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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2302153

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2302153

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2302153
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPRELAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 février et 12 juillet 2023, Mme B C A, représentée par Me Prelaud, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de procéder au renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente de la délivrance de ce titre, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative, et ce dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer un visa retour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces mêmes dispositions ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire prévu aux articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration et par un principe général du droit de l'Union européenne ;

- l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour entraîne, par voie de conséquence, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour entraîne, par voie de conséquence, l'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi.

Par un mémoire de défense, enregistré le 27 juin 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme C A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Benoist ;

- et les observations de Me Prelaud, représentant Mme C A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante djiboutienne, née le 9 décembre 1997, entrée en France le 19 septembre 2018 sous couvert d'un visa étudiant valant titre de séjour, a bénéficié d'une carte de séjour en qualité d'étudiante renouvelée jusqu'au 1er septembre 2022. Le 5 septembre 2022, elle en a sollicité de nouveau le renouvellement. Par un arrêté du 13 janvier 2023, dont Mme C A demande l'annulation, le préfet de Loire-Atlantique a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, et fait également état d'éléments concernant la situation personnelle de Mme C A. Par suite, cette décision est suffisamment motivée tant en droit qu'en fait et ce moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient Mme C A, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de la Loire-Atlantique a procédé à un examen particulier de sa situation personnelle et familiale avant de décider de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble des pièces du dossier et sous le contrôle du juge, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études sur le territoire français et d'apprécier la réalité et le sérieux des études poursuivies.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C A est entrée en France le 19 septembre 2018 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " et s'est inscrite en première année de brevet de technicien supérieur (BTS) " Management des unités commerciales " puis " MCO initial " au titre des années universitaires 2018/2019, 2019/2020 et 2020/2021. Elle s'est ensuite inscrite en deuxième année de BTS " MCO " au titre de l'année universitaire 2021/2022 sans la valider. Si elle soutient avoir validé sa première année de BTS au cours des années 2020 et 2021, elle n'apporte aucun élément permettant d'établir ses allégations. Enfin, eu égard à la très faible progression dans le cursus envisagé au terme de quatre années, à la réorientation récente en formation linguistique et au faible nombre de pièces justifiant son parcours, l'intéressée n'établit pas le caractère réel et sérieux des études poursuivies en France. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui garantit le droit au respect de la vie familiale, est inopérant à l'encontre d'une décision de refus de renouveler une carte de séjour portant la mention " étudiant ". Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En dernier lieu, Mme C A se prévaut de la présence en France de ses deux sœurs et de son mariage prévu à l'été 2023 avec un ressortissant français. Si l'intéressée produit deux photos de couple et une attestation, ces éléments, respectivement non datés et postérieurs à la décision attaquée, sont sans incidence sur la légalité de cette dernière. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont le préfet de la Loire-Atlantique aurait entaché la décision au regard des conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme C A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision lui refusant le renouvellement d'un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes du I de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

10. La décision obligeant Mme C A à quitter le territoire français, qui mentionne expressément qu'elle a été prise en application des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 du présent jugement que cette dernière décision est suffisamment motivée. Le moyen tiré du défaut de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit, par suite, être écarté.

11. En deuxième lieu, d'une part, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration prévoit : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

12. D'autre part, ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans les motifs de son arrêt C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, les auteurs de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008, s'ils ont encadré de manière détaillée les garanties accordées aux ressortissants des Etats tiers concernés par les décisions d'éloignement ou de rétention, n'ont pas précisé si et dans quelles conditions devait être assuré le respect du droit de ces ressortissants d'être entendus, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des droits fondamentaux faisant partie intégrante de l'ordre juridique de l'Union européenne et consacrés à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Si l'obligation de respecter les droits de la défense pèse en principe sur les administrations des Etats membres lorsqu'elles prennent des mesures entrant dans le champ d'application du droit de l'Union, il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles doit être assuré, pour les ressortissants des Etats tiers en situation irrégulière, le respect du droit d'être entendu.

13. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.

14. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.

15. Mme C A a présenté une demande de titre de séjour. A cette occasion, elle a eu la possibilité de faire valoir tous éléments justifiant qu'elle soit autorisée à séjourner en France et ne soit pas contrainte de quitter ce pays. Elle n'allègue pas avoir vainement demandé un entretien pour faire valoir des observations orales. Il en résulte qu'elle n'est pas fondée à prétendre que l'obligation de quitter le territoire français a été prise à l'issue d'une procédure entachée d'une méconnaissance du droit d'être entendu.

16. En troisième lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie eu égard à ce qui été dit aux points 2 à 8, le moyen tiré de l'annulation par voie de conséquence de cette décision, invoqué à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

17. En dernier lieu, si Mme C A se prévaut de la présence en France de ses deux sœurs et de son mariage prévu à l'été 2023 avec un ressortissant français, et produit, à cet égard, deux photos de couple et une attestation, ces éléments, respectivement non datés et postérieurs à la décision attaquée, sont sans incidence sur la légalité de cette dernière. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

18. Il résulte de ce qui précède que Mme C A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

19. L'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie eu égard à ce qui été dit précédemment, le moyen tiré de l'annulation par voie de conséquence de cette décision, invoqué à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

20. Il résulte de ce qui précède que Mme C A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 13 janvier 2023 présentées par Mme C A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

22. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au conseil de la requérante, la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C A, à Me Prelaud et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Benoist, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

La rapporteure,

L.-L. BENOIST

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAULa greffière,

C. MICHAULT

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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