l'extension de l'urbanisation dans un espace proche du rivage, au sens de cet article, s'apprécie au regard de l'implantation, de l'importance, de la densité et de la destination des constructions. En l'espèce, le terrain d'assiette du projet est situé non loin de l'océan Atlantique. En l'occurrence, le projet doit être considéré comme d'une ampleur conséquente en ce qu'il va consister en une réhausse importante du bâti existant situé précisément sur la corniche surplombant la commune de Pornic. De ce fait, il bénéficie d'une position dominante par rapport au rivage. De sorte que le projet sera, à la fois, visible depuis le rivage et de nature à obstruer la vue actuelle sur le rivage. En effet, précisément, la façade Sud donne en direction de la mer, et se voit aisément depuis la mer dans l'interstice laissé entre les 2 constructions édifiées sur les parcelles cadastrées section BL n° 345 et n° 344. Ce que la commune de Pornic a, d'ailleurs, relevé en le mentionnant expressément dans l'arrêté de non- opposition. Ce projet ne peut donc, absolument pas être qualifié d'extension limitée de l'urbanisation en espace proche du rivage, en raison de sa hauteur et de son impact sur l'environnement. Si M. C considère que " les croquis présents au dossier de demande attestent que la hauteur de la surélévation s'inscrit dans les hauteurs constatées depuis la rue des Sablons ", cette affirmation est erronée. La simple réalisation d'un croquis sans mention de toute échelle ne saurait constituer un référentiel de base pour déterminer le respect des perspectives ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article Ub 4 du règlement du PLU. En l'espèce, aucune information n'est donnée en ce sens par le demandeur dans son dossier. Ainsi, il n'existe aucune matérialisation des réseaux au droit de la parcelle, et aucune description des modalités de raccordement sur l'un quelconque des plans joints au dossier. De plus, il apparaît que 2 nouvelles salles d'eau seront créées dans le nouvel étage de la construction réhaussée, ce qui va occasionner plus de rejet d'eaux usées. Quant aux eaux pluviales, le projet se contente de mentionner que des gouttières nantaises seront installées. En revanche, le dossier est totalement taisant sur le sort ensuite réservé à l'écoulement des eaux pluviales en méconnaissance de l'article Ub 4 II c). Le projet de M. C va augmenter le rejet des eaux usées. Et il n'est pas établi que le réseau actuel soit de capacité suffisante. De surcroît, ce silence contrevient aux dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme qui prévoient expressément que : " Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. " Le plan masse est totalement taisant sur ce point. Par ailleurs, la nature de la toiture est modifiée avec l'installation de panneaux photovoltaïques en lieu et place des tuiles actuelles. Il est bien évident que le ruissellement de l'eau ne s'effectue pas de la même manière en fonction du matériau employé en toiture. En tout état de cause, le contrôle effectué à l'occasion de la vente ne portait que sur l'existant et ne dispensait pas M. C de préciser dans son dossier de demande de déclaration préalable les modalités de raccordement aux eaux pluviales au vu des changements opérés en toiture ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article Ub11 du règlement : force est de constater que la maison de M. C se situe en contrebas de l'allée privée la desservant et qui donne en pente douce vers le rivage. À ce jour, il est aisé de constater que la toiture s'harmonise en suivant la ligne du terrain en déclivité et se positionne dans l'exact prolongement des toitures des maisons précédentes. De ce fait, le niveau de la maison de M. C se situe donc en-deçà de la construction mitoyenne située juste avant la sienne. Or, à l'occasion du projet de rehaussement des combles, le nouveau niveau va venir perturber cette harmonie bien établie, en ce que la maison va se retrouver en position nettement surélevée par rapport à ses voisines et va aller jusqu'à les dominer. Il est acquis, à l'examen des pièces DP5 et DP6, que le projet va consister en un bloc disharmonieux venant rompre avec la pente douce des toitures.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 janvier 2023, suivi de la production d'une pièce complémentaire le 25 janvier 2023, la commune de Pornic, représentée par la Selarl d'avocats, cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge des consorts G, des époux I et de la SCI Vertigo la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable comme tardive, en ce qu'elle est présentée par la SCI Vertigo. En effet, cette société n'a pas formulé de recours gracieux à l'encontre de la décision de non-opposition du 21 janvier 2022. En revanche, M. I, son gérant, a formé, en son nom propre, un recours gracieux le 30 mars 2022. Par suite, en application de la théorie de la connaissance acquise, la SCI doit être regardée comme ayant eu connaissance de la décision par l'exercice du recours gracieux formé par son dirigeant le 30 mars 2022. En conséquence, le 18 juillet 2022, date à laquelle la SCI a introduit son recours contentieux, le délai de deux mois du recours contentieux était expiré.

- sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, il sera démontré l'absence de doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. Aucun des moyens de la requête n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* son signataire était compétent pour signer l'arrêté litigieux dès lors qu'il disposait d'une délégation de compétence ;

* elle ne méconnaît pas les dispositions de l'article A. 424-2 du code de l'urbanisme. Il est de jurisprudence constante que l'absence de mention des avis sollicités et de leur sens dans les visas de la décision attaquée est sans incidence sur la régularité de la procédure. En l'espèce, les requérants se bornent à soutenir qu'il ne serait pas fait mention des avis sollicités par la commune sans préciser les avis qui étaient attendus ;

* elle ne méconnaît pas les dispositions de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme : en premier lieu, la notice architecturale décrit suffisamment le terrain d'assiette du projet en indiquant sa localisation, sa contenance, sa voie d'accès alors que les éléments paysagers sont distinctement représentés sur le plan de masse ; en deuxième lieu, ce plan de masse indique l'ensemble des hauteurs, existantes et futures, de la construction existante et, en tout état de cause, les plans fournis au dossier de déclaration préalable sont côtés à l'échelle 1/100ème ; le service instructeur était ainsi en mesure d'apprécier les dimensions du projet ; en troisième lieu, il ressort du plan de masse et du plan de situation que ceux-ci indiquent l'angle des prises de vue reproduites en DP5 et 6 ainsi que les photographies n° 1, 2, 3, 4 en DP7 et 8 dans le dossier de déclaration préalable ;

* elle ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme dès lors que le projet ne peut être regardé comme une extension de l'urbanisation : en premier lieu, le caractère urbanisé du quartier des sablons n'est pas contestable ni contesté, la parcelle, assiette du projet, est classée en zone Ubb du PLU de la commune et se situe dans le prolongement direct de son centre, le règlement écrit et le rapport de présentation du PLU de la commune fait état d'un secteur Ubb densément urbanisé, les vues aériennes montrent que le projet prend place sur la parcelle cadastrée BL n° 356 qui est entourée de constructions sur tous les côtés et se situe à l'intérieur de l'enveloppe bâtie du quartier urbain, dont il n'étend pas l'emprise ; en second lieu, l'examen de la jurisprudence administrative montre qu'un simple projet de surélévation d'une construction existante, dans un quartier urbain, constitue une simple opération de construction ; en l'espèce, la simple surélévation d'une maison d'habitation de 40 m2, portant la surface de plancher totale à 78,2 m2 , au sein d'un quartier urbanisé, sans augmentation de l'emprise au sol de la construction ne saurait être regardé comme une extension de l'urbanisation ;

