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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2301538

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2301538

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2301538
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 3ème chambre
Avocat requérantPAUGAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire complémentaire et un mémoire, enregistrés le 31 janvier 2023, le 13 février 2023 et le 6 juin 2023, Mme A B, représentée par Me Paugam, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été mis en œuvre ;

- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors que ses filles aînées se sont vues remettre une attestation de demande d'asile en cours d'examen, de sorte qu'elle peut prétendre elle-même au maintien sur le territoire français ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation et a donc commis une erreur manifeste d'appréciation, compte tenu de la présence en France de ses quatre enfants scolarisés dont deux ont présenté une demande d'asile ;

- la mesure d'éloignement méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne le pays de destination :

- cette décision est illégale car fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été mis en œuvre ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.721-4 du CESEDA et des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des Droits de l'Homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au non-lieu à statuer sur la requête.

Il fait valoir qu'il a retiré, le 25 mai 2023, l'arrêté attaqué.

Le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à Mme B par décision du 14 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Degommier, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique du 6 juin 2023 à 11h30, le rapport de M. Degommier, magistrat désigné.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () /4o La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3o ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

2. La demande d'asile de Mme A B, ressortissante ivoirienne, née le 3 mai 1996, entrée en France le 15 février 2019, a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 25 mars 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 23 novembre 2021. Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique, en application du 4° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré.

3. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 25 mai 2023, le préfet de la Loire-Atlantique a retiré l'arrêté précité en date du 12 janvier 2023. La légalité de cette mesure de retrait n'est pas contestée dans le cadre de la présente instance. Dans ces conditions, les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées par Mme B sont devenues sans objet.

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de mettre à la charge de l'Etat, à ce titre, le versement d'une somme de 800 euros à Me Paugam, avocate de Mme B, bénéficiaire de l'aide juridictionnelle totale, sous réserve de la renonciation de Me Paugam à percevoir la part contributive de l'Etat.

D E C I D E:

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête de Mme B.

Article 2 : L'État versera à Me Paugam une somme de 800 (huit cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Paugam renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Paugam et au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

Le magistrat désigné,

S. DEGOMMIER La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme.

La greffière,

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