mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2301949 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | OQTF 6 semaines - 1ère chambre |
| Avocat requérant | PERROT |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 février 2023 et le 16 mai 2023 sous le n° 2301949, M. D A, représenté par Me Perrot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2023 par lequel le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai et lui a prescrit de se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Fontenay-le-Comte ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de réexaminer sa situation et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans les sept jours du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le signataire de l'arrêté attaqué est incompétent ;
- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas motivée ;
- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen circonstancié ;
- le droit d'être entendu a été méconnu ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît le 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article R. 611-1 de ce code ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- l'obligation de présentation est illégale en conséquence ;
- la décision fixant le pays de destination n'est pas motivée ;
- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2023, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 février 2023.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 février 2023 et le 16 mai 2023 sous le n° 2301958, Mme C B, représentée par Me Perrot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2023 par lequel le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai et lui a prescrit de se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Fontenay-le-Comte ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de réexaminer sa situation et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans les sept jours du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- le signataire de l'arrêté attaqué est incompétent ;
- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas motivée ;
- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen circonstancié ;
- le droit d'être entendu a été méconnu ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît le 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article R. 611-1 de ce code ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- l'obligation de présentation est illégale en conséquence ;
- la décision fixant le pays de destination n'est pas motivée ;
- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2023, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 février 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Durup de Baleine, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Durup de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Il y a lieu de joindre les requêtes de M. A et de Mme B pour statuer par une seule décision.
2. Mme B, ressortissante ivoirienne née en 1993, est arrivée en France le 1er octobre 2019, selon ses déclarations. La demande d'asile qu'elle avait présentée a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 21 février 2022 et une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 28 septembre 2022. M. A, ressortissant ivoirien né en 1987, est arrivé en France, selon ses déclarations, le 24 juin 2021. La demande d'asile qu'il avait présentée a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 21 février 2022 et une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 28 septembre 2022. Par les arrêtés du 20 janvier 2023 dont M. A et Mme B demandent l'annulation, le préfet de la Vendée leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai et leur a prescrit de se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Fontenay-le-Comte.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
3. Par un arrêté du 8 avril 2022, régulièrement publié le 11 avril 2022, le préfet de la Vendée a donné délégation à Mme Tagand, secrétaire générale de la préfecture de la Vendée, signataire des arrêtés attaqués, à l'effet de signer notamment de tels arrêtés, en toutes les décisions qu'ils comportent. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire doit être écarté.
4. Les arrêtés attaqués, qui visent et rappellent la teneur notamment du 4° de l'article L. 611-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constatent que les demandes d'asile des requérants ont été rejetées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile ayant fait l'objet d'une lecture publique le 28 septembre 2022 et que le droit au séjour des requérants en qualité de demandeurs d'asile a pris fin. Ce faisant, le préfet a énoncé les considérations de droit comme de fait constituant le fondement des décisions portant obligation de quitter le territoire français, qui sont, par suite, régulièrement motivées. En outre, ces arrêtés, qui visent notamment les articles L. 721-3 et L. 721-4 du même code, constatent que les intéressés sont de nationalité ivoirienne et qu'il leur est fait obligation de quitter le territoire français, ce dont résulte que les décisions fixant le pays de destination sont, de ce seul fait, régulièrement motivées.
5. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il n'implique toutefois pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales.
6. En l'espèce, les requérants, qui sont entrés irrégulièrement sur le territoire français, y ont demandé l'asile à l'effet d'obtenir une protection à ce titre et ainsi d'être autorisés à demeurer en France, sans devoir ou être contraints de quitter ce pays et, en particulier, de retourner dans le pays dont ils sont des ressortissants. Ils ne pouvaient ainsi ignorer, à l'issue de l'intervention des décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 28 septembre 2022 et qui leur ont été notifiées le 1er octobre 2022, près de quatre mois avant l'intervention des arrêtés attaqués, être susceptibles de faire l'objet d'obligations de quitter le territoire français. Ils n'établissent pas ni même n'allèguent avoir sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'ils auraient été empêchés de s'exprimer avant que ne soient prises les obligations de quitter le territoire français contestées. Par suite, les moyens tirés de la violation du droit d'être entendu doivent être écartés.
7. Il ressort des pièces du dossier que, pour décider de faire obligation de quitter le territoire français aux requérants, le préfet de la Vendée s'est seulement prononcé au vu de données de droit comme de fait caractérisant leurs situations personnelles, sans méconnaître l'étendue de sa compétence d'appréciation. Il en résulte que le moyen selon lequel ce préfet se serait abstenu d'examiner ces situations et aurait, ce faisant, méconnu l'étendue de sa compétence d'appréciation, doit être écarté et ce, alors même que le préfet n'avait pas connaissance de la naissance, le 18 mai 2022, du second enfant des requérants en France et que les énonciations des arrêtés attaqués, qui n'en avaient pas l'obligation, ne font pas état de cette circonstance.
8. L'arrêté attaqué concernant le requérant énonce que le requérant s'est déclaré en concubinage, père de deux enfants mineurs dont un réside sur le territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant n'aurait pas déclaré cela ou aurait déclaré autre chose. L'arrêté attaqué concernant la requérante énonce qu'elle se déclare en concubinage, mère d'un enfant né en 2020. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante n'aurait pas déclaré cela ou aurait déclaré autre chose. Si les requérants font état de la circonstance qu'ils sont les parents d'un autre enfant, né en France en 2022, les arrêtés attaqués n'énoncent pas le contraire. Il en résulte que le moyen tiré d'une erreur de fait doit être écarté.
