mardi 13 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2301067 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | OQTF 6 semaines - 1ère chambre |
| Avocat requérant | LIETAVOVA |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2300227 du 20 janvier 2023, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Nantes le dossier de la requête de M. B.
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 janvier 2023 et le 11 janvier 2023, M. A B demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de réexaminer sa situation.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- l'obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;
- elle méconnaît le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les décisions attaquées procèdent d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant est méconnu ;
- le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégal en conséquence ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en conséquence ;
- l'interdiction de retour est illégale en conséquence.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 11 janvier 2023 et le 9 février 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mai 2023.
Vu :
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le traité sur l'Union européenne ;
- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Durup de Baleine, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Durup de Baleine, président,
- les observations de Me Lietavova, avocate de M. B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par l'arrêté du 9 janvier 2023 dont M. A B, ressortissant algérien né en 1996, demande l'annulation, le préfet d'Indre-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination en cas d'éloignement d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans.
2. Par un arrêté du 2 janvier 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture d'Indre-et-Loire, le préfet d'Indre-et-Loire a donné délégation à Mme Séghier, secrétaire générale de cette préfecture, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer un arrêté d'une telle nature, en toutes les décisions qu'il comporte. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire doit être écarté.
3. L'arrêté attaqué comporte l'indication des raisons de droit comme de fait pour lesquelles son auteur a décidé de faire obligation au requérant de quitter le territoire français comme de ne pas lui accorder à cet effet un délai de départ volontaire, ce dont résulte que ces décisions sont régulièrement motivées. Cet arrêté, qui vise notamment les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, énonce que le requérant est connu sous plusieurs identités et nationalités déclarées, constate qu'il déclare être M. A B, ressortissant algérien née le 16 mars 1996 de nationalité algérienne et constate également qu'il lui est fait obligation de quitter le territoire français. Il en résulte que la décision fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office est, de ce seul fait, régulièrement motivée.
4. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Ce droit implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
5. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'occasion de son audition le 9 janvier 2023 par un officier de police judiciaire à Tours, M. B a été entendu sur l'irrégularité de son séjour sur le territoire français. Ce faisant, il a été mis à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur sa situation de séjour et les raisons qui seraient susceptibles que l'autorité compétence s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il a, à cette occasion, fait état d'éléments se rapportant à sa situation personnelle le cas échéant susceptibles de justifier une telle abstention. Il en résulte qu'il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière en raison d'une méconnaissance du droit d'être entendu.
6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Il en résulte qu'il se trouve dans le cas prévu au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lequel l'autorité administrative peut obliger l'étranger à quitter le territoire français.
7. Il ressort des pièces du dossier que, le 2 novembre 2022, le requérant a, à Saumur, reconnu une enfant née dans cette commune le 23 juin 2022, enfant de nationalité française dont la mère est une ressortissante française née en 2000 et résidant dans cette commune. Toutefois, le requérant n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de cette enfant, qu'il a reconnue plus de quatre mois après la naissance, dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de ladite enfant, le 23 juin 2022, en se bornant à produire quelques tickets de caisse. S'il a présenté le 23 mai 2023 une demande de titre de séjour, cette circonstance est, toutefois, postérieure à l'arrêté attaqué et, par suite, sans influence sur sa légalité. Il en résulte qu'il n'est pas fondé à soutenir que les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, selon lesquelles ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français " l'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ", faisaient obstacle à ce qu'il lui soit fait obligation de quitter le territoire français.
