mardi 5 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2301593 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | DANET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 1er février, 29 août et 31 octobre 2023, M. F A Engozo'o, agissant en son nom propre et en qualité de représentant légal des enfants mineurs J C D A, E G A et B I A, représenté par Me Danet, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 7 septembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre les décisions de l'autorité consulaire française à Yaoundé (Cameroun) du 22 avril 2022 refusant aux jeunes J C D A, E G A et B I A la délivrance de visas de long séjour au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à titre principal, de délivrer les visas demandés dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, subsidiairement, de réexaminer la demande dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation tant au regard des documents produits que des éléments de possession d'état qui établissent la filiation du réunifiant avec les demandeurs de visa ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- M. J C D A et à Mme E G A sont arrivés en France.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 juin 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête en tant qu'elles concernent le refus de visa opposé aux enfants J C D A et E G A et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que :
- l'instruction de délivrance de visas aux enfants J C D A et E G A a été donnée en cours d'instance au poste consulaire ;
- les moyens dirigés contre la décision de la commission en tant qu'elle confirme le refus de visa opposé à l'enfant B Na'ah A sont dépourvus de fondement.
M. A Engozo'o a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25%) par une décision du 27 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Dubus,
- et les observations de Me Danet, représentant M. A Engozo'o.
Considérant ce qui suit :
1. M. A Engozo'o, ressortissant camerounais, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision du 3 septembre 2018. Les jeunes J C D A, E G A et B I A, qu'il présente comme ses enfants, ont déposé une demande de visa de long séjour auprès de l'autorité consulaire française à Yaoundé (Cameroun), en qualité de membres de la famille d'un réfugié. Par décisions du 22 avril 2022, cette autorité a refusé de délivrer les visas demandés. Par une décision implicite née le 7 septembre 2022, dont M. A Engozo'o demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.
Sur l'étendue du litige :
2. Le requérant doit être regardé comme s'étant désisté, dans son mémoire du 29 août 2023, de ses conclusions à fin d'annulation de la décision du 22 avril 2022 et d'injonction en tant qu'elles concernent M. J C D A et Mme E G A. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ". Aux termes de l'article L. 561-5 de ce même code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis () peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. () ".
4. La circonstance qu'une demande de visa de long séjour ait pour objet le rapprochement familial des enfants d'une personne admise à la qualité de réfugié ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative refuse la délivrance du visa sollicité en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir la réalité du lien de filiation produits à l'appui des demandes de visa.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
6. Il ressort du mémoire en défense que, pour rejeter la demande de visa de long séjour présentée par la jeune B Na'ah A, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur l'absence de caractère authentique de l'acte de naissance produit pour établir le lien de filiation entre la demandeuse de visa et le réunifiant.
7. A l'appui de sa demande de visa, Mme B Na'ah A a produit un acte de naissance établi le 26 septembre 2015 par l'officier d'état civil de la commune de Yaoundé qui indique qu'elle est la fille de M. F A Engozo'o. Si le ministre de l'intérieur et des outre-mer oppose le caractère apocryphe de cet acte d'état civil au motif qu'il y est indiqué que le père de l'enfant a déclaré cette naissance, alors que ce dernier indique dans sa requête avoir ignoré l'existence de cet enfant jusqu'en 2020, cette seule circonstance n'est pas de nature à remettre en cause les éléments essentiels relatifs à l'identité et au lien de filiation mentionnés par cet acte de naissance Au demeurant, le requérant produit dans la présente instance un jugement du tribunal de grande instance de Mfoundi-Yaoundé du 10 avril 2013 ordonnant la reconstitution de l'acte de naissance de la jeune B Na'ah A quant à la personne ayant effectué la déclaration, et désignant la mère de l'enfant à la place du père. En outre, ce jugement désigne également M. F A Engozo'o comme étant le père de la jeune B Na'ah A. Au surplus, si le requérant n'a pas déclaré cet enfant à l'office français de protection des réfugiés et apatrides, il souligne n'avoir eu connaissance de sa naissance qu'en 2020, ce qui est cohérent avec son récit d'asile produit dans la présente instance. Cette absence de déclaration n'est au demeurant pas de nature à remettre en cause le lien de filiation établi par l'acte de naissance et le jugement produits. Dans ces conditions, en estimant, pour rejeter le recours dont elle était saisie, que les documents d'état civil présentés par le requérant n'étaient pas authentiques, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a commis une erreur d'appréciation. Par suite, la décision attaquée doit être annulée en tant qu'elle concerne la jeune B Na'ah A.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
8. Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu, implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme B Na'ah A le visa de long séjour demandé dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
9. M. A Engozo'o a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle. Ainsi, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à Me Danet, sous réserve que celui-ci renonce au versement de la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement partiel de la requête de M. A Engozo'o.
Article 2 : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France est annulée en tant qu'elle concerne Mme B Na'ah A.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme B Na'ah A le visa demandé dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Me Danet la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce dernier renonce au versement de la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. F A Engozo'o, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Danet.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rouland-Boyer, présidente,
Mme Dubus, première conseillère,
M. Revéreau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.
La rapporteure,
P. DUBUS
La présidente,
H. ROULAND-BOYER
La greffière,
S. BRIAND
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026