9. Les requérants, dont les demandes d'asile ont été définitivement refusées et qui ne bénéficient plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se trouvent dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 de ce code, dans lequel le préfet peut obliger un étranger à quitter le territoire français.
10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Il ressort des pièces des dossiers que la requérante est arrivée en France, selon ses déclarations, en octobre 2019, tandis que le requérant y est arrivé, selon ses déclarations, en juillet 2021, aux âges, pour la requérante, de vingt-six ans et, pour le requérant, de trente-quatre ans. Leurs séjours en France demeurent très récents et la fraction de ces séjours jusqu'à la fin du mois de septembre 2022 s'explique par l'instruction et l'examen des demandes d'asile. Les requérants sont les parents, d'une part, d'un enfant né à Laval (Mayenne) le 28 janvier 2020 et que M. A a reconnu le 26 juillet 2021 à Fontenay-le-Compte (Vendée) et, d'autre part, d'un enfant né à Fontenay-le-Comte le 18 mai 2022 et que le requérant, qui en a déclaré la naissance le 23 mai 2022, a reconnu le même jour. M. A est également le père d'une autre enfant, qui réside en Côte d'Ivoire. Les deux enfants des requérants présents avec eux en France peuvent accompagner leurs parents hors de France, en particulier en Côte d'Ivoire, Etat dont ces enfants ont la nationalité et où celui de ces enfants qui est scolarisé en France, en classe de toute petite section pour l'année scolaire 2022-2023, pourra également être scolarisé. Les requérants ne justifient pas que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer en Côte d'Ivoire et que leurs vies privées et familiales ne pourraient se poursuivre dans ce pays, où ils ont vécu pendant l'une environ vingt-cinq ans et l'autre environ trente-deux ans. Les requérants ne justifient en outre pas de liens particuliers intenses, anciens et stables préexistants en France avant leurs arrivées dans ce pays. En outre, alors qu'ils ont deux jeunes enfants à leur charge, les requérants ne justifient pas de ressources à cet effet. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des éléments caractérisant les situations personnelles des requérants et que les énonciations des arrêtés attaqués, qui sont motivés, n'avaient pas l'obligation de détailler, le préfet de la Vendée, en leur faisant obligations de quitter le territoire français, n'a pas porté au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises. Il en résulte que, compte tenu de la durée et des conditions du séjour des requérants en France, comme des effets d'une obligation de quitter le territoire français, ces décisions, comme celles fixant le pays de destination, ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elles ne sont pas non plus entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur les situations personnelles des requérants.
12. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / () ".
13. L'enfant des requérants nés en France le 18 mai 2022 ne fait pas l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Il en résulte que les moyens tirés de ce que les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile font obstacle à ce qu'il lui soit fait obligation de quitter le territoire français et de ce que le préfet de la Vendée, avant de prendre les arrêtés attaqués, devait, en application de l'article R. 611-1 de ce code, saisir un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à l'effet de constater l'état de santé de cet enfant ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.
14. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
15. Les arrêtés attaqués n'ont pas pour effet de séparer les deux enfants nés en France en 2020 et 2022, enfants de nationalité ivoirienne, des requérants, leurs parents, de même nationalité, qui en assurent habituellement la garde, l'entretien et l'éducation. Celui de de ces enfants scolarisé en France pourra l'être en Côte d'Ivoire. S'il est fait état de ce que l'enfant né en 2022 présente de l'asthme et que, pour cette raison, un traitement lui a été prescrit par des ordonnances médicales du 27 septembre et du 7 novembre 2022, il ne ressort pas des dossiers qu'un traitement équivalent ne serait pas disponible en Côte d'Ivoire et ce, à supposer que les prescriptions faites en France n'auraient pas été seulement ponctuelles pour cet enfant. Il n'en résulte pas davantage que son état de santé ferait obstacle à ce qu'il puisse accompagner ses parents hors de France. L'intérêt supérieur d'un enfant né, dans un pays autre que celui dont il est le ressortissant, de parents séjournant irrégulièrement dans ce pays n'implique pas que cet enfant soit admis à y demeurer et qu'à cet effet la situation de séjour de ses parents soit pour cette raison régularisée. Il en résulte qu'en faisant obligation de quitter le territoire français aux requérants et en comptant la Côte d'Ivoire au nombre des destinations possibles en cas de reconduite d'office à l'issue du délai de départ volontaire, le préfet de la Vendée n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de ces deux enfants, dont il n'est pas avéré qu'ils seraient exposés à un danger particulier en Côte d'Ivoire. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 précité doivent être écartés.
16. Compte tenu de ce qui a été dit quant à la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que celles leur prescrivant de se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Fontenay-le-Comte et celles fixant le pays de destination sont illégales en raison de l'illégalité de ces obligations de quitter le territoire français.
17. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon ce dernier : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
18. Il n'est pas établi ni ne ressort des pièces des dossiers que la vie ou la liberté des requérants seraient menacées en Côte d'Ivoire ou qu'ils seraient personnellement et actuellement exposé au risque d'y être soumis à la torture ou à peines ou traitements inhumains ou dégradants. Dès lors, en comptant le pays dont les requérants sont les ressortissants au nombre des destinations possibles en cas d'éloignement d'office à l'issue du délai de départ volontaire, le préfet de la Vendée n'a pas méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Les conclusions à fin d'injonction ne peuvent, par suite, être accueillies.
Sur les frais liés au litige :
20. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.
D E C I D E :
Article 2 : Les requêtes de M. A et Mme B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Me D A, à Mme C B, au préfet de la Vendée et à Me Perrot.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.
Le magistrat désigné,
A. DURUP DE BALEINELa greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
N°s 2301948, 2301959
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026