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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2300420

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2300420

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2300420
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantGUILBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 janvier 2023 et le 18 juillet 2023, Mme C A B, représentée par Me Guilbaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 27 juillet 2022 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique à titre principal de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard et en tout état de cause, de lui délivrer un récépissé valant autorisation de séjour le temps de la fabrication de son titre de séjour ou du réexamen de sa demande dans un délai de cinq jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; le préfet n'indique pas sur quel élément ils se fonde pour estimer qu'elle n'est pas à charge de sa fille, ni quelle information lui permet d'affirmer qu'elle peut être soignée dans son pays d'origine ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la seule circonstance qu'elle perçoit une pension de retraite n'établit pas qu'elle ne serait pas à la charge de sa fille de nationalité française ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; sa fille unique réside en France et a la nationalité française ; sa fille est enceinte et aura seule la charge de l'enfant à naitre ; en outre, son frère réside depuis plus de vingt ans régulièrement en France, ainsi que ses neveux et nièces ; elle est venue en France tous les ans depuis 1999 et y a développé de fortes attaches ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

o elle ne peut s'assurer de la procédure ayant conduit à l'avis des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de la collégialité de la procédure, du fait que le médecin rapporteur n'ait pas participé à la délibération ;

o son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut aurait pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité ; elle souffre d'une hypertension artérielle qui a causé la mort de deux de ses frères, de troubles intestinaux graves et d'acouphènes ; elle ne peut poursuivre ses soins en République du Congo ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- la décision est insuffisamment motivée et la motivation de la décision ne permet pas d'établir que le préfet a examiné les risques encourus, risques qu'il doit vérifier en application des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête de Mme A B.

Il soutient que :

- en ce qui concerne la méconnaissance alléguée des dispositions de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'il devait être considéré que Mme A B est à la charge de sa fille française, ce qui n'est pas établi, sa demande de titre de séjour pourrait être également rejetée en raison de l'absence de visa de long séjour ;

- les moyens soulevés par Mme A B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Brazzaville le 31 juillet 1993 et publiée par le décret n° 96-996 du 13 novembre 1996 ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au co-développement, signé à Brazzaville le 25 octobre 2007 et publié par le décret n° 2009-946 du 29 juillet 2009 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Guilbaud, représentant Mme A B et de Mme A B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A B, ressortissante congolaise née en décembre 1960, est entrée, pour la dernière fois en France en février 2021, munie d'un visa en qualité d'ascendant non à charge de français. Elle a déposé une demande de titre de séjour à la fin du mois de février 2021. Par des décisions du 27 juillet 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer à Mme A B un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office. Par la présente requête, Mme A B demande l'annulation des décisions du 27 juillet 2022.

Sur le refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Le refus de séjour opposé à Mme A B le 27 juillet 2022 comporte les considérations de droit et de fait qui le fondent, notamment contrairement à ce que soutient la requérante, les considérations retenues par le préfet pour considérer qu'elle n'était pas à la charge de sa fille de nationalité française. Par suite, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé. Le moyen tiré de son insuffisante motivation n'est donc pas fondé et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger, parent à charge d'un français et de son conjoint, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sous réserve de la production du visa de long séjour prévu au 1° de l'article L. 411-1 et de la régularité du séjour () ". L'article L. 411-1 du même code dispose que : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : / 1° Un visa de long séjour () ".

5. Si Mme A B soutient qu'elle était hébergée et prise en charge par sa fille de nationalité française lors des séjours qu'elle a effectués en France pour lui rendre visite, d'une part, il ressort des pièces du dossier que la requérante n'est pas dépourvue de ressources propres dans son pays et d'autre part, elle ne justifie d'aucun virement ou autre forme de prise en charge financière de sa fille lorsqu'elle résidait au République du Congo. Par suite et alors au demeurant que comme le souligne le préfet défendeur dans ses écritures, l'intéressée est dépourvue d'un visa de long séjour, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas fondé et doit être écarté.

