mardi 11 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2300465 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET COUDRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 9 janvier 2023, le 13 décembre 2023 et le 25 janvier 2024, l'association " Patrimoine en presqu'île ", Mme F E, Mme B D, Mme G C et M. A C, représentés par Me Lefèvre, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 9 novembre 2022 par laquelle le conseil municipal de Guérande a constaté la désaffectation d'une emprise de 12 m² place Saint-Jean à Guérande et a décidé du déclassement de cette emprise du domaine public communal ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Guérande la somme de 3 000 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils ont intérêt à agir ;
- la convocation des conseillers municipaux était irrégulière ;
- la délibération est illégale en raison d'un défaut d'information des conseillers municipaux ;
- la délibération est insuffisamment motivée ;
- la délibération est entachée d'un vice de procédure, en l'absence de réalisation d'une enquête publique, alors que la désaffectation en vue de procéder à la cession porte atteinte aux conditions de desserte ;
- la délibération est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation concernant la désaffectation de la parcelle, celle-ci étant toujours à l'usage du public ;
- la désaffectation et le déclassement de cette emprise ne répondent pas à un motif d'intérêt public ;
- la délibération est entachée d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2023, la commune de Guérande, représentée par Me Mocaer, conclut au rejet de la requête, et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les demandes de Mme D et de M. et Mme C sont irrecevables, leur qualité de contribuable local n'étant pas suffisante pour justifier d'un intérêt à agir contre la délibération attaquée ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 10 janvier 2024, M. A C déclare se désister purement et simplement de sa requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de la voirie routière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Brémond, premier conseiller,
- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public,
- les observations de Me Lefèvre, avocat des requérants,
- et les observations de Me Corillion, substituant Me Mocaer, avocat de la commune de Guérande.
Considérant ce qui suit :
1. Dans la perspective de la cession des bâtiments de l'ancien hôpital situé place Saint-Jean, la commune de Guérande a envisagé de céder à un opérateur privé environ 12 m² du domaine public communal afin, d'une part, de faciliter l'entretien de l'espace compris entre ce bâtiment et le bâtiment voisin et, d'autre part, de desservir les futurs logements aménagés dans l'ancien hôpital Saint-Jean. Cette transaction devant être précédée d'une désaffectation et d'un déclassement de cette emprise, la commune a présenté au conseil municipal un projet en ce sens. Par une délibération du 9 novembre 2022, dont les requérants demandent l'annulation, le conseil municipal de Guérande a constaté la désaffectation de cette emprise et a décidé de son déclassement.
Sur le désistement partiel :
2. Par un mémoire enregistré le 10 janvier 2024, M. C s'est désisté de ses conclusions à fin d'annulation. Ce désistement étant pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. "
4. Il résulte de ces dispositions que le défaut d'envoi, avec la convocation aux réunions du conseil municipal d'une commune de 3 500 habitants et plus, de la note explicative de synthèse portant sur chacun des points de l'ordre du jour prévue à l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales (CGCT) entache d'irrégularité les délibérations prises, à moins que le maire n'ait fait parvenir aux membres du conseil municipal, en même temps que la convocation, les documents leur permettant de disposer d'une information adéquate pour exercer utilement leur mandat. Cette obligation, qui doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, doit permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions. Elle n'impose pas de joindre à la convocation adressée aux intéressés une justification détaillée du bien-fondé des propositions qui leur sont soumises.
5. Il ressort des pièces du dossier que, si aucune note de synthèse n'a été adressée aux conseillers municipaux en même temps que la convocation au conseil municipal du 9 novembre 2022, plusieurs documents préparatoires ont été joints à l'ordre du jour de cette réunion, et notamment le projet de délibération concernant la désaffectation et le déclassement de l'emprise en cause, qui comportait un exposé des motifs permettant aux conseillers municipaux de comprendre les implications de la décision à prendre. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'absence de note explicative de synthèse a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la délibération prise ou qu'elle a privé les conseillers municipaux d'une garantie. Il en résulte que le moyen tiré par les requérants de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 2121-12 doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ".