* s'agissant du respect de l'article UB 4 du règlement du PLU de la commune, le projet consiste en la surélévation d'une construction existante de sorte que l'existant est déjà raccordé aux réseaux alors qu'un contrôle de raccordement aux réseaux datant du 16 mars 2021 est versé aux débats ; elle ne méconnaît pas davantage les dispositions de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme dès lors que le projet autorisé est une surélévation sur une construction existante déjà raccordée et qu'un tel projet ne compte pas au nombre de ceux qui doivent obligatoirement indiquer les modalités de raccordement ; la présence de deux salles d'eau dans une maison d'habitation, destinée à accueillir quatre personnes, ne saurait traduire un sous dimensionnement des canalisations existantes pour se raccorder au réseau public existant ; la surface et l'inclinaison de la toiture restent inchangées et permettent un écoulement satisfaisant des eaux de pluie alors que l'ajout de panneaux photovoltaïques sur la partie est de la toiture et le remplacement des gouttières pendantes par des gouttières " à la nantaise " ne modifieront pas les conditions d'écoulement des eaux de pluie ;

* elle ne méconnaît pas les dispositions de l'article Ub11 du PLU dès lors que le respect des dispositions précitées n'est nullement conditionné au respect d'une déclivité vers le rivage des constructions présentes dans la rue puisque, d'une part, la hauteur du projet s'inscrit dans les hauteurs constatées depuis la rue des sablons et respecte les dispositions du PLU relativement aux hauteurs mesurées à l'égout de toit et que, d'autre part, les constructions dans l'environnement immédiat présentent des hauteurs différentes, dont certaines, à proximité du rivage, comportent des gabarits plus volumineux et sont sensiblement plus hautes ; le projet autorise une construction, qui par son volume simple, sa toiture traditionnelle à deux pans, ses matériaux et ses couleurs claires, s'intègre parfaitement au sein de son quartier alors qu'il est assorti de prescriptions qui concourent à sa bonne insertion dans l'environnement.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 janvier 2023, M. F C, représenté par Me Camus, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge solidaire des requérants la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en tant qu'elle est portée par la SCI Vertigo et par les consorts I. La SCI VERTIGO ne s'est pas associée au recours gracieux des consorts I exercé en date du 30 mars 2022. Elle est tardive ; par ailleurs, il n'a pas pris connaissance du recours gracieux des consorts I du 28 mars 2022. La signature apposée sur l'accusé de réception n'est pas la sienne et il n'a mandaté aucun tiers pour réceptionner ses courriers. Les requérants n'ont pas d'intérêt à agir. Si le voisin immédiat bénéficie en principe d'un intérêt à agir au sens des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme, il doit toutefois faire état d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction. Il sera rappelé que la surélévation envisagée est modeste (de 1,4 m à 1,8 m) et vise à une création de surface de plancher supplémentaire de 37,4 m², ce dans une zone urbanisée de la commune. Au demeurant, la construction existante est d'une volumétrie modeste au regard des propriétés présentes d'une volumétrie beaucoup plus imposante. Les propriétés des consorts G et I en sont une parfaite illustration. La modeste surélévation envisagée ne correspond ainsi nullement à l'édification d'un " sémaphore " ou d'une " tour de contrôle " modifiant " l'état des lieux de manière importante ". S'agissant de l'intérêt à agir des consorts I, la construction actuelle ne comporte aucune vue sur leur propriété et n'en comportera pas davantage après travaux. La surélévation contestée n'obstrue aucune vue, la construction sise sur la parcelle 356 n'étant aucunement dans le prolongement de la parcelle 222. Les pertes alléguées d'ensoleillement sont plus que marginales puisqu'il s'agirait, et ce dans un environnement entièrement urbanisé, d'une ombre portée au jardin d'1 heure par jour entre 17 et 18h et ce, sur les mois de juillet et août. Les consorts G ne sont pas voisins immédiats de la parcelle 356 puisqu'ils sont séparés de cette dernière parcelle par la parcelle 343. S'ils font état d'une situation de surplomb, celle-ci n'est pas liée à la parcelle 356. Une simple vue du plan cadastral permet de constater que la parcelle 356 avec la construction présente n'est pas dans l'axe et n'ouvre aucunement sur la propriété des G mais sur le chemin de desserte des constructions. Les vues contestées en façade sud sont inexistantes et l'ouverture envisagée en étage n'ouvre aucune vue directe en direction de la parcelle 344, ce que prouve également la photographie prise en décalé qu'ils produisent depuis leur propriété et qui démontre bien que sa construction n'est pas dans l'axe de la propriété des G.

