mardi 27 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2301873 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CHAUVIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 février 2023 et le 9 juin 2023, M. B A, représenté par Me Chauvin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 janvier 2023 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à titre subsidiaire, ou de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à titre infiniment subsidiaire ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui remettre un récépissé valant autorisation de séjour et l'autorisant à travailler qui sera renouvelé le temps de l'instruction de son dossier ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au profit de son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que l'arrêté attaqué a été signée par une autorité compétente ;
- la décision de refus de séjour n'est pas clairement motivée, de sorte que cette décision et subséquemment l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination doivent être annulées ;
- la décision de refus de séjour est entachée d'un vice de procédure tenant à l'insuffisante instruction de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ;
- la décision de refus de séjour est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, de sorte que cette décision et subséquemment l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination doivent être annulées ;
- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 ou de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision de refus de séjour méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme des libertés fondamentales et subséquemment l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination doivent être annulées.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 avril 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Milin, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant arménien né en 2001, est selon ses déclarations entré irrégulièrement en France le 6 janvier 2019. Il a bénéficié d'un titre de séjour " vie privée et familiale ", en raison de son état de santé, valable jusqu'au 9 mars 2022. Par un arrêté du 6 janvier 2023, dont il demande l'annulation, le préfet a refusé de renouveler ce titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, laquelle obligation fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai.
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
2. Par un arrêté du 19 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Sarthe a donné délégation à M. Eric Zabouraeff, secrétaire général, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire doit être écarté.
3. La décision de refus de séjour comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, et notamment le contenu de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), que le préfet a entendu s'approprier, sans qu'il soit tenu de communiquer cet avis au demandeur, ledit avis étant en tout état de cause versé à l'instance. Si M. A conteste avoir effectué auprès du préfet de la Sarthe les " déclarations " dont fait état la décision, cette circonstance est en tout état de cause sans incidence sur le caractère suffisant de la motivation de la décision de refus de séjour. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la décision serait insuffisamment ou non clairement motivée doit être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".
5. Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance du titre de séjour prévu par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'étranger, et en particulier d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire.
6. Pour refuser la délivrance du titre de séjour demandé, le préfet de la Sarthe s'est approprié l'avis du collège de médecins de l'OFII du 19 juillet 2022 selon lequel, si l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci n'est toutefois pas susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est atteint d'une tumeur du sinus piriforme gauche, laquelle entraîne régulièrement des douleurs traitées par corticoïdes. Il produit un certificat d'une médecin généraliste faisant état de ce que " l'évolution de cette maladie est tout à fait incertaine avec le risque de complications sévères pouvant mettre sa vie en danger ". Toutefois, ce certificat n'est pas circonstancié quant à ces complications et ne permet pas d'établir que l'absence de prise en charge de l'affection dont souffre M. A serait susceptible d'entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, pas davantage que le certificat établi le 25 janvier 2023 par le médecin généraliste coordonnant les appartements de coordination thérapeutique où est hébergé M. A, faisant état de " la gravité potentielle de la lésion et [de] son évolutivité imprévisible ". Les deux compte-rendu spécialisés, dont l'un a été rédigé par le médecin ORL chargé du suivi du requérant, des 10 juin 2021 et 16 décembre 2022, s'ils évoquent des douleurs importantes et régulières, notamment en hiver, ne font pas davantage état de conséquences d'une exceptionnelle gravité de l'absence de prise en charge de la tumeur de M. A. Par ailleurs, si un certificat médical rédigé par un autre médecin généraliste, le 20 janvier 2023, indique que la pathologie de l'intéressé est toujours en cours d'exploration, il ne ressort pas des comptes-rendus spécialisés susmentionnés, dont l'un relate avec précision l'ensemble des vérifications effectuées pour s'assurer de l'origine et de la nature de l'affection de M. A, laquelle est en effet qualifiée d' " atypique ", que des explorations supplémentaires, susceptibles de conclure à des conséquences d'une exceptionnelle gravité en l'absence de prise en charge, étaient en cours ou prévues à la date de la décision attaquée. En outre, si ce dernier certificat fait également état de troubles psychiatriques, ces troubles ne sont pas évoqués dans les autres documents de nature médicale versés au dossier par le requérant, lequel ne fournit pas de précisions sur ces troubles. M. A n'établit ainsi pas que l'absence de prise en charge de son état de santé serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est intervenue en méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Si M. A soutient que sa situation personnelle lui ouvre droit à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 ou de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Sarthe fait valoir sans être contesté que le requérant n'a pas sollicité de titre de séjour sur le fondement de l'un ou l'autre de ces articles, de sorte que le moyen doit être écarté comme inopérant.
9. Aux termes des dispositions alors en vigueur de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ;/ ().".
10. Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues pour l'obtention d'un titre de séjour de plein droit en application des dispositions de ce code auxquels il envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour. Faute pour le requérant de remplir effectivement les conditions ouvrant droit à la délivrance du titre de séjour prévu par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Sarthe n'a pas commis d'irrégularité en ne saisissant pas la commission du titre de séjour.
11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
12. M. A est entré en France dans le courant de l'année 2019, de sorte que son séjour en France demeure récent. Il est célibataire et sans personne à charge. Si sa mère réside en France, elle fait également l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français. En revanche, M. A n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident son père et ses deux sœurs. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions de séjour de l'intéressé en France, le préfet de la Sarthe n'a, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation du requérant.
13. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
14. Il n'est pas établi que le requérant serait effectivement et personnellement menacé dans sa vie ou sa liberté en Arménie, ou qu'il risquerait d'y être soumis à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
15. L'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination en conséquence de l'illégalité de ce refus ne peut être accueilli.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A aux fins d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte et sa demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Chauvin et au préfet de la Sarthe.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Durup de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.
La rapporteure,
C. MILINLe président,
A. DURUP DE BALEINE
La greffière,
J. DIONIS
La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026