vendredi 29 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2300591 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | GUILBAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 12 janvier 2023 et le 11 juillet 2023, M. D G C, Mme B C, M. D E C, Mme A C et M. D H C représenté pour ce dernier par M. D G C et Mme B C, tous représentés par Me Guilbaud, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 décembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les cinq décisions de l'autorité diplomatique française à Téhéran (Iran) refusant de leur délivrer des visas de long séjour ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal de leur délivrer les visas sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer leur situation dans le même délai et sous les mêmes conditions d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à leur conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à leur verser directement en cas de refus d'aide juridictionnelle.
Ils soutiennent que :
- la décision est insuffisamment motivée en droit et en fait ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de leurs situations personnelles ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard du droit de solliciter l'asile découlant du quatrième alinéa du préambule de la Constitution de 1946, de l'article 6-5 c) du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 prévoyant la possibilité pour les Etats membres de délivrer des visas d'entrée sur leur territoire pour des motifs humanitaires et de l'article 25 du règlement (CE) n° 810/2009 du Parlement et du Conseil du 13 juillet 2009 prévoyant la possibilité pour les Etats membres de délivrer des visas à validité territoriale limitée à titre exceptionnel, notamment pour des raisons humanitaires ou pour honorer des obligations internationales, dès lors que leur situation constitue une urgence humanitaire exceptionnelle justifiant la délivrance de visas en vue de solliciter l'asile en France, qu'ils seraient tous éligibles au statut de réfugiés en France et qu'ils rencontrent des difficultés caractérisées dans le pays tiers où ils se trouvent ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2023 le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par décision du 29 juin 2023 le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a admis M. D G C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le préambule de la Constitution du 26 octobre 1946 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er septembre 2023 :
- le rapport de Mme Chatal,
- les conclusions de M. Kaczynski, rapporteur public,
- et les observations de Me Guilbaud, représentant les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. M. D G C et Mme B C, ressortissants afghans nés en 1959 et 1967, sont les parents de M. D E C, né en 1994, Mme A C née en 1998 et M. D H C né en 2005, tous trois de nationalité afghane. Des demandes de visas de long séjour ont été présentées auprès de l'autorité diplomatique française en Iran pour les époux C et leurs trois enfants sur la base du motif " établissement familial " prévu dans le formulaire de demande de visa. Par leur requête les époux C et leurs trois enfants demandent au tribunal d'annuler la décision du 21 décembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les cinq décisions de l'autorité diplomatique française à Téhéran (Iran) refusant de leur délivrer des visas de long séjour " en qualité de visiteurs ".
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La commission a confirmé les refus de délivrance de visas de long séjour au motif que les demandeurs de visas n'établissaient pas de manière formelle l'existence de menaces réelles et sérieuses des talibans à leur égard, ni les difficultés qu'ils rencontreraient à titre personnel, et qu'ils n'établissaient pas que l'Iran ne serait pas en mesure de leur offrir une solution plus pérenne s'ils y déposaient une demande d'asile.
3. Aux termes du quatrième alinéa du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 auquel renvoie le Préambule de la Constitution : " Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d'asile sur les territoires de la République ". Si le droit constitutionnel d'asile a pour corollaire le droit de solliciter en France la qualité de réfugié, les garanties attachées à ce droit reconnu aux étrangers se trouvant sur le territoire de la République n'emportent aucun droit à la délivrance d'un visa en vue de déposer une demande d'asile en France ou pour y demander le bénéfice de la protection subsidiaire.
4. En outre, dans les cas où l'administration peut légalement disposer d'un large pouvoir d'appréciation pour prendre une mesure au bénéfice de laquelle l'intéressé ne peut faire valoir aucun droit, il est loisible à l'autorité compétente de définir des orientations générales pour l'octroi de ce type de mesures. Si un demandeur de visa ne peut se prévaloir de telles orientations à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir formé contre une décision refusant de lui délivrer un visa de long séjour en vue de déposer une demande d'asile en France, il peut soutenir que cette décision, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
5. Les requérants soutiennent que le retour au pouvoir en Afghanistan des talibans le 15 août 2021 les a exposés de nouveau à d'importants risques de persécutions en raison de leur appartenance à la minorité qizilbash de confession chiite et du fait que plusieurs membres de leur famille font partie du " Mouvement islamique d'Afghanistan " prônant un islamisme modéré. Il ressort des pièces du dossier que des attaques, revendiquées par l'Etat islamique, ont été menées contre des rassemblements chiites dans plusieurs villes du pays. Les requérants indiquent qu'en raison de leur appartenance religieuse et de leur engagement politique, le père de M. D G C a été arrêté en 1997 et emprisonné pendant deux ans, que M. D G C a lui-même été emprisonné de 1999 à 2002 à la suite d'une attaque des talibans à son domicile lors de laquelle sa mère Mme F C a été torturée et l'époux de sa sœur assassiné. Les requérants soutiennent en outre que M. D G C est toujours identifié par les talibans comme le fils d'opposants, reconnus réfugiés statutaires en France en 2002 et 2003 notamment en raison de la gravité des persécutions subies en Afghanistan. Les requérants soutiennent également que la profession et l'engagement militant de Mme B C, qui exerçait le métier de journaliste à Kaboul avant l'exil de la famille vers l'Iran en 2021, et de sa fille Mme A C, les exposent à des risques de persécutions de la part des talibans. Les requérants doivent dès lors être regardés comme justifiant de ce que leur renvoi en Afghanistan les exposerait à des risques réels et sérieux de traitements inhumains et dégradants de la part des autorités talibanes.
6. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, les visas iraniens des requérants étaient expirés et que les intéressés ne disposaient plus d'aucun droit au séjour en Iran. Il ressort des pièces du dossier que les expulsions de ressortissants afghans exilés en Iran dépourvus d'autorisation de séjour se sont intensifiées depuis le retour au pouvoir des talibans au mois d'août 2021. Dans ces conditions, les requérants doivent être regardés comme justifiant de l'exceptionnelle précarité de leurs situations en Iran et d'un risque réel de renvoi en Afghanistan.
7. Il résulte des points qui précèdent que les requérants sont bien fondés à soutenir qu'en refusant de leur délivrer des visas de long séjour afin de leur permettre de déposer en France des demandes d'asile, la commission a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision du 21 décembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision de refus de délivrance d'un visa de long séjour à M. D G C, Mme B C, M. D E C, Mme A C et M. D H C.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. D G C, Mme B C, M. D E C, Mme A C et M. D H C les visas de long séjour sollicités. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de leur faire délivrer ces visas dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. L'Etat étant partie perdante dans le cadre de la présente instance, Me Guilbaud, avocate des requérants, peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Guilbaud de la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 21 décembre 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. D G C, Mme B C, M. D E C, Mme A C et M. D H C les visas de long séjour sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Guilbaud une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que celle-ci renonce à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D G C, à Mme B C, à M. D E C, à Mme A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Chatal, conseillère,
Mme Fessard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026