Les vues directes alléguées sont inexistantes et non prouvées. L'intérêt à agir des requérants se doit d'être apprécié au regard de la nature des travaux autorisés et qui sont ici de très faible ampleur pour être de nature à affecter les conditions de jouissance des propriétés des requérants. Le projet n'est de nature à priver les requérants d'aucune vue sur le rivage et les paysages de ce secteur en direction du littoral. Le fait que ces voisins se soient accordés pour considérer le projet comme " inesthétique " ne constitue en rien un intérêt à agir au sens des dispositions de l'article L.600-1-2 du code de l'urbanisme.

- sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, il sera démontré l'absence de doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. Aucun des moyens de la requête n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R.431-36 du code de l'urbanisme ne pourra qu'être écarté. Il est de jurisprudence constante que la circonstance qu'un dossier de demande ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité l'autorisation délivrée que dans le cas où ces omissions, insuffisances ou inexactitudes, ont pu être de nature à fausser l'appréciation de l'administration sur le projet. En l'espèce, la demande n'a fait l'objet d'aucune incomplétude de la part du service instructeur, les pièces transmises ayant été ainsi considérées comme suffisantes à l'instruction. Au demeurant, la notice architecturale précise l'objet des travaux autorisés ainsi que le descriptif des travaux. Il est inexact de prétendre que les plans du dossier de demande ne permettaient pas au service instructeur d'appréhender les dimensions de la construction. Contrairement à ce qui est allégué et de manière contradictoire avec les recours gracieux versés à l'instance, les angles de vue sont bien reportés en pièce DP1 et DP2 du dossier de demande ;

* le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article A 424-2 du code de l'urbanisme ne pourra qu'être écarté. La circonstance que le sens des avis ne soit pas précisé dans l'arrêté délivré ne prive les requérants d'aucune garantie et est sans incidence sur la légalité de l'arrêté délivré, dès lors que ces dispositions ne sont pas prescrites à peine de nullité de l'acte attaqué ;

* le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme ne pourra qu'être écarté. Une opération qu'il est projeté de réaliser en agglomération ou de manière générale dans des espaces urbanisés, ne peut être regardée comme une extension de l'urbanisation au sens des dispositions susvisées que si elle modifie de manière importante les caractéristiques d'un quartier, notamment en augmentant sensiblement la densité des constructions. Les croquis présents au dossier de demande attestent que la hauteur de la surélévation s'inscrit dans les hauteurs constatées depuis la rue des sablons. Il suffit de se reporter à l'objet des travaux déclarés pour constater que la surélévation d'une construction existante d'une portée limitée quant au volume et à la surface créée n'est qu'une opération de construction qui n'entraîne aucune extension contraire aux dispositions relatives aux espaces proches du rivage.

* sur la prétendue méconnaissance de l'article Ub 4 du règlement du PLU. La surface de la toiture comme d'ailleurs son inclinaison n'est pas modifiée et n'entraîne pas de changement relativement aux eaux pluviales. Le projet consiste en une surélévation des combles et ne modifie en rien les conditions de desserte par les réseaux de la construction existante, lesquels ont été contrôlées comme étant conformes. Par ailleurs, il est également précisé dans la notice que le seul changement opéré dans la gestion des eaux pluviales est le remplacement de gouttières pendantes par des gouttières nantaises. Il n'est toujours pas démontré que les réseaux publics ne seraient pas en mesure de traiter les rejets de pièces d'eau supplémentaires, ni les nouvelles gouttières de pourvoir efficacement à leur fonction ;