6. En troisième lieu, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Par ailleurs, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

7. Mme A B invoque, à l'appui du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la présence en France de sa fille unique, de nationalité française, et de son frère qui réside régulièrement dans ce pays depuis de nombreuses années. Il ressort néanmoins des pièces du dossier que Mme A B est entrée en France dix-sept mois seulement avant la décision contestée, après avoir résidé dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de soixante ans. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressée a pu régulièrement rendre visite à sa fille française et la requérante n'établit pas que son état de santé la rendrait désormais incapable de venir voir en France sa fille, ou qu'il serait impossible à cette dernière, par ailleurs majeure et ayant fondé sa famille, de rendre visite à sa mère. Dès lors, dans ces conditions, et malgré la présence également en France du frère de la requérante et des enfants de ce dernier, neveux et nièces de Mme A B, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté au droit à la vie privée et familiale de l'intéressée une atteinte excessive et n'a donc méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Selon l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins () ". Enfin aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ".

9. Il ressort de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, produit à l'instance par le préfet de la Loire-Atlantique, que celui-ci mentionne le nom de la médecienne ayant rédigé le rapport médical du 21 avril 2022, qui ne faisait pas partie du collège de médecins de I'OFII ayant émis un avis sur l'état de santé de Mme A B. Il s'ensuit que l'avis a été émis dans le respect des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 8, notamment dans le respect de la règle selon laquelle le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Par ailleurs, l'avis porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant " qui fait foi du caractère collégial de l'avis jusqu'à preuve contraire, preuve qu'aucun élément du dossier ne vient établir. Dans ces conditions, le moyen, à le supposer soulevé, tiré de ce que le refus de séjour pris à son encontre aurait été pris à l'issue d'une procédure irrégulière ne peut qu'être écarté en toutes ses branches.

10. Il ressort des pièces du dossier que dans son avis du 31 mai 2022, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de Mme A B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont elle est originaire, elle pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Le préfet de la Loire-Atlantique ne conteste pas la prise en charge médicale de l'intéressée et les conséquences d'une exceptionnelle gravité en cas de défaut de prise en charge médicale. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que Mme D souffre principalement d'hypertension, dont elle indique que plusieurs membres de sa famille sont décédés en République du Congo. Pour le traitement de cette hypertension, elle s'est vu prescrire de l'amlodipine, médicament dont il ressort des pièces du dossier qu'il est disponible dans le pays d'origine de l'intéressée, notamment auprès du centre hospitalier universitaire de Brazzaville. Par ailleurs, Mme A B s'est vu prescrire du polyéthylèneglycol, médicament en vue du rétablissement de la fonction gastrique, qui est également disponible en République du Congo, notamment auprès du centre hospitalier universitaire de Brazzaville. Enfin, si Mme A B s'est vu prescrire en France de l'acétyl-leucine, médicament symptomatique anti-vertigineux et qu'il n'est pas établi que ce médicament précis soit disponible dans son pays d'origine, il n'est ni établi ni même soutenu ni qu'un autre anti-vertigineux ne serait pas disponible en République du Congo ni que l'absence de ce médicament entrainerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Ainsi, c'est sans erreur d'appréciation que le préfet de la Loire-Atlantique a estimé que Mme D ne remplissait pas les conditions posées par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 10 du jugement, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de Mme A B.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 11 que Mme D n'est fondée à invoquer, à l'encontre de la décision du 27 juillet 2022 portant obligation de quitter le territoire français l'illégalité de la décision du même jour portant refus de séjour.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

14. Par les motifs que ceux exposés au point 10, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié en République du Congo. Par suite, en prononçant une obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit être écarté.

15. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 10 du jugement, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de Mme A B.

Sur le pays de destination :

16. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Par ailleurs, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

17. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.

18. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 15 que Mme D n'est fondée à invoquer, à l'encontre de la décision du 27 juillet 2022 portant fixation du pays d'éventuel éloignement, l'illégalité des décisions du même jour portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A B doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et à fin d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A B, à Me Guilbaud et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

R. HANNOYER

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2300420

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