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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2301334

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2301334

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2301334
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMAIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2023 sous le n°2313345, M. H C, représenté par Me Neraudau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a décidé son transfert aux autorités croates pour l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 700 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée a été signée par une autorité compétente ;

- il n'est pas établi que la décision a été régulièrement notifiée par un agent habilité et dans une langue comprise par l'intéressée ;

- la décision est insuffisamment motivée notamment en ce qu'elle ne précise, ni le critère de détermination de l'Etat responsable ni le type de saisine effectuée, et ne fait pas état de sa vulnérabilité ;

- il n'est pas établi qu'il a reçu, dès le début de la procédure ou en temps utile, par écrit dans une langue qu'il comprend ou oralement par l'intermédiaire d'un interprète, les informations relatives à la procédure d'asile en violation de l'article 4 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013, ni que l'entretien individuel prévu à l'article 5 de ce règlement a été mené, dans une langue qu'il comprend, par une personne qualifiée et dans des conditions de nature à respecter l'exigence de confidentialité ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen au regard de l'article 3 § 2 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il existe des raisons de croire à des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil en Croatie ;

- même en l'absence de défaillances systémiques, elle est entachée d'un défaut d'examen au regard de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des mauvais traitements qu'il a subis en Croatie et qu'il risque de subir en cas de retour et du risque par ricochet en cas de renvoi en Russie ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet et actualisé de sa situation personnelle quant à sa vulnérabilité et à son état de santé ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 § 1 et 2 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'elle ne prend pas en compte le respect de sa vie familiale dès lors qu'il est aidé et soutenu en France par la mère et les sœurs de son épouse, et par son beau-frère, sa vulnérabilité et l'absence de garantie en cas de transfert vers la Croatie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 septembre 2023.

II. Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2023, Mme I E et M. H C, représentés par Me Neraudau, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a décidé le transfert de Mme E aux autorités croates pour l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de délivrer à Mme E une attestation de demande d'asile en procédure normale et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les meilleurs délais ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à leur conseil de la somme de 1 700 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée a été signée par une autorité compétente ;

- il n'est pas établi que la décision a été régulièrement notifiée par un agent habilité et dans une langue comprise par Mme E ;

- la décision est insuffisamment motivée notamment en ce qu'elle ne précise, ni le critère de détermination de l'Etat responsable ni le type de saisine effectuée, et ne fait pas état de sa vulnérabilité ;

- il n'est pas établi que Mme E a reçu, dès le début de la procédure ou en temps utile, par écrit dans une langue qu'elle comprend ou oralement par l'intermédiaire d'un interprète, les informations relatives à la procédure d'asile en violation de l'article 4 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013, ni que l'entretien individuel prévu à l'article 5 de ce règlement a été mené, dans une langue qu'elle comprend, par une personne qualifiée et dans des conditions de nature à respecter l'exigence de confidentialité ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen au regard de l'article 3 § 2 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il existe des raisons de croire à des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil en Croatie ;

- même en l'absence de défaillances systémiques, elle est entachée d'un défaut d'examen au regard de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des mauvais traitements que Mme E a subis en Croatie et qu'elle risque de subir en cas de retour et du risque par ricochet en cas de renvoi en Russie ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet et actualisé de sa situation personnelle quant à sa vulnérabilité et à son état de santé ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 § 1 et 2 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'elle ne prend pas en compte le respect de sa vie familiale dès lors qu'elle est aidée et soutenue en France par sa mère et ses sœurs, et par son beau-frère, sa vulnérabilité et l'absence de garantie en cas de transfert vers la Croatie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 septembre 2023.

III. Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2023 sous le n°2313347, Mme A D, représentée par Me Neraudau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a décidé son transfert aux autorités croates pour l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 700 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée a été signée par une autorité compétente ;

- il n'est pas établi que la décision a été régulièrement notifiée par un agent habilité et dans une langue comprise par l'intéressée ;

- la décision est insuffisamment motivée notamment en ce qu'elle ne précise, ni le critère de détermination de l'Etat responsable ni le type de saisine effectuée, et ne fait pas état de sa vulnérabilité ;

- il n'est pas établi qu'elle a reçu, dès le début de la procédure ou en temps utile, par écrit dans une langue qu'elle comprend ou oralement par l'intermédiaire d'un interprète, les informations relatives à la procédure d'asile en violation de l'article 4 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013, ni que l'entretien individuel prévu à l'article 5 de ce règlement a été mené, dans une langue qu'elle comprend, par une personne qualifiée et dans des conditions de nature à respecter l'exigence de confidentialité ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen au regard de l'article 3 § 2 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il existe des raisons de croire à des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil en Croatie ;

