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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2300872

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2300872

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2300872
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantROULLEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 janvier 2023, M. C, représenté par Me Roulleau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision de refus de séjour a été signée par une autorité compétente ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision d'obligation de quitter le territoire français méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 mars 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Milin, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant angolais né en 1984, est selon ses déclarations entré irrégulièrement en France le 16 février 2014. A la suite du rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la cour nationale du droit d'asile, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français du 24 mai 2016. Après une première demande d'admission exceptionnelle au séjour formée le 8 mars 2021 mais non complétée et implicitement rejetée par le préfet de Maine-et-Loire, M. B a de nouveau sollicité de ce préfet la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 décembre 2022, dont il demande l'annulation, le préfet a rejeté cette demande et assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, laquelle obligation fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai.

2. La décision attaquée a été signée par Mme Magali Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire. Par un arrêté du 31 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Maine-et-Loire et librement accessible au public, le préfet de Maine-et-Loire lui a accordé délégation à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de Maine-et-Loire ", à l'exception de certains actes limitativement énumérés au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant les délais de départ volontaire, fixant le pays de destination. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait. L'absence de visa de l'arrêté du 31 août 2022 est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.

3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14./(). ".

4. Si M. B était, à la date de la décision attaquée, présent en France depuis huit ans, il a fait l'objet dès le 24 mai 2016 d'une mesure d'éloignement, à laquelle il n'a pas déféré, et s'est maintenu sur le territoire français sans solliciter la régularisation de sa situation, à l'exception d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour du 8 mars 2021 non complétée par ses soins. Si son fils A, né en 2006, réside en France et y est scolarisé depuis le 17 avril 2014, il n'est pas établi que l'enfant ne pourrait poursuivre sa scolarité en Angola, ni que l'interruption momentanée de sa scolarité, compte tenu de la réussite de celle-ci, lui porterait significativement préjudice. Par ailleurs, si le jeune A fait l'objet depuis son entrée en France d'un suivi de son état dépressif, par le biais d'entretiens réguliers avec des professionnels de santé mentale, cette circonstance ne constitue pas un motif exceptionnel de nature à justifier l'admission exceptionnelle au séjour de son père, lequel n'a d'ailleurs jamais sollicité de titre de séjour en qualité de parent d'un enfant malade sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, si le requérant soutient, à son sujet, qu'il " souffre de troubles psychiques majeurs ", il n'apporte en tout état de cause aucune justification à l'appui de ses allégations. S'agissant de son intégration professionnelle, M. B, qui ne fait pas valoir son niveau d'études, ou ses qualifications professionnelles, et qui indique simplement avoir suivi un atelier de rénovation d'appartement au sein d'une association, ne justifie d'aucune expérience professionnelle ni d'aucune perspective professionnelle, et ce alors qu'il se prévaut de sa durée de résidence en France. Enfin, ni la maîtrise de la langue française par M. B, ni son inscription en qualité de bénévole auprès d'une association caritative ne constituent de motifs exceptionnels ou relèvent de considérations humanitaires justifiant l'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé. Il suit de là que la situation de M. B ne se caractérise pas par des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels qui justifieraient son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ". Si le requérant soutient que les " troubles psychiques majeurs " dont il souffrirait font obstacle à son éloignement, il n'apporte comme il a été dit aucune justification à l'appui de ses allégations et n'a d'ailleurs jamais sollicité de titre de séjour en raison de son état de santé. M. B ne peut utilement se prévaloir de l'état de santé de son fils mineur, qui ne fait pas l'objet de l'obligation de quitter le territoire français en litige. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé du jeune A ferait l'objet d'une prise en charge spécifique, notamment médicamenteuse, en France, l'état dépressif dont il est atteint étant pris en charge par le biais d'entretiens auprès de professionnels de santé mentale. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B aux fins d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte et sa demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me Roulleau et au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

La rapporteure,

C. MILINLe président,

A. DURUP DE BALEINE

La greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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