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Si le requérant allègue séjourner en France depuis l'année 2014, il n'établit pas la date de son entrée sur le territoire français, sur lequel, depuis cette entrée, irrégulière, il séjourne irrégulièrement ni, par suite, l'ancienneté de ce séjour. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui est connu selon plusieurs identités et nationalités déclarées, a fait l'objet, le 31 mars 2020, d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour pendant trois ans et, le 1er janvier 2021, de décisions de mêmes natures, auxquelles il n'a pas déféré. Il avait également fait l'objet, le 31 mars 2020, d'une mesure d'assignation à résidence, dont il n'a pas observé les modalités. Si le requérant, qui est célibataire, se prévaut d'un concubinage avec la mère de l'enfant née à Saumur le 23 juin 2022, le concubinage allégué est, en tout état de cause, très récent et il n'est pas justifié de la réalité d'une communauté de vie habituelle avec cette ressortissante française et cette enfant. Il n'est pas davantage justifié d'un " mariage religieux " avec cette ressortissante française. Le requérant ne justifie pas d'une participation effective et habituelle à la garde, à l'entretien et à l'éducation de cette enfant qu'il a reconnue le 2 novembre 2022, plus de quatre mois après sa naissance. Il ne justifie pas de ressources ni d'une insertion particulière dans la société française, ni d'attaches personnelles, notamment familiales, intenses, anciennes et stables en France, alors même qu'il prêterait un concours bénévole à des associations. En outre, il ressort également des pièces du dossier que, le 23 mai 2018, le tribunal correctionnel de Tours l'a condamné à une peine d'emprisonnement en répression de faits de vol et violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité, et que, le 1er avril 2020, cette même juridiction l'a condamné à une peine d'emprisonnement en répression de faits de vol en réunion, récidive, outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique sans incapacité et rébellion. Par ailleurs et le 14 octobre 2018, il a fait l'objet d'un placement en détention provisoire en raison de faits de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt et par un jugement du 1er avril 2021, le tribunal correctionnel de Tours l'a condamné à une peine d'emprisonnement en répression de faits d'usage illicite de stupéfiants et de vol. Il ressort encore du dossier que, le 25 novembre 2021, il avait été interpellé en raison de faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours sur " conjoint ", ce dernier étant la mère de l'enfant née à Saumur le 23 juin 2022. Eu égard à la nature et à la gravité de ces divers faits, qui ne sont pas anciens et qui sont réitérés, comme aux répressions pénales dont ils ont fait l'objet, le préfet d'Indre-et-Loire a pu légalement et sans erreur d'appréciation estimer que le comportement du requérant constitue une menace pour l'ordre public, de sorte que la situation de l'intéressé relève également des prévisions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lequel l'autorité administrative peut, de même, obliger l'étranger à quitter le territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant serait sans attaches personnelles, notamment familiales, dans le pays dont il est le ressortissant. Dès lors et compte tenu de l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, le préfet d'Indre-et-Loire, qui a examiné de manière complète la situation de l'intéressé, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il lui a fait obligation de quitter le territoire français. Il en résulte que cette obligation, qui n'est pas entachée d'une erreur dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Aux termes de des stipulations de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant vivrait de manière habituelle avec l'enfant née à Saumur le 23 juin 2022 et qu'il a reconnue le 2 novembre 2022. Il ne justifie pas d'une participation effective à la garde, à l'entretien ou à l'éducation de cette enfant. Par suite, l'arrêté attaqué n'est pas propre à priver cette enfant de la présence d'une personne qui en assurerait habituellement la garde, l'entretien ou l'éducation. Il n'en ressort pas davantage qu'une absence, même prolongée, du requérant du territoire français exposerait cette enfant à un risque particulier pour sa santé, sa sécurité, sa moralité ou son éducation, alors, en outre, qu'il n'en ressort également pas que la mère de l'enfant, accompagnée de cette dernière, ne pourrait se rendre dans le pays dont le requérant est le ressortissant à l'effet de lui y rendre visite et d'y séjourner avec lui. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
12. Compte tenu de ce qui a été dit au point 9 ci-dessus, le préfet d'Indre-et-Loire a pu légalement estimer que le comportement du requérant constitue une menace pour l'ordre public et, pour cette raison et par une exacte application des dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et s'est soustrait à l'exécution de précédentes mesures d'éloignement. Par ailleurs, il est dépourvu de document d'identité et de voyage et, s'il a déclaré le 9 janvier 2023 vivre habituellement à Tours, a également déclaré être sans domicile fixe. S'il a aussi déclaré être domicilié à Saumur, à une adresse qui est celle de la mère de l'enfant née dans cette ville le 23 juin 2022, il ne justifie toutefois disposer d'une résidence stable et habituelle à cette adresse, de sorte qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. En outre, il s'est présenté, lors de son audition le 9 janvier 2023, sous deux identités et nationalités successives. Il en résulte qu'en l'absence de circonstance particulière, c'est par une exacte application des dispositions, d'une part, des 1°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, du 3° de l'article L. 612-2 de ce code, que le préfet a estimé qu'il existe un risque que l'intéressé se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Pour cette raison également, cette autorité a pu, sans commettre d'illégalité, notamment sans erreur d'appréciation, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.
