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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2301895

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2301895

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2301895
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBEARNAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 février 2023 et le 20 juin 2023, Mme B C A, représentée par Me Béarnais, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2023 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée, à titre principal, de délivrer le titre de séjour sollicité, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de la munir, sans délai, d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail durant le temps de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 8000 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par des mémoires en défense enregistrés le 7 avril 2023 et le 10 août 2023, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Durup de Baleine, président,

- les observations de Me Bearnais, avocate de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C A, ressortissante ivoirienne née en 1969, est entrée en France le 11 août 2019, munie d'un visa de court séjour valable du 8 août au 22 septembre 2019. Le 19 octobre 2022, elle a sollicité du préfet de la Vendée la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en produisant à l'appui de sa demande une promesse d'embauche pour un contrat à durée déterminée d'une durée de six mois pour un emploi d'opératrice de piqûre au sein d'une entreprise. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 16 janvier 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'indication des raisons tant de droit que de fait constituant le fondement de la décision de son auteur refusant de délivrer un titre de séjour à Mme A, laquelle décision est, par suite, régulièrement motivée.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Vendée a procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de Mme A, sans méconnaître l'étendue de sa compétence d'appréciation.

4. En troisième lieu, la requérante fait valoir que la décision attaquée est entachée d'erreurs de fait, dès lors qu'elle est isolée dans son pays d'origine depuis le décès de son fils en 2016 et qu'elle a exercé " une activité salariée antérieure au contrat présenté ". Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme A a déclaré, lors de sa demande de titre de séjour, que sa mère réside dans son pays d'origine. En outre, pour justifier d'une activité professionnelle antérieure à sa promesse d'embauche signée avec une entreprise en qualité d'opératrice de piqûre, elle se borne à produire son curriculum vitae, document à caractère déclaratif. En tout état de cause, les expériences professionnelles dont la requérante se prévaut ont eu lieu en Côte d'Ivoire et non sur le territoire français. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Vendée aurait entaché sa décision d'erreurs de fait.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Ces dispositions, qui ne prévoient ni ne prescrivent la délivrance d'un titre de plein droit, ni que l'étranger justifiant de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels est en droit de se voir délivrer un titre de séjour, laisse à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut.

6. La requérante se prévaut de son intégration par le travail en faisant valoir qu'elle dispose de nombreuses expériences dans le domaine de la couture. A ce titre, elle produit son curriculum vitae, document à caractère déclaratif, qui fait état d'un emploi de couturière en tant que travailleur indépendant au sein de son entreprise ivoirienne de 1995 à 1996 et de 2013 à 2017, ainsi que d'expériences d'enseignante de coupe couture dans un centre professionnel ivoirien et une école de formation en Côte d'Ivoire. Ce document indique également que la requérante a obtenu plusieurs diplômes et effectué plusieurs formations dans son pays d'origine. Il en résulte que Mme A fait état d'une insertion professionnelle en Côte d'Ivoire. Elle ne justifie, en revanche, pas d'une activité salariée depuis son arrivée en France, le 11 août 2019. Si elle verse aux débats une promesse d'embauche en contrat à durée déterminée de six mois signée avec une société française en qualité d'opératrice de piqûre, cet élément ne suffit pas, à lui seul, à caractériser une insertion professionnelle particulière. Par ailleurs, les activités de bénévolat auprès d'associations dont elle fait état ainsi que la présence sur le territoire français de sa tante et de son neveu ne permettent pas d'établir qu'elle aurait noué en France des liens personnels particulièrement intenses, durables et stables. Ainsi, ces éléments ne suffisent pas à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels, au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tels que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.

7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

8. Mme A, célibataire, justifie d'une durée de présence sur le territoire français de moins de quatre ans à la date de la décision attaquée. Son séjour n'est, ainsi, pas ancien, alors qu'elle est née en 1969. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit précédemment, la requérante ne peut se prévaloir d'une insertion professionnelle particulière en France par la seule production d'une promesse d'embauche, en dépit de ses nombreuses expériences dans le domaine de la couture dans son pays d'origine. En outre, elle ne démontre pas suffisamment avoir fixé le centre de ses attaches personnelles et familiales par les pièces qu'elle produit, alors qu'elle a auparavant vécu pendant environ cinquante ans dans le pays dont elle est la ressortissante. Enfin, si elle fait valoir qu'elle est isolée dans son pays d'origine depuis le décès de son fils en 2016, il ressort toutefois des pièces du dossier que sa mère réside en Côte d'Ivoire et que ce décès n'a pas fait obstacle à la poursuite de sa vie privée et familiale dans ce pays. Les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas pour effet de subordonner la possibilité de refuser le séjour et de prendre une mesure d'éloignement d'une personne ayant vécu pendant environ cinquante ans dans le pays dont elle est la ressortissante à la condition qu'elle y conserve des attaches familiales significatives. Ayant quitté son pays d'origine à l'âge de cinquante ans, la requérante y a vécu l'essentiel de sa vie et y a nécessairement conservé des attaches culturelles et linguistiques. Dans ces conditions, le préfet de la Vendée n'a pas porté au respect du droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision attaquée a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité du refus de titre de séjour que Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de ce refus.

10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 ci-dessus, la décision d'obligation de quitter le territoire français n'a pas porté au droit de Mme A au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, elle ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Vendée aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences d'une obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle de Mme A.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français que Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de ce refus et de cette obligation.

13. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, la décision fixant le pays de destination n'a pas porté au droit de Mme A au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, elle ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. En troisième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Vendée aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision fixant le pays de destination sur la situation personnelle de Mme A.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C A, au préfet de la Vendée et à Me Béarnais.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

Le président-rapporteur,

A. DURUP DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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