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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2300512

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2300512

vendredi 10 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2300512
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 2ème chambre
Avocat requérantCHAUVIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 janvier 2023, M. A C, représenté par Me Chauvière, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a pris à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à l'autorité compétente de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente un récépissé valant autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de celles de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que l'arrêté attaqué ait été signé par une autorité habilitée ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été prise à l'issue d'un examen effectif de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 2 ans :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

6 février 2023.

Le président du tribunal a délégué à M. D les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Au cours de l'audience publique du 2 mars 2023, à 14h30, M. D a lu son rapport et constaté l'absence des parties ;

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience ;

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 5 juin 2000, interpellé à Nantes le 8 janvier 2023, demande l'annulation de l'arrêté du 9 janvier 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a pris à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans.

Sur les moyens communs aux décisions attaqués :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme E B, attachée principale, cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement à la préfecture de la

Loire-Atlantique, à laquelle le préfet a, par un arrêté du 5 septembre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n°154 du même jour, donné délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi ou portant interdiction de retour sur le territoire français, en cas d'absence ou d'empêchement d'agents dont il n'est pas établi qu'ils n'étaient ni absents ni empêchés à la date de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté manque en fait.

3. En second lieu, l'arrêté en litige comporte les motifs utiles de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions prises à l'encontre de M. C. Dès lors, celui-ci n'est pas fondé à soutenir que l'une ou l'autre de ces mesures serait insuffisamment motivée.

Sur les autres moyens de la requête :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

4. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté prescrivant l'éloignement de M. C que le préfet de la Vendée, qui n'était pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments portés à sa connaissance, a procédé à un examen effectif de la situation personnelle et familiale de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée n'aurait pas été prise à l'issue d'un tel examen doit être écarté.

5. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C est célibataire et sans charges de famille. Entré très récemment en France, moins de trois mois avant son interpellation par les forces de police selon ses dires, il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par ailleurs, il ne fait état d'aucun élément en vue de démontrer sa volonté d'insertion sociale. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée porterait une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que la même décision serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

6. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 4 et 5, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire prise à l'encontre de M. C doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

8. Si M. C soutient qu'il encourt un risque personnel en cas de retour en Algérie, il ne fournit aucun élément suffisamment précis et probant en vue de le démontrer. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations et dispositions citées au point 7 doivent être écartés.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire et sa durée :

9. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire prise à l'encontre de M. C doit être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

11. L'arrêté litigieux est fondé sur ce que M. C est défavorablement connu des services de police à raison de faits de violence commis le jour de son interpellation sur une personne dépositaire de l'autorité publique. Le requérant, qui réside depuis quelques mois en France où il y est dépourvu de toute attache, ne conteste pas avoir commis de tels faits et ne justifie pas avoir tenté d'obtenir sa régularisation. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les dispositions citées au point 10 en assortissant la mesure d'éloignement visant M. C d'une interdiction de retour sur le territoire français et en fixant à deux ans la durée de cette interdiction de retour.

12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Chauvière et au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2023.

Le magistrat désigné,

C. CANTIE La greffière,

S. LEGEAY

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2300512

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