lundi 27 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2300604 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | GAURY |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11 janvier, 5 avril, 20 avril et
30 juin 2023 sous le n° 2300604, Mme A D, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de C D, représentée par Me Paul-Marie Gaury, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision née le 14 décembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision des autorités consulaires françaises à Alger (Algérie) refusant de délivrer à l'enfant C D un visa d'établissement en qualité de visiteur, a implicitement refusé de délivrer le visa sollicité ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des informations communiquées pour justifier de l'objet et des conditions du séjour, dès lors qu'il est de l'intérêt supérieur du demandeur de vivre auprès d'elle et qu'elle dispose de conditions matérielles d'accueil suffisantes ;
- le motif tiré du caractère frauduleux de l'acte de recueil légal est entaché d'une erreur d'appréciation, dès lors que celui-ci a fait l'objet d'un jugement d'exequatur rendu par le tribunal judiciaire de Paris le 28 juin 2023, le rendant ainsi exécutoire sur le territoire français et permettant de démontrer le lien familial avec le demandeur de visa ;
- le motif tiré de ce que l'intérêt supérieur de l'enfant serait de demeurer dans son pays de résidence est entaché d'une erreur de droit ;
- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés et doit être regardé comme sollicitant une substitution de motifs.
II. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11 janvier, 5 avril, 12 avril, 20 avril et 30 juin 2023 sous le n° 2300612, Mme A D, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de B D, représentée par Me Paul-Marie Gaury, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision née le 14 décembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision des autorités consulaires françaises à Alger (Algérie) refusant de délivrer à l'enfant B D un visa d'établissement en qualité de visiteuse, a implicitement refusé de délivrer le visa sollicité ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des informations communiquées pour justifier de l'objet et des conditions du séjour, dès lors qu'il est de l'intérêt supérieur de la demandeuse de vivre auprès d'elle et qu'elle dispose de conditions matérielles d'accueil suffisantes ;
- le motif tiré du caractère frauduleux de l'acte de recueil légal est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que celui-ci a fait l'objet d'un jugement d'exequatur rendu par le tribunal judiciaire de Paris le 28 juin 2023, le rendant ainsi exécutoire sur le territoire français et permettant de démontrer le lien familial avec la demandeuse de visa ;
- le motif tiré de ce que l'intérêt supérieur de l'enfant serait de demeurer dans son pays de résidence est entaché d'une erreur de droit ;
- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 avril 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés et doit être regardé comme sollicitant une substitution de motifs.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 novembre 2023 :
- le rapport de M. Templier, rapporteur ;
- les conclusions de M. Barès, rapporteur public ;
- et les observations de Me Juliane Gaury, substituant Me Paul-Marie Gaury, avocat de la requérante.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2300604 et n° 2300612 sont relatives à une même famille et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Par des actes dits de " kafala " établis les 9 et 16 mars 2022 par la présidente de la section des affaires familiales du Tribunal de Tizi-Ouzou (Algérie), Mme D, ressortissante franco-algérienne, s'est vu confier les jeunes C D et B D, ses neveu et nièce, respectivement nés les 8 mai 2006 et 27 décembre 2007. Des demandes de visas d'établissement ont, en conséquence, été déposées à ce titre auprès de l'autorité consulaire française à Alger (Algérie), laquelle a opposé des refus. Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre ces refus consulaires, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a refusé de délivrer les visas sollicités par une décision née le 14 décembre 2022, dont la requérante demande l'annulation au tribunal.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Il ressort des indications figurant dans l'accusé de réception adressé par la commission à la requérante que la décision attaquée doit être regardée comme étant fondée sur les mêmes motifs que les décisions consulaires auxquelles elle s'est substituée, à savoir : " Les informations communiquées pour justifier les conditions du séjour envisagé sont incomplètes et/ou ne sont pas fiables ".
4. Aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". L'intérêt d'un enfant est en principe de vivre auprès de la personne qui, en vertu d'une décision de justice qui produit des effets juridiques en France, est titulaire à son égard de l'autorité parentale. Ainsi, dans le cas où un visa d'entrée et de long séjour en France est sollicité en vue de permettre à un enfant de rejoindre un ressortissant français qui a reçu délégation de l'autorité parentale dans les conditions qui viennent d'être indiquées, ce visa ne peut en règle générale, eu égard notamment aux stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant, être refusé pour un motif tiré de ce que l'intérêt de l'enfant serait au contraire de demeurer auprès de ses parents ou d'autres membres de sa famille. En revanche et sous réserve de ne pas porter une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, l'autorité chargée de la délivrance des visas peut se fonder, pour rejeter la demande dont elle est saisie, non seulement sur l'atteinte à l'ordre public qui pourrait résulter de l'accès de l'enfant au territoire national, mais aussi sur le motif tiré de ce que les conditions d'accueil de celui-ci en France seraient, compte tenu notamment des ressources et des conditions de logement du titulaire de l'autorité parentale, contraires à son intérêt.
5. Il ressort des pièces du dossier que les jeunes C D et B D, respectivement âgés de seize et quatorze ans à la date de la décision attaquée, ont été confiés à leur tante, Mme A D, par des actes dits de " kafala " établis les 9 et 16 mars 2022 par la présidente de la section des affaires familiales du Tribunal de Tizi-Ouzou. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que Mme D et son époux ont perçu, pour l'année 2021, des revenus annuels de 84 373 euros pour un foyer fiscal ne comptant que deux personnes. La requérante établit ainsi sa capacité financière à accueillir les demandeurs de visas et justifie également, par la production d'un acte de propriété daté du 19 février 2020, disposer d'un appartement doté de quatre pièces, dans lequel elle est en mesure d'accueillir les jeunes C et B D. Par suite, Mme D est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît l'intérêt supérieur des intéressés, protégé par le premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
6. Toutefois, l'administration peut, notamment en première instance, faire valoir devant les juges de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors aux juges, après avoir mis à même la partie ayant introduit le recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, ils peuvent procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas la partie requérante d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
7. Pour justifier de la légalité de la décision attaquée, le ministre de l'intérieur et des outre-mer fait valoir dans son mémoire en défense, communiqué à Mme D, d'une part, que les actes de kafala présentent un caractère frauduleux ne permettant pas d'établir le lien familial entre les demandeurs de visas et la requérante, et, d'autre part, que l'intérêt supérieur des enfants C et B D serait de demeurer en Algérie.
8. Il incombe aux autorités administratives françaises de tenir compte des jugements rendus par un tribunal étranger relativement à l'état et à la capacité des personnes sauf à ce qu'ils aient fait l'objet d'une déclaration d'inopposabilité, laquelle ne peut être prononcée que par le juge judiciaire, ou, à établir l'existence d'une fraude ou d'une situation contraire à la conception française de l'ordre public international.
9. D'une part, il ressort des pièces du dossier que les décisions de kafala ont fait l'objet de jugements d'exequatur rendus le 28 juin 2023 par le Tribunal judiciaire de Paris, lequel les a déclarées exemptes de fraude à la loi et exécutoires sur l'ensemble du territoire français. Dès lors, le ministre ne saurait utilement critiquer la valeur probante de ces décisions, en se bornant à faire valoir que celle concernant le jeune C comporterait des incohérences de dates. D'autre part, si le ministre de l'intérieur et des outre-mer fait valoir que l'intérêt supérieur des demandeurs de visas serait de demeurer en Algérie, ceux-ci ont été confiés à la requérante par actes de kafala judiciaire. Dans ces conditions, eu égard au cadre juridique rappelé au point 4 du présent jugement, le ministre n'est pas fondé à soutenir que l'intérêt supérieur des enfants C et B D serait de demeurer dans leur pays de résidence. Par suite, la substitution de motifs sollicitée par le ministre ne saurait être accueillie.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que des visas d'établissement soient délivrés à C D et à B D. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer les visas sollicités dans un délai de deux mois à compter de sa notification.
Sur les frais d'instance :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros à verser à Mme D en application des dispositions de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 14 décembre 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à C D et à B D les visas d'établissements sollicités, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme D la somme de 500 (cinq cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 6 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Le Barbier, présidente,
M. Tavernier, conseiller,
M. Templier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2023.
Le rapporteur,
P. TEMPLIER
La présidente,
M. LE BARBIER
La greffière,
S. LE DUFF
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos 2300604, 230061
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026