* sur la prétendue méconnaissance de l'article Ub 11 du règlement du PLU. Le projet s'inscrit en conformité avec les règles d'urbanisme et le traitement architectural retenu

(toiture traditionnelle à deux pans, tuiles, enduit traditionnel à la chaux et tons clairs) permettra

à la construction de s'insérer dans son environnement.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 18 juillet 2022 sous le numéro 2209311 par laquelle les requérants demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 janvier 2023 à 9 heures 30 :

- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,

- les observations de Me Gallot, substituant Me Lefèvre, avocate des requérants, qui fait valoir, sur l'intérêt à agir, que l'ensemble des recours ont bien fait l'objet d'une notification. Elle insiste sur le fait qu'il y a bien extension de l'urbanisation au regard de la surélévation du bâti existant, laquelle sera particulièrement visible et de nature à rompre l'harmonie de l'alignement actuel. Sur la méconnaissance des dispositions de l'article Ub 4 du règlement du PLU, elle confirme le manque d'information fourni quant au surplus des eaux usées au regard de la création de nouvelles salles de bain et à l'écoulement des eaux pluviales, au regard notamment de l'installation de panneaux photovoltaïques. Me Gallot fait valoir en revanche qu'elle abandonne son moyen tiré de l'incompétence de signataire de la décision en litige au regard de la dernière production de la commune ;

- les observations de Me Roussel, avocat de la commune de Pornic, qui fait valoir que le terrain d'assiette du projet se situe dans un secteur fortement urbanisé. Il s'agit à l'inverse d'une opération de construction fort limitée. S'agissant des eaux usées, il précise qu'il n'y aura en tout que deux salles de bain, pour un usage par quatre personnes. Il existe déjà un tel raccordement ad hoc. S'agissant de l'évacuation des eaux pluviales, la toiture est inchangée, seules les gouttières seront remplacées. Les panneaux solaires ne modifieront pas le ruissèlement de la pluie et leur surface est en tout état de cause très réduite. Sur la méconnaissance alléguée des dispositions de l'article Ub11 du PLU, ce moyen n'est aucunement de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. La décision a été assortie de prescriptions. La commune a bien pris en compte les proportions limitées de l'immeuble en cause. Il n'y a pas de rupture dans l'harmonie du quartier, dans lequel prennent place des maisons beaucoup plus hautes ;

- et celles de Me Paulic, substituant Me Camus, avocate de M. C, qui insiste particulièrement sur le fait que la parcelle en cause " n'ouvre pas " sur celles des requérants et que la volumétrie du projet est beaucoup plus modeste que les habitations voisines, notamment celles de ces derniers. Les vues directes sont par ailleurs inexistantes. Ce projet s'inscrit incontestablement dans la jurisprudence " soleil d'Or " du Conseil d'Etat. L'insertion de la construction ne pose aucune difficulté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les consorts G et I, ainsi que la société civile immobilière Vertigo, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 21 janvier 2022 par laquelle le maire de la commune de Pornic ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux de M. C portant sur la surélévation d'une maison individuelle avec modification de façade, sur un terrain situé 28C, rue des Sablons.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. En l'espèce, aucun des moyens invoqués par les requérants, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense et sur la condition d'urgence, que les conclusions à fin de suspension présentées par les requérants sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

5. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Pornic, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

6. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge solidaire des requérants les sommes que demandent respectivement la commune de Pornic et M. C au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme F G, J A B et H G, de M. E G, de M. et Mme D I, et de la société civile immobilière Vertigo, est rejetée.

Article 2: Les conclusions présentées par la commune de Pornic et par M. C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme F G, à A B et Clémence G, à M. E G, membres de l'indivision G, à M. et Mme D I, à la société civile immobilière Vertigo, à la commune de Pornic et à M. F C.

Fait à Nantes, le 1er février 2023.

Le juge des référés,

L. Bouchardon

La greffière,

G. PeignéLa République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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