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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2301048

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2301048

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2301048
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSELARL LELONG DUCLOS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 22 janvier 2023, le 24 février 2023 et le 20 mars 2023, Mme A C B, représentée par Me Lelong, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 19 décembre 2022 par lesquelles le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire à titre principal de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de dix jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa demande en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour le temps du réexamen sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- il n'est pas établi que la signataire de l'arrêté était compétente à défaut de rapporter la preuve d'une délégation de signature suffisamment précise et de la publicité de la délégation ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle ; sa vie commune avec son compagnon ne peut se résumer à la vie sur le territoire français, mais doit prendre en compte leur vie commune en Angleterre où ils ont vécu et travaillé ensemble ;

- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 10 de l'accord de retrait conclu entre l'Union européenne et le Royaume Uni, combinées avec les dispositions de l'article 3 § 2 de la directive 2004/38/C.E ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision doit être annulée en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision porte une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale ;

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation compte tenu de son projet commun avec son compagnon autour du cheval de course ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- la décision doit être annulée en raison de l'annulation du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête de Mme B.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,

- les observations de Me Lelong, représentant Mme B,

- et les observations de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C B, ressortissante britannique née en août 1997, est entrée en France en juillet 2021. Elle a demandé en mars 2022 la délivrance d'une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " en raison du pacte civil de solidarité (PACS) conclu avec un ressortissant français. Par des décisions du 19 décembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté cette demande, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office. Mme B demande au tribunal d'annuler les décisions du 19 décembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

3. Il ressort des très nombreuses pièces produites au dossier, dont des témoignages variés concordants, que Mme B a rencontré en 2017 son compagnon, ressortissant français, qui travaillait dans les courses de chevaux en Angleterre. Si la date exacte du début de la relation stable du couple ne ressort pas des pièces du dossier, notamment du fait d'incertitudes concernant l'année 2018, la relation est néanmoins établie par de nombreuses pièces, photographies et témoignages concordantes, au début de l'année 2019, année au cours de laquelle le couple intervient à plusieurs reprises sur les hippodromes anglais et pendant l'été au cours duquel Mme B a été présentée à la famille et aux amis en France de son compagnon, le couple étant parti en vacances à l'été 2019 avec la famille du compagnon de la requérante en Espagne. Par ailleurs il ressort des pièces du dossier qu'après le retour en France en 2021 du compagnon de Mme B, le couple a acquis, en septembre 2021, à parts égales, un haras situé en France dans le département de Maine-et-Loire, haras dans lequel le couple a débuté une activité professionnelle et où les deux jeunes gens résident ensemble selon l'attestation du maire de la commune. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le couple a conclu un pacte civil de solidarité le 25 février 2022. Dès lors, la réalité et la stabilité de la relation entre Mme B et son compagnon de nationalité française, avec lequel elle mène une activité professionnelle de haras, sont établies depuis au moins l'année 2019. Dans ces conditions, compte tenu de ses attaches privées et matérielles en France, Mme B est fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de Maine-et-Loire a porté une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale et a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation du refus de séjour du 19 décembre 2022, ainsi par voie de conséquence que l'annulation des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de Maine-et-Loire de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans un délai qu'il y a lieu de fixer à un mois. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions du 19 décembre 2022 par lesquelles le préfet de Maine-et-Loire a refusé de délivrer à Mme B un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B et au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

R. HANNOYER

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2301048

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