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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2300722

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2300722

lundi 10 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2300722
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantWERBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 janvier 2023, Mme A B, représentée par Me Werba, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 juillet 2022 par laquelle l'autorité consulaire française à Dacca (Bangladesh) a refusé de lui délivrer un visa de long séjour en qualité d'étudiante ;

2°) d'ordonner la production de l'entier dossier par l'administration ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

- la décision consulaire est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de ses conditions matérielles de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la cohérence et du sérieux de son projet d'études.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés et doit être regardé comme sollicitant une substitution de motifs.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Tavernier a été entendu au cours de l'audience publique du 19 juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante bangladaise née le 31 janvier 1984, a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour en qualité d'étudiante auprès de l'autorité consulaire française à Dacca (Bangladesh), laquelle a rejeté sa demande. Le recours formé contre cette décision de refus devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été rejeté par une décision implicite née le 13 novembre 2022, laquelle, en application des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est substituée à la décision de l'autorité consulaire. La requérante doit, donc, être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision implicite de la commission.

2. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, la décision de la commission s'est substituée à la décision consulaire. En conséquence, le moyen relatif au vice propre de la décision consulaire tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme inopérant.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée n'aurait pas été précédée d'un examen de la situation de la demandeuse.

4. En quatrième lieu, le point 2.1 de l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019, intitulé " L'étranger doit justifier qu'il a été admis dans un établissement d'enseignement supérieur pour y suivre un cycle d'études ", indique notamment : " Il présente () au dossier de demande de visa un certificat d'admission dans un établissement en France. ". Cette même instruction, en son point 2.2 intitulé " L'étranger doit justifier qu'il disposera de ressources suffisantes pour couvrir ses frais d'études ", indique : " L'étranger doit apporter la preuve qu'il dispose de moyens d'existence suffisants pour la durée de validité du visa de long séjour pour études. Ces ressources doivent être équivalentes, pour l'ensemble de la période concernée, au moins au montant de l'allocation d'entretien mensuelle de base versée, au titre de l'année universitaire écoulée, aux boursiers du Gouvernement français, soit 615 euros en 2019. ". Le point 2.3 de ladite instruction, intitulé " L'étranger doit communiquer à l'autorité consulaire une adresse en France, même provisoire ", prévoit que : " L'étranger produit au dossier de demande de visa un document attestant de son adresse en France (qu'il s'agisse d'une réservation d'hôtel pour les premiers jours de son séjour, d'une attestation d'un proche qui s'engage à l'héberger, d'une réservation dans une résidence universitaire ou d'un contrat de bail) ou, à défaut, un courrier expliquant la manière dont il envisage de se loger () Par la suite, l'étudiant ne devra communiquer une adresse pérenne qu'au moment de la validation de son VLS-TS ou lors de sa demande de titre de séjour en préfecture ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la requérante justifie de ressources suffisantes au sens des dispositions 2.2 de l'instruction interministérielle susmentionnée dès lors, notamment, qu'elle produit un acte notarié du 20 juillet 2022 faisant état de ce que l'intéressée dispose d'une épargne supérieure à 20 000 euros. Par ailleurs, en produisant un justificatif de réservation d'un logement en résidence universitaire à Orléans, la requérante remplit la condition prévue par le point 2.3 de l'instruction interministérielle précitée. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de fait.

6. Toutefois, l'administration peut, notamment en première instance, faire valoir devant les juges de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors aux juges, après avoir mis à même la partie ayant introduit le recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, ils et elles peuvent procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas la partie requérante d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

7. Pour justifier de la légalité de la décision attaquée, le ministre de l'intérieur et des outre-mer fait valoir en défense qu'il existe un risque de détournement de l'objet du visa sollicité à d'autres fins, notamment migratoires.

8. Le point 2.4 de l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études précitée, intitulé " Autres vérifications par l'autorité consulaire " indique que cette dernière " () peut opposer un refus s'il existe des éléments suffisamment probants et des motifs sérieux permettant d'établir que le demandeur séjournera en France à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande un visa pour études. ". Ainsi, l'autorité administrative peut, le cas échéant, et sous le contrôle des juges de l'excès de pouvoir restreint à l'erreur manifeste, rejeter la demande de visa de long séjour pour effectuer des études en se fondant sur le défaut de caractère sérieux et cohérent des études envisagées, de nature à révéler que l'intéressée sollicite ce visa à d'autres fins que son projet d'études.

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, titulaire d'un " Master of arts " en anglais obtenu en 2008 à l'université de Jagannath (Bangladesh), a été admise en première année de master en " langues étrangères appliquées, parcours langues, affaires et management européen " au sein de l'UFR " lettres, langues et sciences humaines " de l'université d'Orléans (Loiret), au titre de l'année académique 2022/2023. Si dans la lettre de motivation produite à l'appui de sa demande de visa, l'intéressée soutient vouloir revenir au terme de la formation susmentionnée au sein de la maison d'édition qui l'emploie depuis 2015, dès lors que celle-ci pourrait prochainement entrer sur le marché international, elle explique, dans le même temps, que l'obtention du master envisagé lui permettra de candidater à de nombreux postes à dimension internationale voire de s'engager dans la voie de l'entreprenariat. Elle indique, par ailleurs, dans ce courrier vouloir obtenir un doctorat dans un futur proche. Alors que le service de coopération et d'action culturelle (SCAC) a relevé, dans son avis, les difficultés de l'intéressée à expliquer clairement ses projets à l'issue du master envisagé, de telles explications sont de nature à remettre en cause la cohérence et le sérieux du projet d'études de la requérante. Le motif invoqué par le ministre est, ainsi, de nature à fonder légalement la décision attaquée. Par suite, il y a lieu de procéder à la substitution de motifs demandée par le ministre, laquelle ne prive la requérante d'aucune garantie.

10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner à l'administration la production de l'entier dossier, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

Mme Louazel, conseillère,

M. Tavernier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2023.

Le rapporteur,

T. TAVERNIER

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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