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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2301811

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2301811

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2301811
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantKONATE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 3 février 2023 et le 11 août 2023, Mme C B épouse A, représentée par Me Konate, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 18 août 2022 de l'autorité consulaire française à Bamako (Mali) lui refusant la délivrance d'un visa dit de " retour " et la décision implicite née le 6 novembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours dirigé contre cette décision consulaire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 août 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Roncière a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse A, ressortissante malienne née le 29 mai 1956, a sollicité le 10 août 2022 la délivrance d'un visa dit de " retour " en France auprès de l'autorité consulaire française à Bamako (Mali). Par une décision du 18 août 2022, cette autorité a rejeté sa demande. Par une décision implicite née le 6 novembre 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours dirigé contre la décision consulaire. La requérante demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de l'autorité consulaire française à Bamako :

2. Il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision implicite née le 6 novembre 2022 de cette commission s'est substituée à la décision du 18 août 2022 de l'autorité consulaire française à Bamako. Il en résulte que les conclusions de la requête doivent être regardées comme dirigées contre la seule décision de la commission de recours et les conclusions à fin d'annulation de la décision consulaire rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours :

3. En premier lieu, il résulte des mentions de l'accusé de réception adressé à la requérante par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, lui indiquant expressément qu'en l'absence de réponse expresse à son recours dans un délai de deux mois à compter de la date de sa réception, le recours serait réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux opposés par la décision consulaire, que la commission, dont la décision se substitue à celle de l'autorité consulaire, doit être regardée comme s'étant approprié le motif retenu par cette autorité, tiré en l'espèce de ce que la demandeuse de visa ne justifiait pas d'un droit au séjour en France. Par ailleurs, la décision consulaire visait notamment l'article L. 312-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Une telle motivation, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée, satisfait aux exigences légales de motivation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) () ". Aux termes de l'article L. 312-5 du même code : " Par dérogation aux dispositions de l'article L. 311-1, les étrangers titulaires d'un titre de séjour () sont admis sur le territoire au seul vu de ce titre et d'un document de voyage. ". Il résulte de ces dispositions qu'un étranger titulaire d'un titre l'autorisant à séjourner en France peut quitter le territoire national et y revenir, tant que ce titre n'est pas expiré, en se voyant le cas échéant délivrer un " visa de retour ", lequel présente le caractère d'une information destinée à faciliter les formalités à la frontière.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui a quitté le territoire français pour se rendre au Mali en 2016, était titulaire, en France, d'une carte de résident valable jusqu'au 9 mai 2016. Par suite, à la date du 10 août 2022 de dépôt de sa demande de visa dit " de retour ", elle ne disposait plus d'un titre l'autorisant à séjourner en France. Dans ces conditions, et alors que Mme B ne justifie pas, en se bornant à faire état de l'état de santé et du décès de sa mère, ainsi que de son propre état de santé et de la situation sanitaire liée à l'épidémie de " Covid 19 ", avoir été dans l'impossibilité de solliciter un visa pour retourner en France ou le renouvellement de son titre de séjour, que le moyen tiré de ce que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ne pouvait légalement rejeter son recours formé contre le refus opposé par les autorités consulaires à sa demande de visa dit " de retour " en France au regard des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. En l'espèce, s'il ressort des pièces du dossier que Mme B a vécu régulièrement en France de 1976, à la suite de son mariage avec M. A, ressortissant français, jusqu'à son départ au Mali, en 2016, sous couvert d'un certificat de résidence valable jusqu'en mai 2016, , et que ses trois enfants, nés respectivement le 12 juillet 1960, le 7 juillet 1970 et 17 décembre 1981, sont de nationalité française, et résident en France, l'intéressée n'apporte aucun élément circonstancié permettant de justifier des liens personnels qu'elle aurait conservés en France, alors que le ministre de l'intérieur relève sans être contredit que son mari ne résiderait plus en France et qu'elle est restée plus de six ans au Mali sans engager aucune démarches de retour en France. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

Mme Dubus, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024

La rapporteure,

M.-A. RONCIERE

Le président,

P. BESSE

La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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