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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2300624

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2300624

mercredi 8 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2300624
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSELARL LEXCAP ANGERS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête d'une maison familiale rurale (MFR) qui contestait une décision préfectorale lui réclamant le remboursement de subventions pour des heures de formation considérées comme non réalisées. Le tribunal a jugé que le contrôle administratif, fondé sur les articles L. 6361-1 et suivants du code du travail, était régulier et que l'administration avait établi de manière suffisante le caractère incomplet des justificatifs de réalisation des formations. La décision préfectorale de mise à charge d'une somme de 111 453,71 euros est donc confirmée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 janvier 2023 et 3 octobre 2025, la maison familiale rurale d’éducation et d’orientation (MFR) la Pignerie, représentée par Me Meunier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler la décision n°2022/DREETS/09 du 14 novembre 2022 par laquelle le préfet de la région des Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique a mis à sa charge une somme de 111 453, 71 euros à verser au Trésor Public, au titre des remboursements non effectués correspondant aux heures de formation considérées comme non réalisées et de prononcer la décharge de cette somme ;

2°) à titre subsidiaire, de prononcer la décharge des sommes dues au titre de la période postérieure au 3 décembre 2019 et de limiter le montant dû à la somme de 89 043, 04 euros ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, de prononcer la décharge à hauteur de 3 924, 85 euros correspondant au montant des avoirs/remboursement déjà effectués ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- il n’est pas établi que le signataire de la décision attaquée avait compétence pour la signer
;
- la décision attaquée est entachée d’une erreur d’appréciation et d’une erreur de droit dès lors que les actions de formation opérées au bénéfice des élèves du BTS ESF ont été effectuées, que la production des feuilles d’émargement n’est plus une obligation et que les dossiers individuels des étudiants sont complets ;
- elle est entachée d’une erreur de droit dès lors que le préfet ne pouvait pas légalement imposer un remboursement intégral des sommes, qu’il ne pouvait pas réclamer le remboursement des formations postérieures au 3 décembre 2019, que l’indu doit être proportionnel à l’inexécution et que le coût des formations dispensées et facturées sur la période antérieure au 3 décembre 2019 s’élève à 89 043,04 euros ;
- la MFR La Pignerie a déjà procédé au remboursement de la somme de 3 924, 85 euros au titre d’« avoirs Covid », somme qui ne saurait lui être réclamée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 octobre 2023 et le 23 octobre 2025, le préfet de la région des Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la maison familiale rurale d’éducation et d’orientation la Pignerie ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Guillemin,
- les conclusions de M. Cormier, rapporteur public,
- les observations de Me Brulay, substituant Me Meunier, représentant la maison familiale rurale d’éducation et d’orientation la Pignerie ;
- et les observations de Mme A..., représentant la préfecture de la région des Pays de la Loire et de la Loire-Atlantique.


Considérant ce qui suit :


La maison familiale rurale d’éducation et d’orientation la Pignerie située à LAVAL (53) est spécialisée dans le secteur d’activité de l’enseignement secondaire technique ou professionnel. La formation de brevet de technicien supérieur « économie sociale et familiale » (BTS ESF), objet du contrôle, a été proposée par l’établissement à partir de la rentrée de septembre 2017. En application des article L. 6361-2 et suivant du code du travail, cet organisme de formation a fait l’objet d’un contrôle administratif et financier sur pièces et sur place les 3 et 12 décembre 2019 par les agents de la direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DREETS) des Pays de la Loire. L’administration a notifié le 6 janvier 2021 à la MFR La Pignerie son rapport de contrôle et l’a invitée à présenter ses observations écrites et, le cas échéant, à présenter une demande d’audition. Par une lettre du 14 janvier 2021, la MFR la Pignerie a présenté des observations écrites contestant les conclusions du rapport de contrôle. A l’issue de ce contrôle, le préfet de la région des Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique a, par une décision du 19 juillet 2022, mis à la charge de la MFR la Pignerie le versement au Trésor public, sur le fondement de l’article L. 6362-7-1 du code du travail, de la somme de 111 453,71 euros, correspondant aux heures de formation BTS ESF facturées mais non réalisées sur les exercices comptables des années 2017, 2018 et 2019 et dont le remboursement aux cocontractants n’a pas été effectué. Conformément à l’article R. 6362-6 du code du travail, la MFR La Pignerie a saisi le préfet d’un recours préalable contre cette décision. Par une décision du 14 novembre 2022, dont la MFR La Pignerie demande l’annulation, le préfet a rejeté le recours administratif préalable obligatoire contre la décision initiale.

