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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2301535

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2301535

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2301535
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantAVI KASSI 1

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Avi Kassi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte-d'Ivoire) refusant de lui délivrer un visa de court séjour pour visite touristique ;

2°) d'enjoindre au ministre des affaires étrangères et au consulat de France à Abidjan de délivrer le visa sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la compétence de la signataire de la décision consulaire n'est pas établie ;

- la décision de la commission est dépourvue de motivation ;

- la décision est dépourvue de base légale ;

- les motifs de la décision sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 août 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés ;

- la décision de refus de visa est également justifiée par l'insuffisance de ressources du demandeur.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;

- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Chatal, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant ivoirien né en 1980, soutient vouloir effectuer un séjour touristique en France pendant ses congés annuels. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte-d'Ivoire) refusant de lui délivrer un visa de court séjour pour tourisme, reçu par la commission le 3 octobre 2022.

Sur les conclusions principales :

2. Le moyen tiré du vice d'incompétence entachant la décision consulaire est sans incidence sur la légalité de la décision de la commission et doit être écarté comme inopérant.

3. Si le demandeur a été averti par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France que, dans le cas où l'absence de réponse expresse de la commission dans un délai de deux mois ferait naître une décision implicite de rejet de son recours, celui-ci serait réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision de refus de visa contestée, la décision implicite de la commission doit être regardée comme s'étant effectivement approprié ces motifs. En l'espèce, l'accusé de réception du recours formé contre la décision de refus de visa litigieuse comporte cette mention. La décision implicite de la commission doit donc être regardée comme s'étant approprié le motif opposé par l'autorité consulaire française à Abidjan à savoir les motifs tirés, d'une part de l'absence de fiabilité des informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, et d'autre part l'existence de doutes raisonnables quant à la volonté du demandeur de visa de quitter le territoire français avant l'expiration du visa sollicité. Il s'ensuit qu'il y a lieu d'écarter le moyen de la requête tiré du défaut de motivation de la décision attaquée.

4. Aux termes de l'article 6 du règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) : " 1. Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours, ce qui implique d'examiner la période de 180 jours précédant chaque jour de séjour, les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes : () c) justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, et disposer de moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans leur pays d'origine ou le transit vers un pays tiers dans lequel leur admission est garantie, ou être en mesure d'acquérir légalement ces moyens ; () 4. L'appréciation des moyens de subsistance se fait en fonction de la durée et de l'objet du séjour et par référence aux prix moyens en matière d'hébergement et de nourriture dans l'État membre ou les États membres concernés, pour un logement à prix modéré, multipliés par le nombre de jours de séjour. () / L'appréciation des moyens de subsistance suffisants peut se fonder sur la possession d'argent liquide, de chèques de voyage et de cartes de crédit par le ressortissant de pays tiers. Les déclarations de prise en charge, lorsqu'elles sont prévues par le droit national, et les lettres de garantie telles que définies par le droit national, dans le cas des ressortissants de pays tiers logés chez l'habitant, peuvent aussi constituer une preuve de moyens de subsistance suffisants. " Aux termes de l'article 14 du règlement n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas : " 1. Lorsqu'il introduit une demande de visa uniforme, le demandeur présente les documents suivants : () d) des informations permettant d'apprécier sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l'expiration du visa demandé. ". Aux termes de l'article 32 du règlement (CE) n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas : " 1. Sans préjudice de l'article 25, paragraphe 1, le visa est refusé : / a) si le demandeur : () ii) ne fournit pas de justification quant à l'objet et aux conditions du séjour envisagé, () iii) ne fournit pas la preuve qu'il dispose de moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans son pays d'origine ou de résidence, ou pour le transit vers un pays tiers dans lequel son admission est garantie, ou n'est pas en mesure d'acquérir légalement ces moyens, () / b) s'il existe des doutes raisonnables sur l'authenticité des documents justificatifs présentés par le demandeur ou sur la véracité de leur contenu, sur la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l'expiration du visa demandé. ".

5. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la décision de l'administration n'est pas dépourvue de base légale.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a sollicité un visa de court séjour pour visite touristique pour la période du 12 août au 4 septembre 2022, qu'il a réservé des billets d'avion entre Abidjan et Paris pour un séjour du 7 au 18 août 2022 et a réservé des nuits d'hôtel à Lourdes sur la même période. Contrairement à ce que fait valoir le ministre en défense, la circonstance que l'attestation de réservation émise par l'établissement hôtelier ne mentionne pas un règlement anticipé des nuits d'hôtel ne permet pas de considérer comme non fiables les informations communiquées sur les conditions de séjour du demandeur. Dans ces conditions, le requérant est bien fondé à soutenir que le motif de la décision tiré de l'absence de fiabilité des informations communiquées pour justifier de l'objet et de ses conditions de séjour est entaché d'erreur d'appréciation.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A exerce le métier d'inspecteur des impôts à la direction générale des impôts du ministère du budget et du portefeuille de l'Etat de la Côte-d'Ivoire pour lequel il perçoit une rémunération mensuelle d'environ 220 580 francs CFA, soit environ 340 euros, nettement supérieure au revenu moyen en Côte-d'Ivoire. Le requérant est dès lors bien fondé à soutenir qu'en retenant l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires, la commission a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

8. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

9. En l'espèce, le ministre fait valoir que la décision de refus de visa est justifiée par l'insuffisance des ressources du demandeur pour financer le séjour envisagé. Ainsi qu'il a été dit au point 7 le requérant perçoit un salaire équivalent à environ 340 euros, mais ne justifie pas d'autres revenus. Dans ces conditions, et dès lors que l'attestation de réservation d'un hôtel en France jointe à la requête ne constitue pas une preuve du paiement des nuits d'hôtel, le requérant ne justifie pas disposer des ressources nécessaires au financement de son séjour en France. Il résulte de l'instruction que la commission aurait pris la même décision en se fondant sur le motif tiré de l'insuffisance des ressources du demandeur de visa. La substitution de ce motif aux motifs initiaux n'ayant pas pour effet de priver de priver le demandeur d'une garantie, il y a lieu d'accueillir la demande de substitution de motif soulevée en défense.

10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement confirmé le refus de visa opposé à M. A.

Sur les conclusions accessoires :

11. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte, ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Chatal, conseillère,

M. Ravaut, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2023.

La rapporteure,

A. CHATALLa présidente,

H. DOUETLa greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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