13. Il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le refus de lui accorder un délai de départ volontaire est illégal en raison de l'illégalité de cette décision.
14. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon ce dernier : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
15. Il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant la destination en cas d'éloignement d'office est illégale en raison de l'illégalité de cette obligation.
16. Contrairement à ce qui est soutenu et pour les raisons énoncées aux points 9 et 11 du présent jugement, la décision fixant le pays de destination ne méconnaît les stipulations, ni de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.
17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ". En outre, l'article L. 613-2 de ce code dispose : " () les décisions d'interdiction de retour () sont motivées. ".
18. L'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. L'autorité compétente doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
19. L'arrêté attaqué, qui vise et cite l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait en constituant le fondement. Cet énoncé atteste de la prise en compte de l'ensemble des critères prévus par la loi, notamment la circonstance selon laquelle la présence du requérant en France constitue une menace pour l'ordre public, l'arrêté attaqué indiquant les raisons pour lesquelles cette présence doit, selon le préfet, être regardée comme une telle menace. Le requérant peut, à la seule lecture de cet arrêté, connaître les motifs pour lesquels ce préfet a décidé de l'interdire de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Il en résulte que cette décision est régulièrement motivée.
20. En l'absence de circonstances humanitaires et dès lors que le requérant fait légalement l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, c'est par une exacte application de l'article L. 612-6 précité que le préfet d'Indre-et-Loire a assorti cette obligation d'une interdiction de retour sur le territoire français.
21. La présence du requérant sur le territoire français constitue, compte tenu des nombreuses infractions qu'il y a commises, de la nature de ces infractions, de leurs caractères réitéré et récent, des condamnations pénales dont il a fait l'objet et de son comportement délibéré, alors qu'il est connu sous sept identités et trois nationalités différentes, à l'effet de dissimuler son identité et sa nationalité, une menace particulière pour l'ordre public. Il n'a pas déféré aux mesures d'éloignement dont il a fait l'objet en 2020 et 2021, sans justifier de l'impossibilité dans laquelle il se serait trouvé de quitter le territoire français et n'a pas davantage respecté l'obligation de présentation aux services de police que lui imposait l'assignation à résidence dont il avait fait l'objet le 31 mars 2020. Entré irrégulièrement en France, en 2014 ou en 2015 selon ses déclarations, il s'y est depuis continûment maintenu irrégulièrement, sans présenter ni chercher à présenter une demande de titre de séjour. Alors même qu'il a reconnu l'enfant née à Saumur le 23 juin 2022, il ne justifie pas de liens personnels anciens et stables sur le territoire français, notamment pas avec cette enfant, reconnue moins de deux mois avant l'intervention de l'arrêté attaqué. Par suite et compte tenu de ces éléments, le préfet d'Indre-et-Loire n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur ce territoire, durée qui n'est pas disproportionnée à la situation particulière du requérant. Cette interdiction de retour ayant été légalement prononcée, c'est à bon droit qu'elle emporte le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen rappelé à l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
22. Compte tenu de ce qui a été quant à la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant d'accorder un délai de départ, le requérant n'est pas fondé à soutenir que celle lui faisant interdiction de retour sur ce territoire pendant trois ans est illégale en raison de l'illégalité de cette décision.
23. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Les conclusions à fin d'injonction qu'il présente ne peuvent, par suite, être accueillies.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet d'Indre-et-Loire et à Me Lietavova.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.
Le magistrat désigné,
A. DURUP DE BALEINELa greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026