- même en l'absence de défaillances systémiques, elle est entachée d'un défaut d'examen au regard de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des mauvais traitements qu'elle a subis en Croatie et qu'elle risque de subir en cas de retour et du risque par ricochet en cas de renvoi en Russie ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet et actualisé de sa situation personnelle quant à sa vulnérabilité et à son état de santé ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 § 1 et 2 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'elle ne prend pas en compte le respect de sa vie familiale dès lors qu'elle est aidée et soutenue en France par sa grand-mère et ses tantes maternelles, et son oncle, sa vulnérabilité et l'absence de garantie en cas de transfert vers la Croatie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 septembre 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le règlement européen (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Neraudau, représentant M. C, Mme E et Mme D, qui développe le contenu de ses écritures et soulève un nouveau moyen tiré du défaut d'examen dont sont entachées les décisions au regard de l'article 17 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013, et demande au tribunal d'écarter, en application des dispositions de l'article L.121-1 du code de la fonction publique, et de l'article L.741-2 du code de justice administrative, le passage figurant dans les mémoires en défense, émettant l'hypothèse que le discours tenu par les requérants concernant les conditions dans lesquelles ils ont été pris en charge ait été " soufflé " ; l'accord donné par la Croatie a été rendu sur le fondement de l'article 20 5. du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013, considérant ainsi que la demande d'asile des requérants a été retirée, ce qui ne correspond pas à la réalité ; cette circonstance est de nature à fonder leurs craintes en cas de transfert ;

- les explications de Mme F et de sa sœur, assistées de Mme G, interprète,

Le préfet de Maine-et-Loire n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes enregistrées sous les n° 2313345, 2313346 et 2313347 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. M. C, Mme E et Mme D, ressortissants russes d'origine tchétchène, sont entrés en France le 11 juillet 2023 et ont sollicité la reconnaissance du statut de réfugié. La consultation du fichier Eurodac ayant révélé que leurs empreintes digitales avaient été enregistrées en Croatie, le préfet de Maine-et-Loire a saisi les autorités croates d'une demande de prise en charge le 25 juillet 2023. Les autorités croates ont fait connaître leur accord explicite le 8 août 2023. Par leurs requêtes, M. C, Mme E et Mme D demandent au tribunal d'annuler les arrêtés par lesquels le préfet de Maine-et-Loire a décidé leur transfert aux autorités croates.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ". Il résulte de ces dispositions que si une demande d'asile est examinée par un seul Etat membre et qu'en principe cet Etat est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par le chapitre III du règlement, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 dudit règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un Etat membre. Cette faculté laissée à chaque Etat membre est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C, Mme E et Mme D, après être entrés en France, ont rejoint à Nantes la mère, les deux sœurs et le frère de Mme E qui résident régulièrement sur le territoire français, soit en qualité de bénéficiaires de la protection subsidiaire en ce qui concerne la mère et les deux sœurs de la requérante précitée soit en qualité de demandeur d'asile en ce qui concerne son frère. Ce frère, et l'une des sœurs de Mme E étaient présents à l'audience, et ont attesté que la famille était désormais hébergée par l'autre sœur installée à Nantes. Les pièces d'identité de la mère, des sœurs et du frère de Mme E sont produites, et en se bornant à émettre un doute sur la réalité du lien familial les réunissant, le préfet de Maine-et-Loire ne le conteste pas sérieusement. Dans ces conditions et dans les circonstances très particulières de l'espèce, le préfet de Maine-et-Loire, en ne faisant pas usage de la faculté d'instruire en France la demande d'asile de M. C, Mme E et Mme D, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement visé ci-dessus du 26 juin 2013.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. C, Mme E et Mme D sont fondés à demander l'annulation des arrêtés du 11 août 2023 portant transfert aux autorités croates.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, l'exécution de ce dernier implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de Maine-et-Loire d'enregistrer la demande d'asile de M. C, Mme E et Mme D en procédure normale et de leur délivrer une attestation de demande d'asile. Il y a lieu d'enjoindre à ce préfet d'y procéder dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. M. C, Mme E et Mme D ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, leur avocate peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Néraudau de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du 11 août 2023 par lesquels le préfet de Maine-et-Loire a décidé le transfert de M. C, Mme E et Mme D aux autorités croates sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire d'enregistrer la demande d'asile présentée par M. C, Mme E et Mme D en procédure normale et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : L'Etat versera à Me Néraudau, la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. H C, Mme I E et Mme A D, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Emmanuelle Néraudau.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

La magistrate désignée,

V. BLa greffière d'audience,

G. Peigné

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N° 2313345-2313346-2313347

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