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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2301498

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2301498

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2301498
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantKERAVEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 janvier 2023, M. G E et Mme C E, agissant tant en leur nom personnel qu'en qualité de représentants des enfants mineures D, B et A, représentés par Me Keravec, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours préalable formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Téhéran (Iran) rejetant la demande de visa d'entrée et de séjour présentée pour Mme C E et les enfants D, B et A E, au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée n'est pas motivée et n'a pas été précédée d'un examen particulier de leur situation ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen collégial par la commission ;

- les documents produits ne sont pas frauduleux et les erreurs qui les entachaient ont été rectifiées par le ministère des affaires étrangères afghan ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme E ne sont pas fondés.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Douet a été entendu au cours de l'audience publique du 1er septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant afghan, s'est vu reconnaitre le bénéfice de la protection subsidiaire le 21 septembre 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Des demandes de visas au titre de la réunification des membres de famille de bénéficiaire de la protection subsidiaire ont été déposées auprès des autorités consulaires françaises à Téhéran pour Mme C E, et les jeunes D, B et A E, qui se présentent comme l'épouse et les enfants de M. E. Après le rejet de cette demande par l'autorité consulaire, M. E a formé un recours devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, réceptionné le 29 septembre 2022. Par une décision implicite à laquelle s'est substituée une décision en date du 26 janvier 2023, la commission a rejeté ce recours. Les conclusions des requérants doivent être dirigées vers cette dernière décision.

2. En premier lieu, pour rejeter la demande de visas, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur l'absence de preuve de l'identité et du lien familial des demandeurs de visas avec la personne protégée subsidiaire. Après avoir visé les articles L. 561-2 à L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a retenu que l'identité des demandeuses n'était pas établie, compte tenu des divergences entre les passeports et les actes d'état civil produits à l'appui de la demande de visa, que la production de tels documents relevait d'une intention frauduleuse et que, par ailleurs, aucun élément probant de possession d'état n'établissait le lien familial allégué. La motivation de la décision comporte ainsi, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui la fondent. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait.

3. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'absence de réunion de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France dans une composition régulière, conforme aux dispositions des articles D. 312-3 et D. 312-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile manque en fait.

4. En troisième lieu et, d'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : ()3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. ". Aux termes de l'article L. 561-5 du même code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux ".

5. Le droit pour les réfugiés et titulaires de la protection subsidiaire de faire venir auprès d'eux leur conjoint et leurs enfants âgés de moins de dix-neuf ans implique que ceux-ci puissent solliciter et, sous réserve de motifs d'ordre public et à condition que leur lien de parenté soit établi, obtenir un visa d'entrée et de long séjour en France.

6. D'autre part, l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

7. Il ressort des pièces du dossier que les passeports produits par les demandeurs mentionnent des noms, prénoms et dates de naissance différents de ceux mentionnés sur les pièces d'état-civil. L'épouse alléguée de M. E est, selon le passeport délivré le 23 octobre 2016, dénommée Mme C F et serait née le 12 septembre 1989 alors que la tazkera produite par la demandeuse indique le nom C E, née le 16 mars 1991. De même, les passeports des trois enfants, délivrés le 17 décembre 2017, mentionnent que les enfants D, B et A ont pour nom Hazazboz et seraient nées respectivement le 26 mai 2009, le 26 mai 2010, et le 26 mai 2014 alors que la traduction des tazkeras des demandeuses indique que leur nom de famille est E et qu'elles sont nées respectivement le 22 juillet 2011, le 14 octobre 2012, et le 9 octobre 2014. Les requérants se bornent à soutenir que les passeports ont été " rectifiés " par l'administration afghane. Il ressort des pièces du dossier qu'une mention a été apposée dans les pages intérieures de chacun des passeports, assortie d'un tampon qui se présente comme celui du ministère des affaires étrangères afghans. Cependant, ce tampon, qui n'est accompagné d'aucune date, ne permet pas d'établir que les différents documents présentés aux autorités consulaires justifiaient de l'identité des demandeuses de visas et de leur lien avec M. E. Par ailleurs, les photographies produites au dossier et les rares transferts d'argent adressés à un tiers et postérieurs à la demande de visas sont insuffisants pour établir l'identité et le lien familial allégué des demandeuses. Dans ces conditions, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a fait une exacte application des dispositions rappelées au point 4.

8. Faute pour les requérants d'établir le lien familial allégué avec le bénéficiaire de la protection subsidiaire, ainsi qu'il vient d'être dit, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ne peuvent qu'être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G E, à Mme C E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Chatal, conseillère,

M. Ravaut, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

La présidente-rapporteure,

H. DOUET

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

A. CHATAL

La greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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