mardi 9 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2301515 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | ROULLEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 janvier 2023, M. A E et Mme B C, agissant tant en leurs noms personnels qu'en qualité de représentants légaux de leurs enfants mineurs D, F et G E, représentés par Me Roulleau, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre les décisions du 23 août 2022 de l'autorité consulaire française à Conakry (Guinée) refusant à Mme C et aux enfants mineurs D, F et G E la délivrance de visas d'entrée et de long séjour demandés au titre de la réunification familiale en qualité de membres de la famille d'un réfugié ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au profit de Me Roulleau, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761 1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le lien familial entre les demandeurs de visas et le réunifiant est établi tant par les actes d'état civil produits que par les éléments de possession d'état dont il est justifié ;
- elle méconnaît la recommandation B de l'acte final de la conférence de plénipotentiaires des Nations Unies sur le statut des réfugiés et apatrides et de la convention de Genève ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles des articles 3-1, 9 et 10 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur qui n'a pas produit de mémoire en défense.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Roncière a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A E, ressortissant guinéen né le 1er janvier 1992, s'est vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision du 16 décembre 2019 de la Cour nationale du droit d'asile. Mme B C, ressortissante guinéenne née le 1er janvier 1995, qu'il présente comme son épouse, et les jeunes D, F et G, qu'il présente comme leurs enfants, ont sollicité, le 1er février 2021, la délivrance de visas d'entrée et de long séjour en qualité de membres de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire auprès de l'autorité consulaire française à Conakry (Guinée). Par des décisions du 23 août 2022, cette autorité a refusé de délivrer les visas demandés. Par une décision implicite née le 14 janvier 2023, dont les requérants demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter le recours dont elle a été saisie, la commission de recours s'est fondée sur les motifs tirés d'une part, de la circonstance que les demandeurs de visas n'ont pas justifié de leur identité et de leur situation familiale et d'autre part, de ce que leurs déclarations conduisent à conclure à une tentative frauduleuse pour obtenir des visas au titre de la réunification familiale.
3. D'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. / Si le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire est un mineur non marié, il peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint par ses ascendants directs au premier degré, accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective. / L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. ". Aux termes de l'article L. 561-5 de ce même code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis () peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. () ".
4. Le droit pour les réfugiés et titulaires de la protection subsidiaire de faire venir auprès d'eux leur conjoint et leurs enfants âgés de moins de dix-neuf ans implique que ceux-ci puissent solliciter et, sous réserve de motifs d'ordre public et à condition que leur lien familial soit établi, obtenir un visa d'entrée et de long séjour en France.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
6. Par ailleurs, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.
En ce qui concerne les jeunes D, F et G E :
7. Pour justifier des identités des enfants D, F et G E, ainsi que de leur lien de filiation avec M. E, les requérants ont produit les copies des jugements supplétifs tenant lieu d'acte de naissance, rendus le 21 septembre 2020 par le tribunal de paix de Gaoual (Guinée) et les copies des " extraits du registre de l'état civil " dressés le 1er octobre 2020 par l'officier de l'état civil de la commune de Gaoual, faisant état des naissances de D, le 7 juin 2007, de F, le 10 juin 2013 et de G, le 2 décembre 2017, ainsi que du lien de filiation les unissant à M. A E et à Mme B C. En outre, ils versent également aux débats des passeports établis le 15 avril 2021 par les autorités guinéennes portant les mêmes mentions d'identité.
8. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, en l'absence de mémoire en défense, que les déclarations des demandeurs de visas permettraient de conclure à une tentative frauduleuse pour obtenir des visas au titre de la réunification familiale.
9. Il suit de là qu'en se fondant, pour rejeter le recours dont elle était saisie, sur les motifs énoncés au point 2, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a commis une erreur d'appréciation.
En ce qui concerne Mme C :
10. Les requérants versent aux débats un " extrait de registre d'état civil " dressé le 1er octobre 2020 par l'officier de l'état civil de la commune de Gaoual sur transcription d'un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance, rendu le 21 septembre 2020 par le tribunal de paix de Gaoual (Guinée) et un passeport, établi le 12 avril 2021 par les autorités guinéennes, mentionnant la date de naissance de Mme C au 1er janvier 1995. Ils produisent également un " extrait de registre d'état civil portant la mention mariage " dressé le 30 août 2021 par l'officier de l'état civil de la commune de Gaoual sur transcription d'un jugement supplétif tenant lieu d'acte de mariage, rendu le 6 août 2021 par le tribunal de première instance de Koundara (Guinée) mentionnant que le mariage entre M. E et Mme C a été célébré le 12 novembre 2005 à Touba-Gaoual. Il ressort de ces mêmes pièces qu'outre le mariage susmentionné, les requérants déclarent être les parents de trois enfants, à savoir les jeunes D, né le 7 juin 2007, F, née le 10 juin 2013 et de G, né le 2 décembre 2017, dont les demandes de visas ont été rejetées. M. E est par ailleurs resté en contact régulier avec Mme C depuis son arrivée en France ainsi qu'en attestent les copies d'appels et de transferts d'argent produits. Dans ces conditions, à même supposer que la qualité de conjointe ne puisse être reconnue à Mme C, compte tenu notamment de ce que les démarches effectuées auprès des autorités judiciaires guinéennes en vue de l'enregistrement du mariage n'ont été entreprises qu'en 2020, postérieurement à l'admission de M. E au bénéfice de la protection subsidiaire, les requérants démontrent l'existence d'une relation suffisamment stable et continue entre eux avant le dépôt par M. E de sa demande d'asile, le 14 mai 2018. Ainsi, la qualité de concubine au sens des dispositions du 2° du I de l'article L 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être reconnue à Mme C.
11. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que les déclarations de Mme C permettraient de conclure à une tentative frauduleuse pour obtenir un visa au titre de la réunification familiale.
12. Dès lors, en rejetant le recours de Mme C pour les motifs énoncés au point 2, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a commis une erreur d'appréciation.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. E et Mme C sont fondés à demander l'annulation de la décision contestée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance des visas sollicités à Mme C et aux jeunes D, F et G E, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
15. M. E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Roulleau renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : La décision implicite née le 14 janvier 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Roulleau une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, Mme B C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Roulleau
Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Besse, président,
Mme Roncière, première conseillère,
Mme Dubus, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024
La rapporteure,
M.-A. RONCIERE
Le président,
P. BESSE
La greffière,
B. BRIAND
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026