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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2301819

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2301819

mardi 5 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2301819
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantHERVET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 février 2023 et 30 mai 2023, Mme B, veuve C, représentée par Me Hervet, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 17 janvier 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Oran (Algérie) du 14 septembre 2022 refusant à Mme B, veuve C, la délivrance d'un visa de long séjour en qualité d'ascendante à charge d'un ressortissant français ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire réexaminer la demande de visa dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mai 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés, et doit être regardé comme sollicitant implicitement une substitution de motifs.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Revéreau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, veuve C, ressortissante algérienne, a présenté une demande de visa de long séjour en qualité d'ascendant à charge de ressortissant français auprès de l'autorité consulaire française à Oran (Algérie) qui lui a été refusée le 14 septembre 2022. Par une décision implicite née le 17 janvier 2023, dont Mme B, veuve C, demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il résulte des mentions de l'accusé de réception transmis à la requérante par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, lui indiquant expressément qu'en l'absence de réponse expresse à son recours dans un délai de deux mois à compter de la date de sa réception, le recours serait réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux opposés par la décision consulaire, que la commission, dont la décision se substitue à celles de l'autorité consulaire, doit être regardée comme s'étant appropriée les motifs retenus par cette autorité, tirés en l'espèce de ce que " Les informations communiquées pour justifier les conditions du séjour sont incomplètes et/ou ne sont pas fiables " en précisant que, compte tenu de sa situation actuelle , " il conviendra de déposer une demande de visa de long séjour en qualité d'ascendant non à charge ". Ainsi, la décision attaquée doit être regardée comme suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il résulte de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial () ". Il résulte des stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles que : " () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit () : / b) () aux ascendants d'un ressortissant français et de son conjoint qui sont à sa charge ". Le deuxième alinéa de l'article 9 du même accord prévoit que : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis, alinéa 4 (lettres c à d), et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ".

4. Lorsqu'elles sont saisies d'une demande tendant à la délivrance d'un visa de long séjour par un ressortissant étranger faisant état de sa qualité d'ascendant à charge de ressortissant français, les autorités consulaires peuvent légalement fonder leur décision de refus sur la circonstance que le demandeur ne saurait être regardé comme étant à la charge de son descendant, dès lors qu'il dispose de ressources propres lui permettant de subvenir aux besoins de la vie courante dans des conditions décentes, que son descendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire.

5. Pour rejeter le recours dirigé contre la décision consulaire refusant la délivrance d'un visa à Mme B, veuve C, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, en s'appropriant le motif de la décision consulaire, s'est fondée sur le motif tiré de ce que les informations communiquées par Mme Mme B, veuve C sur les conditions de son séjour en France étaient incomplètes et/ou non fiables.

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B, veuve C n'aurait pas transmis un dossier complet, ainsi qu'elle le soutient, et que les informations transmises ne seraient pas fiables, ce qui n'est pas contesté en défense. Dans ces conditions, Mme B, veuve C est fondée à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a commis une erreur d'appréciation.

7. Toutefois l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

8. Dans son mémoire en défense, le ministre de l'intérieur et des outre-mer se prévaut, pour justifier du bien-fondé de la décision attaquée, de ce que la requérante ne démontre pas être à la charge de son fils.

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, veuve C, perçoit une pension de retraite d'un montant global mensuel situé entre 45 541 et 56 203 dinars algériens, soit entre 303 et 380 euros, supérieur au salaire minimum algérien d'un montant de 20 000 dinars, soit 138 euros, en application du décret présidentiel algérien n° 21-137 du 7 avril 2021. Elle n'apporte aucun élément de nature à démontrer que cette pension de retraite serait d'un montant insuffisant pour lui permettre de subvenir aux besoins de la vie courante dans des conditions décentes. La circonstance que la requérante justifie, à l'appui de ses écritures complémentaires, de virements financiers consistants et réguliers, depuis une période significative, de la part de son fils, M. D C, de nationalité française, est sans incidence sur le bien-fondé de la décision attaquée dès lors que la demandeuse ne justifie pas faire usage de ces fonds pour subvenir aux besoins de la vie courante dans des conditions décentes. Dès lors, Mme B, veuve C, ne peut être regardée comme étant à la charge de son fils, de nationalité française. Il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce seul motif. Par suite, il y a lieu de procéder à la substitution de motif demandée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer, laquelle n'a pas pour effet de priver la requérante d'une garantie procédurale.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Si Mme B, veuve C, fait valoir qu'elle est isolée en Algérie puisque ses quatre enfants sont installés en France et à Dubaï, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait dépourvue de tout lien dans son pays d'origine, où elle a toujours vécu, ni que ses enfants seraient dans l'incapacité de lui rendre visite en Algérie ni qu'elle ne puisse leur rendre visite en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B, veuve C, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B veuve C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, veuve C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouland-Boyer, présidente,

Mme Dubus, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.

Le rapporteur,

P. REVEREAU

La présidente,

H. ROULAND-BOYER

La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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