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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2302065

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2302065

lundi 25 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2302065
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantSAS ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 février 2023, Mme B A C, représentée par Me Traore, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 11 décembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 19 août 2022 de l'autorité consulaire française à Bruxelles (Belgique) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité d'étudiante ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui délivrer ce visa ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, dès lors qu'elle a produit toutes les informations nécessaires pour justifier l'objet et les conditions de son séjour et qu'elle remplit les conditions d'octroi d'un visa étudiant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que si le motif opposé à la demande tiré de l'absence de reconnaissance du diplôme préparé est erroné, la décision attaquée peut être également fondée sur le motif tiré de ce qu'elle ne peut prétendre à se voir appliquer la règlementation concernant les visas, ayant sa résidence en France à la date de la décision attaquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2008-1176 du 13 novembre 2008 relatif aux attributions des chefs de mission diplomatique et des chefs de poste consulaire en matière de visas ;

- l'instruction interministérielle du 4 juillet 2019 relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme André a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante camerounaise, a présenté une demande de visa de long séjour en qualité d'étudiante auprès de l'autorité consulaire française à Bruxelles (Belgique), qui a été rejetée le 19 août 2022. Par une décision implicite née le 11 décembre 2022, dont Mme A demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. Cette commission a rejeté de façon expresse le recours de Mme A par une décision du 8 mars 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite née le 11 décembre 2022. Si le silence gardé par l'administration sur un recours administratif préalable obligatoire fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision.

3. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A C tendant à l'annulation de la décision implicite née le 11 décembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours contre la décision du 19 août 2022 de l'autorité consulaire française à Bruxelles doit être regardée comme dirigée contre la décision expresse du 8 mars 2023 par laquelle la commission a confirmé ce refus.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 8 mars 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

4. En premier lieu, la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France comporte, avec suffisamment de précision, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée en application des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

5. En second lieu, il est constant que Mme A C est inscrite à l'ESLSCA, établissement privé d'enseignement supérieur, reconnu par le ministère chargé de l'enseignement supérieur en vue de l'obtention du MBA 1 Finance d'entreprise, et qu'elle y suit les cours, en mode présentiel, de la première année de ce MBA Finance d'entreprise. Par suite, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de délivrer le visa sur le motif tiré du détournement de son objet.

6. Toutefois, l'administration peut, notamment en première instance, faire valoir devant les juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors aux juges, après avoir mis à même la partie ayant introduit le recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, ils peuvent procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas la partie requérante d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

7. Pour établir que la décision attaquée était légale, le ministre fait valoir dans son mémoire en défense, communiqué à la requérante, d'une part que l'autorité consulaire française en Belgique n'est plus compétente pour instruire sa demande de visa, en l'absence de droit au séjour en Belgique à la date de la décision attaquée, d'autre part qu'elle ne peut plus prétendre à la délivrance d'un visa dès lors qu'elle réside habituellement en France à la date de la décision attaquée, sans titre de séjour belge valable.

8. Il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui instituent un recours administratif préalable obligatoire que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision expresse du 8 mars 2023 de cette commission s'est substituée à la celle du 19 août 2022 de l'autorité consulaire française en Belgique. Par conséquent, si le ministre soutient que cette autorité consulaire n'était pas compétente pour instruire la demande de visa de l'intéressée, il ne saurait utilement se prévaloir de ce motif. Au demeurant, la requérante disposait d'un titre de séjour l'autorisant à séjourner en Belgique à la date de la décision consulaire.

9. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que le titre de séjour belge de Mme A C est arrivé à expiration le 31 octobre 2022, soit antérieurement à la date de la décision attaquée, et d'autre part, qu'elle suit, ainsi que dit au point 5, des cours en présentiel, à l'ESLSCA, avec un taux de présence sans défaut, comme l'atteste un message électronique envoyé par la direction de cette formation. Alors qu'elle n'a pas répondu à une mesure d'instruction diligentée par le tribunal ayant pour objet de déterminer avec précision son lieu de résidence, l'ensemble de ces éléments permettent de considérer pour établi que Mme A C réside en France, sans titre de séjour belge valable. Par suite, dès lors qu'elle a fait le choix d'établir sa résidence habituelle en France en cours de procédure, sa situation ne relevait plus, à la date de la décision attaquée, du champ de l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019, mais de celui fixé par les dispositions de l'article L. 422-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux titres de séjour pour motif d'études, lesquels peuvent être délivrés aux étudiants ne justifiant pas d'un visa de long séjour à ce titre en vertu de l'article L 412-3 du même code. Dans ces conditions, il y a lieu de faire droit à la demande de substitution de motifs sollicitée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent l'être également.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvet, présidente,

Mme André, première conseillère,

Mme Heng, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2023.

La rapporteure,

M. ANDRE

La présidente,

C. CHAUVET

La greffière,

C. GUILLAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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