lundi 11 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2301843 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | GUEYE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 février 2023, Mme F A B et Mme C E D, représentées par Me Gueye, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision née le 7 décembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de l'ambassade de France aux Comores refusant de délivrer à Mme C E D un visa de long séjour en qualité d'étudiante, a, à son tour, implicitement refusé de délivrer le visa sollicité ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité ou, à défaut, de faire procéder au réexamen de la demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la décision consulaire est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- le motif tiré du risque de détournement de l'objet du visa sollicité est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2023, le ministère de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés et doit être regardé comme sollicitant une substitution de motif.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Tavernier a été entendu au cours de l'audience publique du 20 novembre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C E D, ressortissante comorienne, a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour en qualité d'étudiante auprès de l'ambassade de France aux Comores, laquelle a rejeté sa demande. Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre cette décision consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, à son tour, refusé de délivrer le visa sollicité par une décision implicite née le 7 décembre 2022, à laquelle s'est substituée une décision expresse du 12 janvier 2023, dont les requérantes doivent être regardées comme demandant l'annulation au tribunal.
2. En premier lieu, dès lors que la décision de la commission s'est substituée au refus consulaire, les moyens dirigés expressément contre la seule décision consulaire, au titre desquels figurent l'insuffisance de motivation et le défaut d'examen, doivent être écartés comme inopérants.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée est fondée sur le motif tiré de ce qu'il existe un risque de détournement de l'objet du visa sollicité, eu égard, d'une part, au manque de concret du projet d'études de la demandeuse et, d'autre part, à la circonstance que les parents de l'intéressée, célibataire, âgée de dix-sept ans et ne présentant pas de garanties suffisantes de retour dans son pays d'origine, résident en France.
4. Le point 2.4 de l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019, intitulé " Autres vérifications par l'autorité consulaire " indique que cette dernière " () peut opposer un refus s'il existe des éléments suffisamment probants et des motifs sérieux permettant d'établir que le demandeur séjournera en France à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande un visa pour études. ". Ainsi, l'autorité administrative peut, le cas échéant, et sous le contrôle des juges de l'excès de pouvoir restreint à l'erreur manifeste, rejeter la demande de visa de long séjour pour effectuer des études en se fondant sur le défaut de caractère sérieux et cohérent des études envisagées, de nature à révéler que l'intéressé sollicite ce visa à d'autres fins que son projet d'études.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C E D, titulaire d'un baccalauréat scientifique obtenu en 2021 et inscrite, en 2022, en première année de licence de physique à la faculté des sciences et technique de Moroni (Comores), a été admise en première année de brevet de technicien supérieur (BTS) " comptabilité et gestion " au sein du groupe " Diderot éducation ", situé à Paris, au titre de l'année académique 2022/2023. Si le ministre fait valoir en défense que le conseiller campus France et le service de coopération et d'action culturelle (SCAC) ont émis un avis défavorable au projet d'études de l'intéressée, l'estimant notamment imprécis, cette seule circonstance, et alors que la procédure " études en France " n'est pas ouverte aux étrangers mineurs, ne permet pas d'établir l'absence de sérieux ou de cohérence dudit projet, dès lors que l'intéressée indique souhaiter intégrer, au terme de la formation envisagée, une entreprise publique ou privée en qualité d'auditrice financière ou d'experte comptable, lesquelles fonctions seraient particulièrement recherchées aux Comores. Par ailleurs, les requérantes établissent qu'une somme de plus de 5 000 euros a été versée au groupe Diderot éducation au titre des frais d'inscription de la demandeuse. La circonstance que cette dernière suive actuellement des études de physique est sans incidence sur ce qui précède, eu égard au jeune âge de l'intéressée, laquelle n'est bachelière que depuis juin 2021. Dans ces conditions, ni le parcours antérieur, ni la situation personnelle de l'intéressée, ne permettent d'établir que Mme E D entendrait séjourner en France à d'autres fins que la poursuite de son projet d'études, quand bien même des membres de sa famille seraient installés en France. Par suite, les requérantes sont fondées à soutenir que la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation sur le caractère sérieux et cohérent de ses études.
6. Toutefois, l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
7. Dans son mémoire en défense, communiqué aux requérantes, le ministre fait valoir que Mme E D ne démontre pas disposer de ressources suffisantes pour la durée de ses études ni justifier de conditions d'hébergement adéquates.
8. Le point 2.2 de l'instruction interministérielle citée au point 3, intitulé " L'étranger doit justifier qu'il disposera de ressources suffisantes pour couvrir ses frais d'études ", indique : " L'étranger doit apporter la preuve qu'il dispose de moyens d'existence suffisants pour la durée de validité du visa de long séjour pour études. Ces ressources doivent être équivalentes, pour l'ensemble de la période concernée, au moins au montant de l'allocation d'entretien mensuelle de base versée, au titre de l'année universitaire écoulée, aux boursiers du Gouvernement français, soit 615 euros en 2019. ". Le point 2.3 de ladite instruction, intitulé " L'étranger doit communiquer à l'autorité consulaire une adresse en France, même provisoire ", prévoit que : " L'étranger produit au dossier de demande de visa un document attestant de son adresse en France (qu'il s'agisse d'une réservation d'hôtel pour les premiers jours de son séjour, d'une attestation d'un proche qui s'engage à l'héberger, d'une réservation dans une résidence universitaire ou d'un contrat de bail) ou, à défaut, un courrier expliquant la manière dont il envisage de se loger () Par la suite, l'étudiant ne devra communiquer une adresse pérenne qu'au moment de la validation de son VLS-TS ou lors de sa demande de titre de séjour en préfecture ".
9. Il est constant que la demandeuse a produit une attestation de prise en charge bancaire, établie le 5 août 2022 par la banque de développement des Comores, indiquant qu'une somme de 615 euros lui sera versé mensuellement durant la totalité de son année scolaire. Toutefois, ainsi que le fait valoir le ministre en défense, ladite attestation fait état de ce que ces versements seront exécutés sous réserve d'une provision suffisante, que les requérantes ne démontrent pas détenir. Par ailleurs, si Mme E D a produit deux attestations aux termes desquelles des membres allégués de sa famille s'engagent à assurer sa prise en charge, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de leurs bulletins de salaire et de la composition de leur foyer fiscal, que ces derniers seraient en capacité d'assurer cet engagement. Ainsi, la demandeuse ne justifie pas de ressources suffisantes au sens des dispositions 2.2 de l'instruction interministérielle susmentionnée. Le motif invoqué par le ministre est, ainsi, de nature à fonder légalement la décision attaquée. Par suite, il y a lieu de procéder à la substitution de motifs demandée par le ministre, laquelle ne prive les requérantes d'aucune garantie. Il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérantes doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A B et Mme E D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A B, à Mme C E D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 20 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rouland-Boyer, présidente,
M. Tavernier, conseiller,
M. Templier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2023.
Le rapporteur,
T. TAVERNIER
La présidente,
H. ROULAND-BOYERLa greffière,
S. JEGO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026