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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2300475

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2300475

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2300475
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantNGUIYAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 janvier 2023, Mme B A, représentée par Me Nguiyan, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 4 janvier 2023 par laquelle l'autorité consulaire française à Douala (Cameroun) a refusé de lui délivrer un visa de long séjour en tant qu'étudiante ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à un nouvel examen de sa demande dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'elle a fait preuve d'une diligence particulière dans ses démarches en vue d'obtenir le visa litigieux avant la date de rentrée scolaire, laquelle est prévue le 9 janvier 2023 ; la date limite de rentrée tardive est fixée au 23 janvier 2023 ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'instruction du 4 juillet 2019 relative aux demandes de visas long séjour pour études dans le cadre de la directive (UE) 2016/801, dès lors que le volet académique de son projet a déjà été apprécié par l'établissement d'enseignement supérieur français dans lequel elle a été admise, de sorte qu'il ne peut plus être apprécié par Campus France ; l'administration ne lui reproche aucun des motifs figurant dans cette instruction ; elle remplit ainsi l'ensemble des conditions pour obtenir le visa sollicité ; l'administration commet donc une erreur de droit européen ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que son projet d'études s'inscrit dans la continuité des études suivies au Cameroun, et des stages qu'elle a effectués au sein de cabinets d'avocats, et poursuit l'objectif d'intégrer un cabinet de conseil en investissement et en gestion du patrimoine, en cohérence avec son projet professionnel tenant à l'ouverture d'un cabinet spécialisé en investissement et gestion du patrimoine au Cameroun, ce qui correspond aux besoins de ce pays ; elle justifie donc d'un projet professionnel pertinent compte tenu des besoins de son pays d'origine ; titulaire d'un baccalauréat littéraire, d'une licence en droit privé et d'un master 1 en droit des affaires, elle projette à la suite de sa 1ère année de MBA en droit des affaires à l'école MBA ESG, de s'orienter vers une 2ème année de MBA en gestion du patrimoine ; l'avis du SCAC ne saurait suffire à établir l'absence de sérieux et l'incohérence de son projet, la formation envisagée étant en lien avec son parcours académique et professionnel au Cameroun ; ses résultats scolaires ne font pas obstacle au suivi des études envisagées ; elle dispose de moyens de subsistance suffisants, soit une somme mensuelle de 615 euros pour toute l'année scolaire 2022 - 2023 et justifie d'une prise en charge par un tiers et d'un logement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence particulière justifiant que le juge des référés se prononce avant l'intervention de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'est pas remplie, la seule circonstance que la rentrée la plus tardive de la requérante soit fixée au 23 janvier 2023, date de surcroît dépassée, étant insuffisante, et alors qu'elle n'est pas empêchée de poursuivre ses études au Cameroun, notamment en master 2 ; qui plus est, alors qu'elle a reçu son attestation d'inscription le 28 septembre 2022, le dépôt de sa demande de visa n'a été effectué que le 29 décembre 2022 ; elle a créé elle-même la situation d'urgence en manquant de diligence au moment d'entrer en contact avec Campus- France ; la requérante s'est ainsi placée dans la situation d'urgence qu'elle invoque ;

- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, qui n'est entachée ni d'erreur manifeste d'appréciation, ni d'erreur de droit :

* l'absence de caractère sérieux et cohérent du projet d'études de la requérante révèle, eu égard à son profil, un risque qu'elle détourne l'objet de son visa à d'autres fins que celles de poursuivre ses études (la formation qu'elle vient suivre en France constitue une régression dans son parcours et paraît incohérente avec son projet professionnel en gestion du patrimoine ; le SCAC a émis un avis défavorable à sa candidature en jugeant son projet inadéquat ; ses résultats scolaires mettent en doute sa capacité à réussir la formation envisagée).

Vu les pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Robert-Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 janvier 2023 à 10 heures :

- le rapport de Mme Robert-Nutte, juge des référés,

- les observations de Me Nguiyan, représentant Mme A, qui insiste à la barre sur la cohérence et le sérieux du projet d'études de la requérante, la formation envisagée étant certifiée de niveau 7 et les diplômes obtenus par l'intéressée au Cameroun n'ayant, ni la même valeur, ni la même reconnaissance, que ceux délivrés en France ;

- et les observations du représentant du ministre de l'intérieur et des outre-mer qui insiste à la barre sur le manque de diligence de la requérante, la régression que constituerait le suivi de la formation envisagée, dispensée par une école privée, et sur l'avis défavorable du SCAC.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante camerounaise née le 4 septembre 1994, a été admise, au titre de l'année académique 2022/2023, en MBA première année de droit des affaires à l'école MBA ESG Paris. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 4 janvier 2023 par laquelle l'autorité consulaire française à Douala (Cameroun) a refusé de lui délivrer un visa de long séjour en tant qu'étudiante.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. L'objet du référé organisé par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est de permettre, dans tous les cas où l'urgence le justifie, la suspension dans les meilleurs délais d'une décision administrative contestée par le demandeur. Une telle possibilité est ouverte y compris dans le cas où un texte impose l'exercice d'un recours administratif préalable avant de saisir le juge, sans donner un caractère suspensif à ce recours obligatoire. Dans une telle hypothèse, la suspension peut être demandée au juge des référés sans attendre que l'autorité administrative ait statué sur le recours préalable, dès lors que l'intéressé a justifié, en produisant une copie de ce recours, qu'il a engagé les démarches nécessaires auprès de cette autorité pour obtenir l'annulation ou la réformation de la décision contestée. Saisi d'une telle demande de suspension, le juge des référés peut y faire droit si l'urgence justifie la suspension avant même que cette autorité ait statué sur le recours préalable et s'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

4. Aucun des moyens invoqués par Mme A, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 4 janvier 2023 par laquelle l'autorité consulaire française à Douala (Cameroun) a refusé de lui délivrer un visa de long séjour en tant qu'étudiante.

5. Il y a lieu, en conséquence, et sans qu'il soit besoin d'apprécier la condition d'urgence, de rejeter la requête de Mme A en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Nantes, le 7 février 2023.

La juge des référés,

O. Robert-Nutte

La greffière,

G. PeignéLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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