Sur les conclusions aux fins d’annulation et de décharge :

D’une part, aux termes de l’article L. 6361-1 du code du travail, dans sa version applicable au litige : « L'Etat exerce un contrôle administratif et financier, dans les conditions prévues au présent titre, sur les actions prévues à l'article L. 6313-1 conduites par les employeurs lorsqu'elles sont financées par l'Etat, les collectivités territoriales, la Caisse des dépôts et consignations, Pôle emploi ou les opérateurs de compétences ainsi que sur le respect des obligations mentionnées à l'article L. 6323-13. ». Aux termes de l’article L. 6361-3 du même code : « Le contrôle administratif et financier des dépenses et activités porte sur l'ensemble des moyens financiers, techniques et pédagogiques, à l'exclusion des qualités pédagogiques, mis en œuvre pour la formation professionnelle. Ce contrôle peut porter sur tout ou partie de l'activité, des actions de formation ou des dépenses de l'organisme (…) ».

D’autre part, les dispositions de l’article R. 6332-26 de ce code, dans leur version applicable à la date du contrôle disposent : « I. - Les opérateurs de compétences s'assurent de l'exécution des actions de formation mentionnées à l'article L. 6313-1 dans le cadre d'un contrôle de service fait. / II.- Le contrôle mentionné au I s'effectue au regard des pièces justificatives définies par un arrêté du ministre chargé de la formation professionnelle. En cas d'anomalie constatée dans l'exécution d'une action mentionnée aux 1° à 3° de l'article L. 6313-1, l'opérateur de compétences peut demander à l'organisme prestataire de formation ou à l'employeur tout document complémentaire nécessaire pour s'assurer de la réalité de l'action qu'il finance et de sa conformité aux dispositions légales, réglementaires et conventionnelles. / III.- Lorsque le prestataire de formation ou l'employeur ne fournissent pas l'ensemble des pièces prévues ou demandées en application du II, l'opérateur de compétences ne prend pas en charge les dépenses liées aux actions définies à l'article L. 6313-1 (…) ». L’article D. 6353-4 dudit code précise, dans sa version applicable à compter du 1er janvier 2019 : « Le contrôle de service fait, prévu au II de l'article R. 6332-26 du code du travail, relatif à la réalisation des actions mentionnées à l'article L. 6313-1 de ce code est effectué, à partir des pièces transmises lors de la demande de prise en charge, de l'accord de financement de l'opérateur de compétences et des seuls éléments suivants: 1° Les factures relatives à la prestation réalisée lorsque l'action est dispensée par un organisme mentionné à l'article L. 6351-1du code du travail; /2° Les relevés de dépenses supportées par l'employeur précisant les montants des frais pédagogiques, des rémunérations et des frais annexes dont la prise en charge, pour tout ou partie, a été demandée et accordée, accompagnés des pièces comptables permettant d'établir ces montants. /3° Un certificat de réalisation établi par le dispensateur de l'action. Sont prises en compte pour le contrôle de service fait, les informations relatives à la réalisation de l'action transmises par l'employeur et la personne qui suit cette action notamment dans le cadre d'enquêtes de suivi menées par l'opérateur de compétences. ». Dans sa version antérieure, applicable du 1er avril 2017 au 1er janvier 2019, l’article D. 6353-4 du même code prévoyait : « L'assiduité du stagiaire contribue à justifier de l'exécution de l'action de formation. Pour établir l'assiduité d'un stagiaire, sont pris en compte : /1° Les états de présence émargés par le stagiaire ou tous documents et données établissant sa participation effective à la formation ; / 2° Les documents ou données relatifs à l'accompagnement et à l'assistance du bénéficiaire par le dispensateur de la formation ; /3° Les comptes rendus de positionnement et les évaluations organisées par le dispensateur de la formation qui jalonnent ou terminent la formation ; / 4° Pour les séquences de formation ouvertes ou à distance, les justificatifs permettant d'attester de la réalisation des travaux exigés en application des dispositions du 1° de l'article L. 6353-1. ».

Enfin, l’article L. 6354-1 du même code dispose que : « En cas d'inexécution totale ou partielle d'une prestation de formation, l'organisme prestataire rembourse au cocontractant les sommes indûment perçues de ce fait ». Aux termes de l’article L. 6362-7-1 du même code : « En cas de contrôle, les remboursements mentionnés aux articles L. 6362-4 et L. 6362-6 interviennent dans le délai fixé à l’intéressé pour faire valoir ses observations. / A défaut, l’intéressé verse au Trésor public, par décision de l’autorité administrative, une somme équivalente aux remboursements non effectués ».