7. D'une part, pour les motifs indiqués au point 5 du présent jugement, il ressort des pièces du dossier que les conseillers municipaux ont été informés de manière adéquate concernant le projet de délibération en litige. D'autre part, si les requérants soutiennent que les conseillers municipaux n'auraient pas été informés sur le devenir du premier compromis de vente, la procédure de dialogue compétitif engagée en 2018 par la commune pour la restauration du carré Saint-Jean ayant été déclarée sans suite par le maire de Guérande le 8 juillet 2022 et n'ayant de ce fait pas donné lieu à la signature d'un compromis de vente, cet évènement était mentionné dans le compte-rendu de la commission mixte " urbanisme et travaux ", transmis parmi les documents préparatoires au conseil municipal du 9 novembre 2022. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les membres du conseil municipal n'auraient pas été suffisamment informés sur le projet de délibération contesté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 2141-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Un bien d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1, qui n'est plus affecté à un service public ou à l'usage direct du public, ne fait plus partie du domaine public à compter de l'intervention de l'acte administratif constatant son déclassement. ".
9. En l'absence de dispositions législatives ou règlementaires prévoyant qu'une décision de déclassement doit être motivée, le moyen tiré du défaut de motivation de la délibération en litige ne peut qu'être écarté comme inopérant.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 141-3 du code de la voirie routière : " " Le classement et le déclassement des voies communales sont prononcés par le conseil municipal. () / Les délibérations concernant le classement ou le déclassement sont dispensées d'enquête publique préalable sauf lorsque l'opération envisagée a pour conséquence de porter atteinte aux fonctions de desserte ou de circulation assurées par la voie. ".
11. Il ressort des pièces du dossier que l'emprise de 12 m² déclassée du domaine public communal est une impasse étroite entre deux bâtiments implantés sur les parcelles 139 et 140, ce dernier devant être cédé à un opérateur privé en vue d'une rénovation et de la création de logements. Si les requérants soutiennent que le déclassement de cette emprise porterait atteinte aux conditions de desserte du bâtiment occupant la parcelle 139, ils n'apportent pas suffisamment d'éléments pour établir la réalité de cette atteinte, l'entrée principale de ce bâtiment et les places de stationnement attenantes, situées place Saint-Jean, n'étant par ailleurs pas modifiées par la délibération contestée. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'une enquête publique devait être réalisée préalablement au déclassement de cette parcelle.
12. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 2141-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Un bien d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1, qui n'est plus affecté à un service public ou à l'usage direct du public, ne fait plus partie du domaine public à compter de l'intervention de l'acte administratif constatant son déclassement. ".
13. Le déclassement d'un bien du domaine public suppose le constat préalable de sa désaffectation qui résulte d'un état de fait. Il ressort des pièces du dossier que l'emprise de douze mètres carrés en litige est enclavée, dans un renfoncement étroit et n'apparaît plus utilisée, la desserte du bâtiment implanté sur la parcelle 139 se faisant, ainsi qu'il a été dit au point 11, par une entrée donnant directement sur la place. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est même pas allégué, que cette voie, difficilement accessible, serait effectivement utilisée par les usagers de la voie publique. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 2141-1 du code général de la propriété des personnes publiques ne peut qu'être écarté.
14. En sixième lieu, la commune de Guérande fait valoir que le déclassement de cette emprise et sa cession favoriseront la desserte des logements aménagés dans l'immeuble faisant l'objet de la cession, et faciliteront l'entretien de l'espace compris entre ce bâtiment et la propriété existante sur la parcelle 139. Par conséquent, la désaffectation et le déclassement de celle-ci répondent aux mêmes objectifs d'intérêt général que la désaffectation et le déclassement de l'immeuble, à savoir la création de logements sociaux, de logements dans l'intramuros et la rénovation du patrimoine bâti. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'intérêt public pour procéder au déclassement de cette emprise doit être écarté.
15. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, pour les motifs indiqués au point 14 du présent jugement, que la délibération attaquée serait motivée par des considérations étrangères à l'intérêt général. Il en résulte que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le conseil municipal de Guérande aurait commis un détournement de pouvoir en prenant cette délibération.
16. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Guérande, les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la délibération du 9 novembre 2022 par laquelle le conseil municipal de Guérande a constaté la désaffectation d'une emprise de 12 m² place Saint-Jean à Guérande et a décidé du déclassement de cette emprise du domaine public communal.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Guérande, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la commune de Guérande à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement de M. C.
Article 2 : La requête de l'association " Patrimoine en presqu'île " et autres est rejetée.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Guérande sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association " Patrimoine en presqu'île ", représentante unique des requérants, et à la commune de Guérande.
Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Thomas, première conseillère,
M. Brémond, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.
Le rapporteur,
E. BRÉMOND
La présidente,
H. DOUETLa greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026