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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2300542

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2300542

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2300542
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLIETAVOVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 janvier 2023, M. A C, représenté par Me Lietavova, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, laquelle obligation fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " ou à défaut " salarié " , dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer sans délai dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- la décision attaquée de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation, au regard de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux et d'une erreur manifeste d'appréciation, au regard de l'article L. 435-1 de ce code ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du 8 décembre 2022, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thomas, première conseillère ;

- et les observations de Me Lietavova, avocate de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant centrafricain né le 15 septembre 1993, est entré en France le 8 décembre 2018, muni d'un visa de court séjour. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile le 17 mars 2021. Le 26 mars 2021, il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour. Cette demande a été rejetée le 17 juin 2022, par un arrêté du préfet de la Loire-Atlantique portant également obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B D, cheffe du bureau du séjour de la préfecture de la Loire-Atlantique, à laquelle le préfet a, par un arrêté du 11 avril 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la Loire-Atlantique, consenti une délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de ces décisions doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C a produit à l'appui de sa demande de titre de séjour un formulaire cerfa de demande d'autorisation de travail pour conclure un contrat de travail avec un salarié étranger renseigné par son employeur. Toutefois, cette demande n'avait pas été visée par la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités. Dès lors que M. C n'était pas titulaire, à la date de la demande de sa demande de titre de séjour, d'un des titres de séjour mentionnés à l'article R. 5221-3 du code du travail, il ne revenait pas au préfet d'instruire la demande d'autorisation de travail, de sorte que le préfet pouvait en tout état de cause, sans entacher sa décision d'erreur de droit, d'erreur de fait ou d'erreur d'appréciation, refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

5. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. C n'aurait pas fait l'objet d'un examen complet et sérieux. Ce moyen doit être écarté.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré sur le territoire français, en 2018. Il est célibataire, n'a personne à charge et ne justifie pas de liens personnels particuliers, notamment familiaux, intenses, anciens et stables en France, quand bien même sa sœur réside en France. S'il fait état de l'exercice de plusieurs emplois en France et en particulier de la conclusion d'un contrat à durée indéterminé signé le 29 novembre 2019, et d'un emploi du 1er mars 2020 au 13 décembre 2021, et présente des bulletins de salaire, les activités professionnelles qu'il a exercées ne sauraient être regardées comme attestant des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Aucune circonstance humanitaire au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, propre à la situation et aux conditions de séjour en France de M. C ne ressort du dossier. Dès lors, il ne ressort pas du dossier que, dans l'exercice du large pouvoir qu'il tient de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut, le préfet de la Loire-Atlantique aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant l'admission exceptionnelle au séjour du requérant par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il n'en ressort pas davantage que, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point que ce préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'il n'y avait pas lieu, en opportunité, de faire bénéficier l'intéressé d'une mesure de régularisation par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le séjour du requérant en France, remontant à l'année 2018, n'est pas ancien. Il est célibataire et n'a personne à charge et, s'il fait état de la résidence en France de l'une de ses soeurs, il ne ressort pas du dossier qu'il serait à la charge ou dépendant de celle-ci. Le requérant n'est pas sans attaches familiales, notamment au Sénégal où réside sa mère. Dès lors, eu égard aux conditions de séjour en France de M. C, le préfet, en refusant de régulariser son séjour n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ont été prises cette décision. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Compte tenu de ce qui a été dit quant à la légalité du refus d'admission au séjour, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de ce refus.

10. Compte tenu de ce qui a été dit quant à la légalité de la mesure portant obligation de quitter le territoire français, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le refus de lui accorder un délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office est illégale du fait de l'illégalité de cette mesure.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Lietavova, et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

La rapporteure,

S. THOMASLe président,

A. DURUP DE BALEINE

La greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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