D’une part, il résulte de ses dispositions, dans leurs versions successivement en vigueur depuis le 1er avril 2017 que le paiement des frais de formation pris en charge par les organismes collecteurs paritaires s’effectue après exécution des prestations de formation et sur production de pièces justificatives, qui ont été listées, à compter du 1er avril 2017, par l’article D. 6353-4 du code du travail. Au nombre de ces pièces figurent, outre les états de présence émargés par le stagiaire, tous documents et données établissant sa participation effective à la formation, les documents ou données relatifs à l’accompagnement et à l’assistance du bénéficiaire par le dispensateur de la formation, les comptes rendus de positionnement et les évaluations organisées par le dispensateur de la formation qui jalonnent ou terminent la formation ainsi que, le cas échéant, les justificatifs permettant d’attester de la réalisation des travaux exigés. Il résulte également des dispositions de l’article R. 6332-26 de ce code puis du second alinéa de l’article R. 6332-25 du même code, dans leurs versions successivement en vigueur en 2017, que la copie de ces états d’émargement, puis, plus généralement celle de l’ensemble des documents cités ci-dessus, peut être exigée par les organismes collecteurs paritaires agréés et par les agents de contrôle des services de la direction régionale compétente. D’autre part, il résulte également de ces dispositions et de celles de l’article L. 6362-6 dudit code qu’il appartient à l’administration d’apprécier, au regard des pièces produites par l’organisme de formation, sur lequel pèse ainsi la charge de la preuve, et sous le contrôle du juge, la réalité des activités conduites en matière de formation professionnelle continue. La seule circonstance que de tels documents ne soient produits que postérieurement au contrôle ne suffit pas à les écarter comme dépourvus de valeur probante.

Pour mettre à la charge de la MFR la Pignerie la somme de 111 453, 71 euros au titre des remboursements non effectués correspondant aux heures de formation non justifiées comme ayant été réalisées, le préfet de région des Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique, a constaté l’absence totale d’émargement permettant d’établir la réalisation effective de l’action de formation pour toutes les périodes antérieures au 3 décembre 2019 et des incohérences en matière de durée de formation en centre. Il a également considéré qu’à l’issue du contrôle administratif et financier sur pièces et sur place que l’absence de tout nouvel élément administratif et/ou comptable attestant la réalité des facturations opérées par l’organisme de formation et des produits perçus par celui-ci n’a pas permis de lever les incohérences entre les éléments relevés lors du contrôle sur place et les allégations de l’organisme de formation.

Toutefois, il résulte de l’instruction que la MFR la Pignerie, qui ne conteste pas avoir omis d’établir des feuilles d’émargement sur la période antérieure au 3 décembre 2019, a produit dans le cadre de l’instance, de nombreux documents complémentaires visant à établir la réalisation des formations BTS EFS en 2017, 2018 et 2019. Ces formations, dont le tarif oscille entre 2 730 euros et 22 929, 18 euros en fonction des financeurs, se déroulent sur deux années. Pour les exercices litigieux 2017, 2018 et 2019, l’organisme de formation produit les cahiers de liaisons et/ou livrets scolaires des étudiants, les plannings de cours au sein de l’établissement, les relevés de notes personnalisés pour chaque étudiant, renseignés par les professeurs, les conventions de stage en alternance accompagnées des bilans individuels de chaque stagiaire. S’agissant de la prise en charge financière des formations dispensées, la MFR verse également les factures adressées aux parents des étudiants ainsi que les pièces relatives au financement type Uniformation / Fongecif. Enfin, la requérante produit des attestations non-stéréotypées émanant des étudiants concernés, qui affirment avoir suivi les enseignements et stages. Au surplus, outre les justificatifs d’inscription des étudiants aux épreuves du BTS EFS, la MFR produit neuf copies de diplômes obtenus par les étudiants des promotions visées par le contrôle. Sur la base de ces éléments, la réalisation des formations litigieuses doit donc être tenue pour établie.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que la MFR La Pignerie est fondée à demander l’annulation de la décision du 14 novembre 2022 du préfet de la Région Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique et par voie de conséquence à obtenir la décharge des sommes que la DREETS a estimé indument perçues par elle, à hauteur d’un montant total de 111 453, 71 euros.

Sur les frais d’instance :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 1 500 euros au bénéfice de la MFR La Pignerie au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



D E C I D E :



Article 1er : La décision du 14 novembre 2022 du préfet de la Région des Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique est annulée.

Article 2 : La maison familiale rurale d’éducation et d’orientation la Pignerie est déchargée du paiement de la somme de 111 453, 71 euros.

Article 3 : L’Etat versera la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à la maison familiale rurale d’éducation et d’orientation la Pignerie en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la maison familiale rurale d’éducation et d’orientation la Pignerie et au ministre du travail et des solidarités.

Copie en sera adressée au préfet de la région des Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique.




Délibéré après l'audience du 9 mars 2026, à laquelle siégeaient :

M. Penhoat, président,
Mme Guillemin, première conseillère,
M. Bernard, conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2026.


La rapporteure,

F. Guillemin

Le président,

Penhoat

La greffière,


A. Voisin


La République mande et ordonne au ministre du travail et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,



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